À deux mois des élections de mi-mandat, les voyants ne sont pas au vert pour Donald Trump. Les derniers sondages donnent un avantage aux démocrates : six points d’avance au 31 août chez YouGov, cinq chez Ipsos. Il faut dire que le président des États-Unis n’a pas vraiment respecté l’une de ses promesses de campagne : améliorer le pouvoir d’achat des Américains.
Un mécontentement général sur le coût de la vie
71 % des électeurs inscrits, sondés par Ipsos pour Reuters, désapprouvent la manière dont Trump a géré le coût de la vie depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2025. Même parmi les Républicains, ils sont 40 % à être en désaccord. Pourtant, il s’agit là d’un enjeu clé pour ces Midterms : 47 % des électeurs inscrits disent que le coût de la vie est le facteur le plus important.
Pour un président républicain, c’est un problème particulier : l’économie est un terrain sur lequel son parti bénéficie traditionnellement d’un avantage politique. Celui-ci est aujourd’hui remis en question.
Une croissance positive qui ne se ressent pas dans le quotidien
Certes, l’économie américaine ne s’effondre pas, la croissance économique reste positive. Mais elle ralentit : le PIB a progressé de 1,5 % en rythme annualisé au deuxième trimestre 2026, contre 2,1 % au premier trimestre. Le chômage, lui, reste à 4,1 % et l’inflation n’est plus celle des années 2022-2023. Le problème pour Donald Trump est que ces chiffres ne parviennent pas à contrebalancer la mauvaise perception du coût de la vie.
Les indicateurs les plus directement liés à la vie quotidienne restent difficiles : les prix demeurent élevés, les salaires réels progressent peu et le marché du travail donne des signes de ralentissement. Selon le bureau américain des statistiques du travail, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 3,4 % sur les douze derniers mois (3 % pour ceux de l’alimentation), après une hausse de 3,5 % sur les douze mois précédents.
Le ralentissement de l’inflation ne s’est pas traduit par un retour des prix à leur niveau d’avant la vague inflationniste. Diane Swonk, cheffe économiste de KPMG, souligne dans le Los Angeles Times que l’inflation s’est accumulée pendant plusieurs années « rendant le niveau des prix trop élevé pour un trop grand nombre de personnes », et qu’elle constitue clairement le plus grand problème économique auquel sont confrontés de nombreux Américains.
La facture énergétique s’alourdit
Le contexte énergétique ajoute une difficulté supplémentaire. La hausse des prix de l’essence est devenue un sujet clé. Une baisse en juin, alors que la guerre en Iran semblait toucher à sa fin, a permis aux prix à la consommation de baisser pour la première fois en six ans. Mais cet espoir n’a été que de courte durée et la guerre est aujourd’hui loin d’être résolue. Le prix du diesel a atteint un record en ce début septembre avec 5,90 $US (5,10 euros) le gallon (3,78 litres).
Et les électeurs reprocheront à Trump et à son parti leurs difficultés économiques si celles-ci persistent, et en particulier en ce qui concerne le prix de l’essence, qui représente « une dépense non négligeable » et « directement liée à Trump », estime Jonathan Nagler, professeur à l’université de New York, interrogé par le Los Angeles Times.
Le dernier sondage Reuters/Ipsos relève lui-même que la guerre et la hausse des prix de l’essence contribuent aux inquiétudes concernant l’inflation. Au-delà du bilan économique, Trump est vivement critiqué sur cette guerre contre l’Iran, qu’il peine toujours à justifier, alors même qu’il avait promis de mettre fin aux longues guerres.
Les démocrates en tirent profit
Mi-août, un sondage Reuters/Ipsos montrait que les démocrates avaient pris une avance de huit points sur les républicains lorsqu’il était demandé quel parti était le mieux placé pour gérer le coût de la vie : 36 % contre 28 %. C’était leur plus large avantage sur cette question depuis le début de cette série de sondages, en octobre 2025.
« Les démocrates peuvent établir un lien très direct entre la décision de Trump d’entrer en guerre contre l’Iran et la hausse des prix de l’essence. C’est très facile à expliquer de manière convaincante », estime Jonathan Nagler. Et ils l’ont bien compris puisqu’ils ont fait de l’économie le sujet clé de leur campagne. Les démocrates n’ont besoin que de trois sièges supplémentaires pour reconquérir la Chambre des représentants et de quatre pour reprendre le contrôle du Sénat.
Un président qui ne semble pas s’inquiéter
« Il sera président au lendemain des élections quoi qu’il arrive. Et de toute façon il l’a démontré, il ne cherche pas à travailler avec le Congrès. » Ellen Kountz, professeure de finance à l’INSEEC, résume ainsi la position de Donald Trump. Ce dernier ne semble pas s’inquiéter puisqu’il a qualifié, au mois de juillet, les inquiétudes concernant l’accessibilité financière de « canular ». Questionné sur l’idée de réviser sa stratégie impopulaire à l’approche des Midterms, le président a lancé : « Non, l’élection… Je ne vois pas le rapport. »
« Tout autre président se serait inquiété de voir les sondages donner son parti perdant à deux mois de l’élection, mais dans ce cas, pas du tout, analyse Ellen Kountz. Lui sera président au lendemain des élections quoi qu’il arrive. Et de toute façon il l’a démontré, il ne cherche pas à travailler avec le Congrès. »
Des marges de manœuvre limitées
À quelques mois du scrutin, les marges de manœuvre du président sur l’économie sont limitées : modifier les tarifs douaniers, agir sur la politique économique ou compter sur une intervention de la Réserve fédérale ne produirait pas nécessairement des effets visibles sur le portefeuille des électeurs avant le scrutin.
« Il n’existe pas grand-chose sur un délai de 14 semaines qui ne coûte pas plus cher à long terme qu’il n’apporte immédiatement », a déclaré Patrick Harker, professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie et ancien président de la Réserve fédérale de Philadelphie, au Los Angeles Times.
Jonathan Nagler se veut prudent et souligne qu’il est impossible de prédire l’opinion des électeurs sur l’économie dans deux mois, en raison du nombre trop important de variables. Mais il assure également que les données montrent clairement que « plus l’économie se porte bien, plus le président en place s’en sort bien ».
Ce qu’il faut retenir
À deux mois des élections de mi-mandat, Donald Trump fait face à un paradoxe économique : les indicateurs macroéconomiques restent globalement positifs, mais le coût de la vie demeure la principale préoccupation des électeurs américains. Entre une inflation persistante, des prix de l’essence en hausse et une guerre en Iran impopulaire, le président républicain voit son avantage traditionnel sur l’économie s’effriter. Les démocrates, qui ont fait de l’économie le thème central de leur campagne, en profitent dans les sondages. La question centrale de ce scrutin sera simple : les électeurs pardonneront-ils à Trump de ne pas avoir tenu sa promesse d’améliorer leur pouvoir d’achat ?


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