Législatives en Israël : pourquoi la question palestinienne est la grande absente de la campagne

Israel Election 2026: Palestinian Question Marginalized

À la veille des élections législatives israéliennes du mardi 27 octobre 2026, un constat s’impose : la question palestinienne, longtemps centrale dans le débat public israélien, est aujourd’hui largement marginalisée. Alors que Benyamin Nétanyahou brigue un nouveau mandat après plus de dix-huit ans à la tête du gouvernement, la campagne s’est cristallisée autour de la sécurité, des responsabilités du 7-Octobre et de la personnalité du Premier ministre sortant. L’avenir de Gaza et de la Cisjordanie occupée, lui, reste en retrait des préoccupations affichées par la plupart des partis.

Un scrutin sous le signe du traumatisme du 7-Octobre

Les conséquences de ce scrutin, qui s’annonce très serré selon les sondages, dépasseront largement les frontières d’Israël. Les élections influenceront aussi l’avenir de la bande de Gaza, ravagée par trois ans de guerre, et de la Cisjordanie occupée, où la colonisation israélienne ne cesse de s’accélérer. Pourtant, le débat électoral semble s’être détaché de cette réalité.

« La politique israélienne ne peut jamais se détacher de la question palestinienne, qui a des conséquences tant sur la politique interne qu’externe » de l’Etat hébreu, souligne Hugh Lovatt, chercheur au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR). Mais « malgré l’importance du conflit sur le quotidien et le futur » d’Israël, l’avenir de Gaza et de la Cisjordanie occupée est un sujet « largement marginalisé » dans la campagne, constate le spécialiste.

La solution diplomatique, une option « quasiment impensable »

« Il y a encore dix ou vingt ans, certains partis évoquaient le projet d’une paix économique, voire la solution à deux Etats », qui impliquerait la reconnaissance d’un Etat palestinien par Tel-Aviv, retrace Ksenia Svetlova, chercheuse associée à l’institut Chatham House. Mais depuis les attentats du 7-Octobre, durant lesquels plus de 1 200 personnes ont été tuées par les terroristes du mouvement islamiste palestinien Hamas, « il n’y a guère d’appétit pour une quelconque initiative centrée sur la paix », analyse cette ancienne députée de centre gauche, qui a siégé à la Knesset entre 2015 et 2019.

« Dans cette campagne, le principal sujet est la sécurité et la défense d’Israël. L’enjeu de scrutin, plus largement, est de savoir qui aura le pouvoir, comment il sera utilisé et contre qui », poursuit-elle.

Avec le traumatisme laissé par le 7-Octobre, la société israélienne s’est « radicalisée », ajoute Hugh Lovatt. « L’idéologie antipalestinienne et l’opposition à un Etat palestinien, qui existaient déjà auparavant, ont été légitimées et amplifiées » depuis les attaques du Hamas, poursuit le chercheur. Dans ce contexte, deux priorités se dessinent, dans un scrutin qui ressemble surtout à un référendum pour ou contre Benyamin Nétanyahou : établir les responsabilités qui ont mené au 7-Octobre, alors que plusieurs médias affirment que le Premier ministre avait reçu des alertes sur l’imminence des attentats, et garantir la sécurité de l’Etat hébreu.

Une campagne dominée par le référendum pro ou anti-Nétanyahou

À la veille de l’élection, rares sont les partis qui mettent en avant la solution diplomatique pour parvenir à ce deuxième objectif. « L’idée de négociations est quasiment impensable dans le climat actuel », assure Ksenia Svetlova. À la tête d’une coalition de droite et d’extrême droite, Benyamin Nétanyahou est fermement opposé à la mise en place d’un Etat palestinien. Le Premier ministre continue de défendre son projet de « victoire totale » sur le Hamas à Gaza, mais n’a pas de « plan clair » pour y parvenir, juge le Jerusalem Post.

Pour Ksenia Svetlova, le chef du gouvernement a « ralenti » la mise en œuvre de l’accord négocié par les Etats-Unis pour mettre fin au conflit dans l’enclave. Son maintien au pouvoir équivaudrait à un statu quo, avec « une situation qui n’est ni la guerre ouverte ni la paix » à Gaza, ainsi qu’une « annexion de fait de la Cisjordanie » occupée, insiste la chercheuse.

L’opposition, pas fondamentalement différente sur le fond

Comme le relève Reuters, le projet du Premier ministre israélien est en partie influencé par ses alliés d’extrême droite, dont certains soutiennent ouvertement l’idée d’une annexion des territoires palestiniens. Sous Benyamin Nétanyahou, les installations israéliennes en Cisjordanie occupée – considérées comme illégales par le droit international – se sont faites plus nombreuses. Tout comme les violences et intimidations des colons envers les Palestiniens, qui n’ont cessé d’augmenter à l’approche de l’élection : entre le 1er et le 9 octobre, l’organisation à but non lucratif Acled a recensé près de quarante incidents quotidiens, contre une vingtaine par jour en septembre.

L’extrême droite défend un programme allant encore plus loin. Itamar Ben Gvir, à la tête d’un parti ultranationaliste et actuel ministre de la Sécurité intérieure, a proposé début septembre de vider la bande de Gaza de ses deux millions d’habitants. Un « transfert » selon lui « volontaire », qui s’opérerait sur six ans, le temps de « pousser à l’émigration » une population déjà déplacée à de multiples reprises durant les trois ans de guerre.

Un changement de coalition gouvernementale permettrait-il une autre approche ? En cas de victoire du principal rival de Benyamin Nétanyahou, Gadi Eisenkot, la différence avec l’actuel Premier ministre serait minime, avance Hugh Lovatt. Le centriste, ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et novice en politique, s’oppose lui aussi à l’idée d’un Etat palestinien. Il se montrerait toutefois « plus enclin à restreindre l’expansion des colonies non autorisées en Cisjordanie occupée, et à combattre l’extrémisme de certains colons », poursuit-il. Début octobre, Gadi Eisenkot a ainsi qualifié de « terrorisme juif » l’explosion des violences contre les Palestiniens.

Une élection scrutée depuis les territoires palestiniens

De l’autre côté des frontières, dans les territoires palestiniens, on observe aussi l’issue de ces élections avec attention. « Nous voulons un Premier ministre israélien qui reconnaîtra la souffrance du peuple palestinien et la responsabilité de l’Etat hébreu dans cette souffrance », martèle Mohammed Shtayyeh, ancien Premier ministre de l’Autorité palestinienne et responsable du Fatah, auprès de Haaretz. Selon le quotidien, les Palestiniens nourrissent néanmoins peu d’espoirs de voir leur quotidien s’améliorer.

« Si la coalition actuelle se maintient au pouvoir, la situation à Gaza et en Cisjordanie occupée continuera de se détériorer, estime Ksenia Svetlova. Ce serait le pire cas de figure pour les territoires palestiniens, pour Israël, et pour toute la région. » Le chef du Hamas s’est montré, début octobre, encore plus pessimiste. Dans un entretien à la télévision qatarienne Al Araby, Khalil al-Hayya a jugé : « Que telle ou telle personne arrive au pouvoir, de ce parti ou d’un autre… Notre peuple a souffert aux mains de tous les partis israéliens. »

Ce qu’il faut retenir

À quelques jours d’un scrutin historique, la campagne israélienne illustre un basculement profond : la sécurité et le traumatisme du 7-Octobre ont supplanté toute discussion sur une résolution politique du conflit israélo-palestinien. Qu’il s’agisse de la coalition sortante ou de l’opposition centriste, la solution à deux Etats apparaît aujourd’hui hors du champ du débat électoral. Pour les Palestiniens, comme pour de nombreux observateurs, l’issue du vote du 27 octobre déterminera moins l’avenir d’un processus de paix que le degré de détérioration d’une situation déjà critique à Gaza et en Cisjordanie occupée.

PartagerWhatsAppFacebookE-mail

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *