Discrimination à la tour Eiffel : deux enquêtes pour comprendre l’éviction de femmes salariées lors d’une visite hindouiste

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La tour Eiffel a rouvert ses portes mardi 8 septembre au lendemain d’une grève historique de ses employés, choqués par la mise à l’écart d’une vingtaine de femmes salariées lors d’une visite privée d’un groupe religieux hindou. Si la société d’exploitation du monument dénonce un « zèle » de certains agents, le syndicat CGT affirme que le management n’a fait qu’appliquer des ordres venus d’en haut. Deux enquêtes ont été ouvertes pour faire toute la lumière sur cette affaire de discrimination sexiste inédite.

Des salariées « rendues invisibles » lors d’une visite privée

Tout a commencé samedi 5 septembre, lorsqu’une importante délégation du Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), un groupe religieux hindou particulièrement conservateur, a visité la tour Eiffel avant les heures d’ouverture au public. Selon le syndicat CGT, des consignes professionnelles ont alors conduit les femmes salariées à être écartées, remplacées et rendues invisibles en raison de leur sexe.

« Certaines ont été invitées à quitter leur poste et à se mettre à l’écart dans des locaux. À certains postes, elles ont été remplacées par des hommes. Et toutes les femmes salariées ont reçu la consigne de ne pas passer ou de ne pas traverser certaines zones pendant la présence de la délégation », a détaillé le syndicat dans un communiqué diffusé à l’AFP.

Diane Davoine, secrétaire CGT et référente contre les violences sexuelles et sexistes pour les salariés du monument, a précisé au micro de RTL qu’« une vingtaine de femmes » avaient été concernées. « On a des salles annexes en sous-sol et il a fallu que certaines femmes se confinent dans ces espaces », a-t-elle expliqué, dénonçant une situation « choquante » et « inédite ».

La direction évoque un « zèle » des agents de terrain

Face à la polémique, la société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) a reconnu dans un communiqué que les représentants de la délégation avaient demandé « que la visite de leur représentant spirituel soit organisée en limitant ses interactions avec les femmes », tout en admettant que « ces conditions n’auraient pas dû être acceptées ».

Interrogé mardi matin sur franceinfo et BFMTV, le président de la SETE, Ariel Weil, également maire (PS) de Paris Centre, a assuré ne pas avoir été mis « au courant » de cette exigence. « Tout indique que le directeur général ne l’était pas non plus pour ce qui est de la visite même », a-t-il affirmé, avant de pointer un « zèle » de certains agents : « Il y a des instructions qui ont été envoyées par la délégation, et la question est celle de la répercussion. C’est le management terrain qui a interprété sans doute avec zèle et un peu d’excès. »

La CGT dénonce une responsabilité « d’en haut »

Pour la CGT, cette version des faits est loin de refléter la réalité. Selon Diane Davoine, la discrimination est venue « d’en haut ». « Pour une délégation d’une telle ampleur, il y a forcément un lien avec l’État d’une façon ou d’une autre et la demande de visite redescend au niveau de la direction de l’entreprise qui, elle, donne ses instructions et ça retombe sur le management de terrain », a-t-elle estimé sur RTL.

La syndicaliste a tenu à défendre les agents de première ligne : « Le management au plus près du terrain n’a fait qu’appliquer les ordres et est aussi victime de la situation. » Selon les informations du Figaro, la visite aurait bien été organisée par le directeur général de la SETE samedi, contredisant ainsi les déclarations du président.

Le BAPS nie toute demande de mise à l’écart

De son côté, la délégation parisienne du BAPS a fermement nié les faits. Dans un message publié sur X (anciennement Twitter), elle a affirmé que « compte tenu de la taille de notre délégation, la visite a été organisée en coordination avec les équipes de la tour Eiffel, au début des horaires habituels d’ouverture ». Le groupe religieux a insisté : « À notre connaissance, à aucun moment l’accès à la tour Eiffel n’a été refusé à qui que ce soit. »

La délégation a néanmoins présenté « ses sincères excuses à toute personne qui aurait pu être blessée ou gênée par cette situation », sans pour autant reconnaître sa responsabilité dans l’organisation de cette discrimination.

Deux enquêtes pour établir les responsabilités

Face à la gravité des faits, deux enquêtes ont été annoncées. La première, interne à la SETE, sera menée par un intervenant extérieur afin d’« établir toutes les responsabilités ». Ariel Weil a promis que les résultats seraient connus « dans les prochains jours ». « On va déterminer qui a donné des consignes qui consistaient à modifier le protocole d’accueil de la tour Eiffel et s’assurer que ça ne se reproduise plus jamais », a-t-il déclaré sur franceinfo, réaffirmant « l’attachement de la tour Eiffel aux valeurs républicaines, à l’égalité femmes hommes ».

Le maire (PS) de Paris, Emmanuel Grégoire, a parallèlement annoncé l’ouverture d’une seconde enquête, menée par la Ville, « pour comprendre la chaîne de décision qui a pu conduire à cette décision, absurde, inique et inacceptable, pour que ça ne se reproduise plus ». Cette enquête « sera diligentée dans les plus brefs délais », avait-il promis dès lundi sur le réseau social X.

Une discrimination « inédite » qui interroge les pratiques

Cette affaire constitue une première dans l’histoire du monument parisien, comme l’ont souligné aussi bien les agents que la direction. « Cette délégation est venue à plusieurs reprises sur le monument et je n’ai jamais reçu de telles instructions. C’est inédit, incompréhensible », a insisté Diane Davoine. Ariel Weil a abondé dans ce sens : « Jamais le protocole ne prévoit qu’il y ait une distinction et une modification de la manière dont on reçoit les visiteurs, et en particulier une distinction entre les agents. »

La grève de lundi, qui a paralysé l’accès au monument, témoigne de l’émotion suscitée par cette affaire au sein du personnel, habituellement rompu à gérer des visites sensibles et des enjeux de sécurité, mais jamais confronté à de telles consignes discriminatoires.

Cette affaire, qui mêle laïcité, égalité femmes-hommes et respect des croyances religieuses, soulève des questions profondes sur les limites à ne pas franchir dans l’accueil de délégations étrangères. Les conclusions des deux enquêtes, attendues dans les prochains jours, devront déterminer qui, du terrain ou de la direction, a pris la décision de discriminer des salariées au nom d’exigences religieuses. Un test crucial pour les valeurs républicaines que la tour Eiffel, symbole de la France, est censée incarner. L’enjeu est désormais de garantir que cette « faute » ne puisse jamais se reproduire, et que les responsabilités soient pleinement établies, quel que soit le niveau hiérarchique impliqué.

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