Crédit Mutuel Arkéa a confirmé, mercredi 4 novembre au soir, avoir été la cible d’une cyberattaque d’un montant estimé provisoire à environ 100 millions d’euros, des fonds que le groupe bancaire tente actuellement de récupérer. L’établissement breton a dévoilé l’information dans un communiqué, confirmant les révélations du journal Le Télégramme. Le parquet de Paris a annoncé dans la soirée avoir reçu une plainte de la banque et avoir immédiatement ouvert une enquête.
Une somme estimée à 133 millions de dollars
Selon Le Télégramme, le piratage porterait sur « plus de 133 millions de dollars, soit 118 millions d’euros ». Le quotidien précise que la Banque de France a été notifiée de la situation par Arkea. L’alerte a été donnée par « ZachXBT », un enquêteur indépendant reconnu opérant sous pseudonyme, qui a déjà collaboré avec les forces de l’ordre pour retracer des cryptomonnaies volées.
Lundi, sur son groupe Telegram, cet enquêteur avait fait part de soupçons selon lesquels une « entité » de l’Union européenne aurait perdu « 106 millions de dollars ». Après avoir identifié et rapporté mardi « des retraits supplémentaires de plus de 27 millions de dollars », il a précisé la nuit suivante qu’il s’agissait de la banque française. L’information a également été confirmée par le journaliste spécialisé Grégory Raymond, dans un message sur la plateforme X.
Interrogée sur ce chiffre de 133 millions de dollars, « la banque ne le confirme pas, mais en valide l’ordre de grandeur », selon Grégory Raymond. « Une partie des fonds concernés a pu être bloquée, et d’autres actions sont en cours afin de les recouvrer », explique Crédit Mutuel Arkéa dans son communiqué.
Cette attaque intervient moins d’une semaine après le piratage du géant des cryptomonnaies Binance, qui estime le montant des actifs affectés à 6,3 milliards de dollars, soit 5,6 milliards d’euros.
Les pirates ont utilisé la plateforme d’un prestataire
Dans son communiqué, Crédit Mutuel Arkéa indique que les attaquants « ont utilisé le compte propre » de la banque « pour réaliser des transactions vers d’autres acteurs bancaires », avant de « convertir cet argent en cryptomonnaie via des plateformes spécialisées ».
Selon Grégory Raymond, les sommes volées auraient été sorties de la banque par les hackers, puis transférées vers de multiples comptes ouverts sur des plateformes d’échange de cryptoactifs. Les pirates ne sont « pas passés par des comptes de clients de ses fédérations ni de ses filiales » et, contrairement à ce qui a pu être écrit dans la presse, « aucune entrée ne s’est faite par Fortuneo. Les attaquants sont passés par la plateforme d’un de nos prestataires et ont ainsi atteint le Crédit Mutuel Arkéa directement », insiste la banque.
L’établissement écarte également l’hypothèse d’une erreur humaine, expliquant qu’il « s’agit d’une attaque sophistiquée venant de l’extérieur ».
Aucune conséquence financière pour les clients, assure Arkéa
La banque se veut rassurante : l’attaque est « maintenant circonscrite » et « les montants impactés par cette attaque, encore en cours d’évaluation, n’étaient pas de nature à remettre en cause la solidité et la santé financière du groupe ». « Cet incident n’a aucune conséquence financière » pour « nos clients », martèle le communiqué, selon lequel « leurs intérêts sont pleinement protégés ».
L’attaque « n’entraîne aucune conséquence sur leurs avoirs et a seulement entraîné une exécution différée de certaines opérations de virement », selon Arkéa. Dès la détection de la cyberattaque, les équipes se sont mobilisées et la décision a été prise, « par mesure de précaution », de « suspendre temporairement certaines transactions afin de sécuriser les opérations et de prévenir tout nouveau mouvement frauduleux ».
La quasi-totalité des opérations a pu reprendre son cours dans la matinée, après que le groupe et ses filiales ont procédé à des vérifications et à la mise en place de mesures de sécurisation renforcées.
Un appel à la vigilance face aux risques d’hameçonnage
Les équipes de sécurité de la banque « travaillent avec les autorités compétentes, judiciaires et policières, pour déterminer précisément l’origine de l’attaque et son modus operandi ». L’attaque n’ayant pas été revendiquée à ce stade, il est impossible de déterminer s’il s’agissait d’un simple vol ou d’une cyberattaque menée par des activistes.
Le groupe appelle toutefois ses clients à la plus grande vigilance, car à la suite de cette cyberattaque, « des tentatives d’hameçonnage (phishing) sont possibles ». Le groupe bancaire n’a pas fait état de vol de données clients, mais ce type d’événement peut susciter une seconde vague d’arnaques menée par des cybercriminels opportunistes surfant sur l’inquiétude des clients, sans lien direct avec la première attaque.
En résumé, Crédit Mutuel Arkéa a été victime d’une cyberattaque sophistiquée d’un montant estimé à environ 100 millions d’euros, dont une partie des fonds a pu être bloquée. La banque assure que ses clients ne subiront aucune conséquence financière et que l’incident est désormais circonscrit, tandis qu’une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour déterminer l’origine et le mode opératoire des pirates.




