Nouveau rebondissement de dernière minute. Comme la semaine précédente, le parcours de la manifestation de l’intersyndicale à Paris n’aura pas lieu entre Bastille et Nation, contrairement au souhait des organisateurs. Se rangeant du côté de la préfecture de police de Paris, le Conseil d’État a finalement validé, ce samedi 31 octobre, un itinéraire entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, en marge du centre-ville.
Les autorités se conforment ainsi à la volonté d’Emmanuel Macron, qui avait indiqué plus tôt dans la semaine ne plus vouloir voir de manifestations dans les centres-villes au vu des violences qui ont éclaté le 17 octobre. « Le Conseil d’État valide la stratégie de désorganisation du ministère de l’Intérieur et de la préfecture de police. C’est très inquiétant », a regretté sur BFM Adèle Tellez, co-secrétaire de la CGT Paris. Elle appelle malgré tout à respecter cette décision et donne rendez-vous porte de Bagnolet.
Un aller-retour judiciaire en quarante-huit heures
Le feuilleton judiciaire a connu plusieurs épisodes en moins de vingt-quatre heures. Alors que les syndicats avaient déclaré un parcours dans le centre de Paris, la préfecture de police a annoncé vendredi avoir interdit celui-ci. En parallèle, le trajet des gilets jaunes — qui organisaient leur propre cortège entre Bastille et Concorde — a également été annulé. Ces trajets sont incompatibles « avec les impératifs de l’ordre public » en raison de la présence « en nombre des commissariats de police, des agences bancaires, des commerces et des enseignes de restauration rapide », justifiait l’arrêté préfectoral.
Mais coup de théâtre plus tard dans la journée : le tribunal administratif a suspendu l’interdiction, estimant que le préfet Patrice Faure « n’apporte aucun élément chiffré de nature à établir l’impossibilité ou la difficulté à encadrer un rassemblement litigieux doté d’un parcours précédemment défini ». « En dépit du risque réel de troubles à l’ordre public, résultat du contexte social tendu des dernières semaines, il résulte (…) que les requérants sont fondés à soutenir que l’arrêté attaqué porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifester », expliquait alors le tribunal.
« On a gagné », avaient clamé l’Unef et la CGT, deux des organisateurs. « On va faire appel », avait annoncé peu après le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, citant les faits survenus le 17 octobre pour justifier son opposition. C’est finalement lui qui a eu gain de cause devant le Conseil d’État. La semaine dernière, le parcours de la manifestation parisienne s’était déjà étendu de la porte d’Italie à la porte de Vincennes, dans le même objectif d’éloigner les manifestants des centres-villes.
350 actions recensées dans tout le pays
Pour ce samedi, 350 actions susceptibles de fédérer 350 000 à 450 000 personnes au total ont été recensées, a indiqué une source policière. Certains dépeignent même un « climat pré-insurrectionnel », alerte auprès de l’AFP une autre source policière. Un nouveau couvre-feu a par ailleurs été décrété dans certains secteurs de Paris pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi, de 23 h 00 à 06 h 00, une mesure qui se multiplie dans plusieurs villes de France ces derniers jours.
L’entourage du ministre de l’Intérieur s’inquiète par ailleurs de l’utilisation sur les réseaux sociaux des termes « révolution » et « insurrection », alors que se profile la fête d’Halloween. « Le prétexte de la nuit d’Halloween ne sera pas un motif légitime pour se dissimuler le visage dans l’espace public » en vue de « commettre des troubles à l’ordre public », avait prévenu Laurent Nuñez.
Des situations contrastées en régions
À Bordeaux, contrairement à la semaine précédente, le cortège a été autorisé par la préfecture, qui anticipe néanmoins une journée « difficile » et « des actions violentes ». La mairie regrette pour sa part un « tracé trop proche du centre-ville ». À Lyon, la préfecture a donné son feu vert à un défilé hors de l’hypercentre, qui garde les stigmates des violences du 17 octobre, lorsqu’un bâtiment de l’office du tourisme avait été incendié. À Marseille, seuls les rassemblements « déclarés » seront autorisés. À Rennes, une manifestation initialement interdite a été autorisée après une modification du parcours par les organisateurs.
La décision du Conseil d’État illustre la ligne de fermeté assumée par l’exécutif, qui entend désormais contenir les défilés à l’écart des centres-villes. Pour les organisations syndicales, cette stratégie revient à vider de leur sens des mobilisations pourtant déclarées légales. Le bras de fer entre liberté de manifester et impératifs d’ordre public devrait donc se poursuivre dans les semaines à venir, alors que le climat social reste particulièrement tendu dans le pays.




