Ali Rabeh, maire de Trappes, dénonce les discours de haine et raconte l’arrivée de son père en France

Trappes Mayor Ali Rabeh Denounces Racist Violence

Après le drame qui a frappé sa ville, Ali Rabeh, maire de Trappes, est de nouveau monté au créneau pour fustiger ceux qui « ont armé la main du terroriste ». L’élu d’origine algérienne confie faire l’objet d’insultes depuis qu’il est devenu maire et raconte les conditions dans lesquelles son père est arrivé en France. Ses déclarations, relayées dans la presse étrangère, suscitent néanmoins une vive polémique, certains contestant la crédibilité de ses propos sur les « ratonnades » des années 1970.

Une lettre en hommage à la victime de l’attaque

Le maire s’exprimait dans une lettre adressée aux participants à un rassemblement organisé lundi en hommage à la victime de l’attaque, Pengo Bossio Wangui. Dans ce texte, il cite nommément le président du Rassemblement national (RN), qualifié d’« antisémite Jordan Bardella ». En répétant « jusqu’à la nausée » que « Trappes c’est Kaboul à 30 minutes de Paris », Bardella et son parti ont placé « une cible sur le dos de chaque habitant » de la ville, a accusé l’élu.

Au-delà de Trappes, écrit Ali Rabeh, « les discours de haine martelés à longueur d’antenne contre les étrangers, les immigrés, les musulmans ont contribué à déshumaniser une partie des Français, à les ériger en ennemis de l’intérieur, et donc à rendre aux yeux de certains leur agression légitime ».

Un discours raciste qui « dépasse les limites d’un seul parti »

Pour lui, il ne suffit pas d’accabler l’extrême droite, puisque le discours raciste a « dépassé les limites d’un seul parti » et que « le pays tout entier est devenu malade ». À l’Assemblée, des postes de vice-président sont laissés au courant extrémiste ; dans les médias, « il n’est même plus nécessaire d’être la propriété de Vincent Bolloré pour confier l’antenne aux éditorialistes et journalistes d’extrême droite » ; et dans les discours politiques, on « consent à renoncer à des principes autrefois consensuels ».

« Cette pente est une impasse », souligne Ali Rabeh, qui met en garde ceux qui véhiculent « ce discours, ces thèmes, ces mots » : ils « seront avalés par le monstre qu’ils auront contribué à nourrir ». Le maire a conclu en affirmant que les Français sont « un seul et même peuple, un grand peuple, une grande nation qui ne peut écrire la suite de son récit que dans le rejet du racisme, de l’antisémitisme, de l’islamophobie ».

« Je n’ai jamais subi autant d’insultes que depuis que je suis maire »

Sur France 5, lundi soir, Rabeh a souligné que les attaques racistes n’épargnent plus les élus d’origine étrangère, qui sont même les plus touchés. « Mon père [algérien], quand il est arrivé en France, il baissait la tête, il a connu les ratonnades des années 1970. Nous, on a grandi naïvement avec la fameuse promesse républicaine à laquelle on a voulu croire », a-t-il dit.

L’élu a raconté que, quand il a obtenu son écharpe de maire, il a « cru naïvement avoir une forme d’immunité ». « Je suis Français, je ne peux pas le prouver plus que cela », mais, au bout, c’est la désillusion. « Je n’ai jamais subi autant d’insultes, de menaces, de renvois à mon pays d’origine que depuis que je suis élu de la République », a-t-il assuré, soulignant qu’il n’est pas le seul dans cette situation et citant les attaques qui ciblent le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko.

« Cette violence est alimentée continuellement quand CNews, entre 2022 et 2024, fait 30 000 mentions du mot islam, trois fois plus que les autres médias qui, eux-mêmes, ne sont pas exempts de critiques », a expliqué le maire de Trappes.

Une polémique sur la crédibilité de ses propos

Les déclarations d’Ali Rabeh, relayées dans la presse étrangère, ont toutefois suscité une controverse. Certains observateurs s’interrogent sur la crédibilité de ses propos concernant les « ratonnades » qu’aurait subies son père dans les années 1970, l’accusant d’en rajouter. D’autres estiment qu’il cherche à jeter de l’huile sur le feu plutôt qu’à favoriser l’intégration de sa communauté.

La polémique s’étend également au terrain religieux. Des critiques rappellent que les 57 pays musulmans ont déclaré à Doha en l’an 2000 que l’islam n’était pas compatible avec les valeurs d’une république laïque, et s’interrogent sur la position d’Ali Rabeh face à cette déclaration, rédigée notamment en français, l’une des trois langues officielles de l’OCI. Certains souhaitent également connaître l’avis du recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, sur le sujet de la Charte de Doha 2000.

Une prise de position qui divise

En définitive, Ali Rabeh entend dénoncer les discours de haine qui, selon lui, ont contribué à déshumaniser une partie des Français et à rendre légitime, aux yeux de certains, l’agression dont sa ville a été victime. Il plaide pour un rejet du racisme, de l’antisémitisme et de l’islamophobie, et met en garde contre les dérives d’un discours qui, s’il n’est pas endigué, finira par engloutir ceux qui le propagent. Mais ses propos sur le passé de son père et ses références à la presse étrangère alimentent une controverse qui divise, entre soutien à un élu confronté aux insultes et scepticisme sur la portée de ses déclarations.

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