Les vacances de la Toussaint n’ont pas suffi à éteindre la contestation. Alors que les cours reprenaient lundi 2 novembre, les organisations lycéennes et étudiantes ont maintenu la pression, six semaines après le début d’un mouvement social qui s’était prolongé par des manifestations. Le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, a toutefois minimisé l’ampleur des perturbations, évoquant une situation « résiduelle ».
« Quelques lycées perturbés » selon le ministre
Interrogé sur France Inter, le ministre de l’Education nationale a dressé un état des lieux mesuré des blocages en cours. « A ce stade, il y a quelques lycées perturbés, quelques-uns en Ile-de-France, dans le Nord, à Toulouse, c’est assez résiduel », a-t-il déclaré. Edouard Geffray a néanmoins souligné l’enjeu que représente la prolongation du mouvement pour l’année scolaire. « L’année scolaire est maintenant en risque pour plusieurs centaines de milliers d’élèves, et on ne peut pas se permettre ça », a-t-il averti, rappelant que « quasiment 2 000 personnels de plus » seraient déployés l’année prochaine.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pour sa part prévenu sur franceinfo que l’exécutif « fera en sorte que les cours puissent se tenir dans les meilleures conditions possibles », estimant que « le blocage durable des établissements ne peut pas être une solution » et « pénalise en premier lieu les étudiants qui ont le droit d’apprendre ».
Des appels à poursuivre le mouvement
Malgré ces mises en garde, les organisations de jeunesse entendent bien maintenir la mobilisation. « Les lycées seront bloqués dès lundi », avait assuré dimanche Pierre Sourzat, président de l’organisation Les Lycéens !. L’Union syndicale lycéenne (USL) et l’Union étudiante ont appelé, en marge des manifestations de samedi, à de nouveaux blocages mardi et jeudi. De son côté, l’Unef a invité à « s’organiser dans toutes les universités ce lundi 2 novembre », jugeant que « le mardi 3 novembre devra être une journée noire sur les universités », avec des blocages à travers le pays.
À Aubervilliers, le lycée Le Corbusier restait ainsi mobilisé lundi matin, les lycéens poursuivant le blocus malgré les premières annonces gouvernementales. L’intersyndicale regroupant l’USL, l’Unef, la Fage et l’Union étudiante réclame notamment un investissement de 10 milliards d’euros dans l’éducation et l’enseignement supérieur, ainsi que l’abrogation de Parcoursup.
Un dispositif policier renforcé
Face aux tensions, les autorités ont décidé de muscler la sécurité aux abords des établissements. Dès lundi, la police devait renforcer ses effectifs pour sécuriser les établissements scolaires, après des violences observées lors des précédentes mobilisations, selon un message de la Direction nationale de la sécurité publique consulté par l’AFP.
L’Elysée, de son côté, a affiché sa volonté de voir revenir les élèves en cours. « Le temps d’un retour en classe est venu », a estimé dimanche l’entourage d’Emmanuel Macron, tout en reconnaissant que « ce genre de mouvement ne se termine jamais de manière absolument nette ».
Des concessions jugées insuffisantes
Pour tenter d’éteindre la contestation, les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur avaient promis, la semaine précédente, une série de mesures. Parmi elles : le remplacement progressif de Parcoursup d’ici 2028, l’annulation des suppressions de postes prévues dans l’Education nationale, la création de 500 postes supplémentaires, un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde et 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur.
Un « premier pas » pour les organisations de jeunesse, mais insuffisant à leurs yeux. La mobilisation doit par ailleurs s’étendre jeudi 5 novembre, à l’appel de l’intersyndicale, avec plus de 200 manifestations prévues en France selon le décompte de la CGT. « Le 5 novembre doit être une grande journée de convergence », a assuré sur France 2 Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
Des lycéens partagés sur la poursuite des blocages
Au sein même des établissements, la poursuite des blocages suscite des doutes. « Même si je trouve que certaines revendications sont très justes et qu’il faut continuer à manifester, le fait que les lycées soient bloqués et fermés, je trouve que c’est un peu un péril pour ceux qui passent le baccalauréat », confie Maylis, élève de terminale à Paris. Une inquiétude partagée par certains chefs d’établissement : Carole Zerbib, proviseure du lycée professionnel Vauquelin à Paris, se dit « inquiète » pour les élèves si les blocages devaient se poursuivre, « d’autant plus qu’en lycée professionnel, on a quand même des élèves qui sont scolairement fragiles ».
La rentrée s’annonce donc sous haute tension, entre une mobilisation qui refuse de faiblir et un gouvernement qui tente d’en limiter l’impact. Les prochains jours, notamment la journée du 5 novembre, s’annoncent décisifs pour mesurer la capacité du mouvement à se maintenir dans la durée. Ce qu’il faut retenir : malgré des concessions inédites — dont la future disparition de Parcoursup —, la contestation lycéenne et étudiante demeure active, et l’exécutif joue désormais la carte de l’apaisement tout en renforçant la sécurité aux abords des établissements.




