La troisième journée de mobilisation contre la vie chère a laissé des traces profondes. Selon le bilan communiqué dimanche par le ministère de l’Intérieur, 779 personnes ont été interpellées sur l’ensemble du territoire et 159 membres des forces de l’ordre ont été blessés lors des manifestations du samedi 31 octobre. Un bilan lourd, marqué notamment par le jet d’un cocktail molotov contre un gendarme mobile à Paris, qualifié de « tentative de meurtre » par le ministre Laurent Nuñez.
Une mobilisation toujours dense malgré une décrue
Pour ce troisième acte de la contestation, le ministère de l’Intérieur a recensé 291 actions de voie publique rassemblant 320 000 personnes, dont 70 000 à Paris. Les chiffres marquent une baisse par rapport aux deux week-ends précédents : le 24 octobre, 289 actions avaient réuni 410 000 manifestants (dont 110 000 dans la capitale), et le 17 octobre, 441 actions avaient mobilisé 550 000 personnes.
Les organisations syndicales contestent toutefois ces données. L’Intersyndicale de la jeunesse a avancé le chiffre de près de 500 000 manifestants, dont 200 000 à Paris. À Bordeaux, la police a dénombré 11 000 participants contre 15 500 la semaine précédente, tandis que les syndicats évoquent 70 000 personnes contre 60 000 le 24 octobre.
Le ministère précise avoir procédé à 40 000 contrôles sur le territoire national, dont 15 000 dans l’agglomération parisienne. En début de soirée, Laurent Nuñez avait estimé que les cortèges s’étaient « bien déroulés » malgré « la violence inouïe » de groupes de casseurs, visant des groupes d’ultragauche qui ont pris à partie les forces de l’ordre.
L’attaque au cocktail molotov déclenche une enquête pour tentative d’homicide
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique » après le jet d’un cocktail Molotov sur des gendarmes mobiles Porte de Charenton, dans le 12e arrondissement de la capitale. Des images spectaculaires, dont photos et vidéos de l’AFP, ont montré la bombe artisanale exploser aux pieds d’un membre des forces de sécurité, qui n’a été que légèrement blessé.
Le ministre de l’Intérieur a qualifié l’acte de « tentative de meurtre » devant la presse. Plusieurs responsables politiques ont réagi avec fermeté. Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle, a dénoncé un geste « insupportable » et exigé que « les auteurs de cette attaque soient retrouvés et condamnés avec la plus grande sévérité ». Bruno Retailleau, président des Républicains et ancien ministre de l’Intérieur, a estimé que « celui qui a fait ça doit en répondre ». Au total, 18 agents des forces de sécurité intérieure ont été blessés au cours de la journée selon le ministère, un chiffre porté à 159 sur l’ensemble des mobilisations du samedi.
Soixante manifestants blessés, dont quatre dans un état grave
Du côté des manifestants, un bilan de la Sécurité civile consulté par Le Figaro fait état de soixante personnes « légèrement blessées », parmi lesquelles quatre se trouvent dans un « état grave ». Ces chiffres témoignent de la tension qui a marqué cette journée de protestation dans plusieurs villes du pays.
À Marseille, cinq interpellations ont eu lieu samedi soir après le cambriolage d’un magasin Foot Locker du 1er arrondissement, déjà dévalisé le 17 octobre. Plusieurs autres commerces de la deuxième ville de France ont été dégradés, dont une cave à vin et une charcuterie rue Saint-Michel. Au total, 750 mètres carrés de tags ont été effacés dimanche matin dans la cité phocéenne, en plus des 400 de la nuit.
Les commerces durement touchés par la baisse d’activité
La Chambre de commerce et d’industrie a recensé 20 commerces dégradés samedi, un chiffre nettement inférieur aux week-ends précédents (2 488 établissements touchés le 17 octobre et 50 le 24 octobre). Mais au-delà des dégradations, CCI France s’inquiète de l’impact économique des manifestations sur l’attractivité du pays et sur l’activité des commerces à l’approche des fêtes de fin d’année, période de pic pour les commerces de proximité.
La baisse du chiffre d’affaires des établissements situés à proximité des manifestations est désormais évaluée entre 60 % et 80 % par rapport à un samedi normal. « L’inquiétude porte notamment sur l’impact des manifestations sur l’attractivité de la France », a souligné l’organisation patronale.
La jeunesse appelle à bloquer les lycées dès lundi
Alors que les vacances de la Toussaint s’achèvent, la rentrée s’annonce agitée. Pierre Sourzat, à la tête de l’organisation Les Lycéens !, a appelé dimanche au blocus des lycées « dès lundi » sur RMC, dénonçant la « politique de comptoir » du gouvernement qui a dévoilé en début de semaine plusieurs mesures pour tenter d’éteindre la colère des jeunes.
« Bien sûr qu’on appelle au blocus » et « les lycées seront bloqués, et ce dès lundi », a affirmé M. Sourzat, précisant que le mouvement prendrait de l’ampleur « plus à partir de mardi ». L’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante ont appelé samedi à bloquer lycées et universités mardi puis jeudi 5 novembre, journée de grève interprofessionnelle. L’Unef invite également la jeunesse « à s’organiser dans toutes les universités » ces lundi et mardi.
Début octobre, le ministère de l’Éducation nationale dénombrait la fermeture partielle ou totale de 400 à 500 lycées à travers le pays. La semaine précédant les vacances, l’accès à environ 200 établissements restait perturbé. Emmanuel Macron avait appelé jeudi à la reprise des cours dans « le calme », « compte tenu du fait que la jeunesse a été entendue ».
Une nuit d’Halloween calme à Nice
À Nice, la nuit d’Halloween a été relativement calme en comparaison des années précédentes, malgré quelques tirs de mortiers dans certains quartiers. Un refus d’obtempérer a généré des tensions dans le quartier de la Zaïne à Vallauris, où les policiers ont été pris à partie et un appui aérien par hélicoptère a été mobilisé. Le bilan fait état de 16 interpellations, dont la moitié à Nice, et 19 mineurs ont été ramenés à leurs parents dans le cadre du couvre-feu, selon la préfecture des Alpes-Maritimes.
Une contestation qui s’étend au-delà des frontières
Le mouvement ne se limite pas à la France. En Allemagne, à l’appel du groupe « GenZ s’en charge », inconnu il y a encore deux semaines, des milliers de manifestants ont défilé dans près d’une trentaine de villes. Les organisateurs tablaient sur au moins 160 000 participants, mais les retours de police en milieu d’après-midi évoquaient une mobilisation clairement en deçà de ce chiffre. Si quelques fumigènes ont posé problème à Leipzig et Hambourg, et que des œufs ont été lancés vers la police à Francfort, l’ambiance devant la Porte de Brandebourg est restée plutôt paisible.
Cette troisième journée de mobilisation laisse donc un bilan contrasté : une participation en baisse mais une violence qui reste vive, des forces de l’ordre et des manifestants blessés, et une jeunesse déterminée à poursuivre le mouvement dans les établissements scolaires. Le gouvernement, qui mise sur l’apaisement, devra composer avec une rentrée sous haute tension et une contestation qui pourrait bien rebondir dès lundi devant les lycées.




