Budget 2027 : Lecornu penche à droite, la gauche s’insurge

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Le budget 2026 avait été négocié avec les socialistes. Celui de 2027 sera-t-il conclu avec l’autre bord de l’hémicycle ? À quelques semaines de la rentrée parlementaire, Sébastien Lecornu a dévoilé les grandes lignes de ses textes budgétaires pour l’État et la Sécurité sociale. Des orientations qui semblent davantage taillées pour séduire les parlementaires de droite, voire d’extrême droite, que ceux de la gauche, déjà vent debout.

Une levée de boucliers à gauche

Du Parti communiste aux socialistes, tous les responsables de gauche ont immédiatement exprimé leur réprobation. Le patron du PCF, Fabien Roussel, a dénoncé un budget de « casse sociale » fait « pour les riches ». Les insoumis, qui ont d’ores et déjà promis la censure, fustigent une copie qui « va encore faire souffrir les gens ». Ces annonces constituent la promesse d’une « potion d’austérité », et « l’inverse de ce que propose » le PS, a réagi son porte-parole, le député Arthur Delaporte.

De l’autre côté de l’hémicycle, en revanche, les réactions se sont faites beaucoup moins virulentes. Le groupe Droite Républicaine présidé par Laurent Wauquiez est resté silencieux. Les dirigeants du Rassemblement national attendent, eux, de « voir la copie dans son intégralité ». « Un budget qui pénaliserait la France qui travaille ou la France qui a travaillé sans remettre en cause les grands gaspillages d’argent public serait extrêmement injuste », a toutefois mis en garde Jordan Bardella sur BFMTV, avant de lister, l’air de rien, certaines de ses attentes. Celles-ci font toutes écho aux pistes dévoilées par le chef du gouvernement quelques heures plus tôt.

L’État et les étrangers en première ligne

Parmi les mesures les plus révélatrices figure la proposition du Premier ministre d’instaurer un délai de « carence » pour le versement aux étrangers des allocations « qui ne dépendent pas du travail ». Sont possiblement concernés le RSA, les APL, les allocations familiales ou encore le minimum vieillesse. « Quand un étranger arrive en France, de manière légale, il n’a aucune carence pour se faire ouvrir ses droits, là où un Français de l’étranger a lui un délai de carence », a souligné Sébastien Lecornu, défendant une « mesure de bon sens » et anticipant les critiques de ceux qui « hurleront sans doute à la mesure droitière ». De fait, la proposition répond exactement aux attentes du président du RN, qui veut voir abordés « les tabous de la dépense publique » et cite en premier « les prestations sociales versées aux étrangers ». Une sorte de préférence nationale appliquée à la Macronie, comme ce fut déjà le cas lors de la loi immigration.

La demande, récurrente chez les élus de droite comme d’extrême droite, de baisser les coûts de fonctionnement de l’État est également entendue. Le Premier ministre a promis de faire de l’État « le premier contributeur à l’effort », sans toucher aux domaines régaliens : armées, justice et intérieur voient leurs budgets augmentés, tout comme la recherche et l’écologie. En revanche, le ministère du Travail est mis à contribution à hauteur de 2,5 milliards d’euros d’effort. Le gouvernement prévoit aussi la « compression » des budgets des cabinets ministériels ou la baisse des enveloppes des opérateurs et agences. De quoi répondre à la demande du RN, qui réclame « un budget qui fait des économies dans le train de vie de l’État, dans les agences et les opérateurs publics ».

La mise à contribution des fonctionnaires, avec le gel du point d’indice dans le projet de budget 2027, rencontre également une partie de la droite conduite par Bruno Retailleau. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, crie au « scandale ».

Retraités et entreprises partiellement épargnés

Côté recettes, les premières annonces du gouvernement ont aussi tout pour répondre aux desiderata des bancs les plus à droite de l’Assemblée et du Sénat. La taxe exceptionnelle sur les contributions des grandes entreprises, décriée par ces deux partis depuis sa mise en place, sera rabotée pour ne plus concerner que 300 entreprises, avec un apport estimé à 5 milliards d’euros au lieu de 8. Invitée de la matinale de France Inter, Maud Bregeon a tenté de la présenter comme une proposition équilibrée, soulignant qu’il s’agissait d’« une somme importante répartie sur un petit nombre d’entreprises » parmi les plus importantes. Mais cette tentative de dialogue avec les partis de gauche risque de s’avérer vaine, puisque le périmètre initial de la contribution exceptionnelle était déjà jugé insuffisant par certains d’entre eux, notamment les défenseurs de la taxe Zucman.

Reste le point le plus éruptif de la copie budgétaire : la mise à contribution des retraités. La mesure fait débat sur tous les bancs, y compris au sein des partis censés soutenir le gouvernement. Sébastien Lecornu a néanmoins confirmé que les seniors devraient contribuer à l’effort global, tout en promettant une voilure réduite, avec une contribution totale « inférieure à six milliards d’euros ». « Les retraités, certains, pas tous, seront probablement amenés à contribuer mais ils ne seront pas les seuls et ne porteront pas l’effort central qui sera porté par l’État », a martelé Maud Bregeon pour faire passer la pilule. Les modalités de cet effort seront laissées au Parlement, ce qui permet à Sébastien Lecornu de ne fâcher ni la gauche ni la droite en décidant à leur place.

« Ce qu’on propose sera une copie de départ. Nous sommes ouverts à la discussion avec toutes les forces politiques qui souhaitent trouver un compromis », a assuré Maud Bregeon au lendemain des annonces. Avec certaines forces politiques, peut-être, plus qu’avec d’autres.

Une orientation clairement assumée

Au total, le projet de budget 2027 dessine une trajectoire qui assume ses accents à droite : effort demandé aux étrangers pour les prestations non contributives, compression du train de vie de l’État, gel du point d’indice des fonctionnaires, allègement de la taxe sur les grandes entreprises et contribution limitée des retraités. Autant de signaux envoyés aux bancs de la droite et du Rassemblement national, dont les attentes semblent largement reprises par l’exécutif, tandis que la gauche, elle, dénonce déjà une politique d’austérité. Le véritable arbitrage interviendra à l’automne, lorsque le Parlement se saisira d’une copie de départ que le gouvernement présente comme ouverte à la discussion.

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