Un nouvel épisode dans l’affaire Barbara Butch. Une soirée de musique électronique à Amiens, au cours de laquelle devait se produire la DJ, a été annulée en raison d’« éléments contextuels », ont annoncé les organisateurs. L’association France-Palestine Solidarité (AFPS) a revendiqué, mercredi 9 septembre, une « victoire » après son appel au boycott. Cette décision intervient deux mois seulement après l’interruption très médiatisée d’un concert de l’artiste à Grenoble.
La salle invoque des raisons de sécurité
« Les conditions nécessaires à la sécurité et à l’accueil du public ne sont plus réunies », a justifié la salle de concert associative La Lune des Pirates. L’établissement avait programmé trois artistes pour le 19 septembre, parmi lesquels Barbara Butch, figure de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024. Ses soutiens estiment que les appels au boycott émanant de militants pro-palestiniens sont le faux-nez d’attaques antisémites.
« L’appel au boycott a fonctionné, le concert est annulé », s’est félicitée la section amiénoise de l’AFPS, criant « victoire » sur Instagram. De son côté, Frédéric Fauvet, maire socialiste d’Amiens et président de la métropole amiénoise, a défendu une décision « difficile » qui « relève malheureusement du seul principe de réalité ». « La configuration du lieu ne permettait pas de garantir la sécurité de l’évènement », a ajouté l’édile, disant regretter « que les organisateurs aient été contraints d’en arriver là ».
Une vague de condamnations à droite et au centre
Dès mercredi après-midi, plusieurs responsables politiques de droite et du centre ont condamné l’annulation de cette soirée. Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la lutte contre les discriminations, a dénoncé sur CNews « un acte de lâcheté » et « une capitulation de la part de cette salle de concert ». « On ne peut pas, comme ça, déprogrammer une artiste de scène pour une seule raison : elle est juive, et comme elle est juive, elle subit aujourd’hui des appels au boycott », a-t-elle ajouté.
Cette annulation est « inacceptable », s’est également indigné sur X le président LR de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand. « On ne choisit pas les artistes qui ont le droit de monter sur scène en fonction de leurs opinions, de leur religion ou des combats qu’on leur prête. En France, ce ne sont pas les intimidations politiques qui doivent faire la programmation culturelle », a-t-il déclaré.
« Après Grenoble, Amiens : Barbara Butch encore empêchée de jouer, et l’extrême gauche qui jubile. On ne capitule pas devant la meute du boycott », a réagi sur X le député Rassemblement national Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale. Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a lui aussi condamné une « capitulation » et a appelé l’État « à exercer son autorité pour que ce concert puisse se tenir ».
Un contexte de tensions croissantes
La soirée annulée devait intervenir dans le cadre de l’inauguration de la nouvelle salle de La Lune des Pirates, dont la construction a été financée en partie par Amiens Métropole, le département de la Somme et la région Hauts-de-France. Barbara Butch, militante queer, est la cible d’attaques régulières sur son orientation sexuelle ou son poids depuis sa participation remarquée à la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024.
Son concert à Grenoble, le 18 juillet, avait déjà été interrompu après un appel au boycott, notamment lancé par l’antenne grenobloise de La France insoumise. Les militants reprochaient à la DJ sa participation, en 2025, à un événement organisé à la résidence de l’ambassadeur de France en Israël, ainsi que sa signature d’une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan.
Dans la foulée de cet incident, la ministre de la Culture Catherine Pégard avait annoncé fin juillet l’envoi de deux circulaires destinées aux préfets et aux magistrats du siège, afin de renforcer l’application des sanctions contre le délit d’entrave à l’expression artistique. Ces mesures n’ont pas suffi à empêcher la nouvelle annulation d’Amiens.
Ce qu’il faut retenir
L’annulation du concert de Barbara Butch à Amiens illustre la montée des tensions autour de la liberté artistique en France. Entre appels au boycott, pressions politiques et enjeux de sécurité, la question de la programmation culturelle se retrouve au cœur d’un débat national. La décision de La Lune des Pirates, saluée par les militants pro-palestiniens et dénoncée par une large partie de la classe politique, relance la polémique sur les conditions d’exercice de la création artistique et sur la place des artistes juifs dans l’espace public français.


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