Manifestations du 24 octobre : Paris termine dans le calme, Marseille sous tension

France Protests: Paris March Ends Calmly, Tensions Flare in Marseille

Une semaine après les violences du 17 octobre, une nouvelle journée de mobilisation nationale s’est tenue ce samedi 24 octobre dans plusieurs villes de France, placée sous haute surveillance. Le cortège parisien est arrivé en fin d’après-midi Porte de Vincennes sans qu’aucun incident majeur n’ait été signalé depuis son départ à 14 heures, tandis que des tensions ont éclaté à Marseille et que des dégradations ont été commises à Grenoble. Le ministère de l’Intérieur a recensé 35 000 manifestants sur l’ensemble du territoire en début d’après-midi, un chiffre que les organisateurs contestent.

À Paris, une marche encadrée qui se déroule sans heurt

Le parcours parisien, modifié à la dernière minute par la préfecture de police, a finalement été accepté par les organisateurs après le rejet, en matinée, de leur recours contre le tracé imposé. La marche s’est élancée à 14 heures et a rallié la Porte de Vincennes en fin d’après-midi, sans qu’aucun incident ne soit observé sur le trajet, selon les constatations effectuées sur place.

Dans le cortège, la composition sociale a marqué les observateurs : une forte présence d’enseignants du secondaire et de représentants du « peuple de gauche », syndicats en tête, aux côtés de plusieurs figures politiques comme Danielle Simonnet et Alexis Corbière. Des élus et militants ont côtoyé des agents du service public venus exprimer leur malaise. Delphine, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation, a évoqué « la grande souffrance » et la « perte de sens » ressenties par les employés de son administration, se disant « choquée » par la « répression » subie par les personnels mobilisés. Militante CGT depuis vingt ans, elle a jugé que la mobilisation de la jeunesse lui avait « fait beaucoup de bien », tout en appelant à la « désescalade ».

D’autres participants ont affiché une colère plus frontale. Georges, 53 ans, fonctionnaire, a rejoint le cortège en enfilant un t-shirt proclamant « Unissons-nous contre la mafia de l’État ». « Ça fait des années qu’on se mobilise, qu’on exprime notre mécontentement. Il y en a marre que nos politiques ne nous entendent pas. Rien ne change, rien n’évolue jamais », a-t-il lancé. À proximité, des manifestants interpellaient les curieux penchés aux fenêtres du boulevard : « Rejoignez-nous, ne nous regardez pas ! » Sur le parcours, les commerçants du boulevard Poniatowski n’ont disposé que de quelques heures, après l’annonce du changement de tracé la veille au soir, pour décider de l’ouverture de leurs enseignes ; certaines sont restées à demi closes, servant leurs clients à travers un guichet.

Le dispositif de sécurité est resté massif. Le préfet de police Laurent Nunez avait annoncé 135 interpellations à 13 heures et assuré que les forces de l’ordre étaient « prêtes ». La préfecture a également autorisé le survol de drones au-dessus de la capitale.

Marseille : un important cortège et les premières tensions

À Marseille, un important cortège s’est dirigé vers la gare Saint-Charles en début d’après-midi. Treize interpellations avaient été recensées à 13 heures, et une personne a été arrêtée en possession de mortiers en marge de la manifestation, sans que ces artifices aient été utilisés. En fin d’après-midi, de premières tensions ont éclaté boulevard des Dames, dans l’hypercentre, où des grenades lacrymogènes ont été jetées. La ville reste marquée par les pillages du week-end précédent, et les autorités affichent une fermeté accrue.

Orléans : mobilisation contre le congrès du Rassemblement national

La ville d’Orléans concentrait une attention particulière, en raison de la tenue du congrès du Rassemblement national. La manifestation « contre le fascisme » s’est élancée en fin de matinée ; la préfecture a compté 11 000 participants, les organisateurs 26 000. Des clous ont été jetés sur des congressistes du RN, et la gendarmerie a saisi plusieurs armes en amont. Le maire Serge Grouard a annoncé un couvre-feu pour les mineurs de moins de 15 ans lors des deux nuits suivantes. La CRS 8 a été déployée sur place, et le rassemblement s’est dispersé dans le calme en début d’après-midi.

Lyon, Nice, Bordeaux, Nantes : incidents et dispositifs contrastés

À Lyon, des manifestations sauvages se sont poursuivies à divers endroits de la ville, notamment cours Gambetta et autour du Rectorat, certaines pénétrant dans le périmètre d’interdiction. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés pour disperser les participants, et des véhicules Centaure ont été déployés au niveau de Saxe-Gambetta. Dix-sept interpellations avaient été comptabilisées depuis le matin.

À Nice, un engin lanceur d’eau a été utilisé place Masséna pour disperser des groupes, alors que des bruits d’éclats et des fumées provenaient de la foule ; un cortège de lycéens et d’étudiants cheminait en parallèle quai des États-Unis. Les CRS ont ensuite évacué la place, sous les critiques de certains passants. À Nantes, un canon à eau a été déployé cours des 50-Otages pour mettre fin à un face-à-face avec les participants d’une manifestation sauvage.

À Bordeaux, où la manifestation a été interdite par la préfecture et où la justice a validé cette interdiction, les forces de l’ordre ont adopté une stratégie différente de celle du week-end précédent : plutôt que d’encadrer le cortège, elles ont cherché à le contenir et à éviter sa dispersion dans les rues du centre-ville, avec des effectifs positionnés aux abords des rues commerçantes, dont la rue Sainte-Catherine. Le cortège, qui continuait de grossir, s’étendait sur environ 800 mètres en milieu d’après-midi. À Grenoble, plusieurs enseignes ont été attaquées par des individus encapuchonnés de noir, dont au moins une succursale de la FNAC, de Foncia et un McDonald’s. À Chambéry, un millier de manifestants ont envahi la voie rapide urbaine, bloquant des centaines de véhicules. Dans le Nord, la préfecture a fait état de trente interpellations à 15 heures, dont vingt-cinq à Lille, et de nombreuses armes saisies, couteaux de chasse, couteaux papillons et armes airsoft.

Un contexte politique tendu et de nouveaux rendez-vous annoncés

Cette journée intervient dans un climat politique particulièrement chargé. Jean-Luc Mélenchon a interpellé Emmanuel Macron, estimant qu’« il est temps de céder, après il ne restera plus que la porte de sortie ». Le Conseil de l’Europe a de son côté appelé au respect du droit de manifester. Les Gilets jaunes, qui revendiquent 700 mobilisations dans le pays, ont déjà annoncé une nouvelle journée le 31 octobre contre une « dérive autoritaire ». Par ailleurs, la mairie de Limoges, incendiée lors des précédentes violences, reste au cœur de l’actualité judiciaire : les deux suspects ont été mis en examen et placés en détention provisoire.

En résumé, le 24 octobre restera comme une journée de mobilisation massive mais globalement mieux contenue que celle du 17 octobre : Paris a terminé sa marche sans incident notable, tandis que les tensions se sont concentrées à Marseille, Lyon, Nice et Nantes, et que des dégradations ont été commises à Grenoble. Le maintien d’un dispositif sécuritaire lourd, l’usage de canons à eau et les nombreuses interpellations témoignent d’une vigilance accrue des autorités, à l’approche d’un nouveau rendez-vous fixé au 31 octobre.

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