Trappes, une semaine après l’attentat raciste : « J’ai peur d’être morte, vu que je suis musulmane »

Trappes: Fear and Resilience After Racist Attack

Une semaine après l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, tué par balles le 23 octobre, les habitants de Trappes (Yvelines) tentent de vivre avec un sentiment d’insécurité qui ne les quitte plus. Des enfants aux personnes âgées, l’effroi a gagné toute la ville. Une équipe de France Télévisions a passé plusieurs jours sur place pour recueillir leurs témoignages.

Le traumatisme de ceux qui ont vu

Pour Kadiatou Doukara, le temps s’est comme arrêté. Une semaine après les faits, cette infirmière revit sans cesse la scène. C’est elle qui a prodigué les premiers secours à Pengo Bossio Wangi, touché par plusieurs balles, à même le sol. Elle est arrivée juste après la fusillade.

« Ici, c’est un chemin que je prends tous les jours, plusieurs fois par jour. À chaque fois que je passe, je revois la scène. Ce sont trois minutes qui me paraissaient interminables. Je masse, je masse, je masse… Mais voilà, il ne faut pas lâcher. Il faut que le cœur reste en activité, donc, on ne lâche pas », se souvient-elle.

Elle confie s’être sentie « impuissante, complètement impuissante parce qu’elle était toute seule et qu’il n’y avait pas le matériel nécessaire. Il n’y avait rien. » Elle pense à cette vie fauchée « gratuitement, sans avoir rien demandé, parce qu’il est noir… »

Née et ayant grandi à Trappes, Kadiatou Doukara dénonce aujourd’hui certains discours politiques qui, selon elle, attisent la violence. « Je pense que les discours de l’extrême droite, comme par exemple « Trappes est la ville avec tous les djihadistes ou les fichés S », ce sont ces discours-là qui ont poussé Kévin T. à la haine. Les Trappistes, la majorité française, on a tous la même carte d’identité que lui », affirme-t-elle.

« Des enfants qui ont peur dès le plus jeune âge »

Depuis l’attentat raciste, l’effroi s’est propagé dans toute la ville. Ginane, une fillette, n’ose plus se rendre seule à ses activités comme avant. Elle demande désormais à son père de l’accompagner.

« Ils tuent les Noirs, les musulmans, tous ceux qui ne sont pas de la même religion qu’eux et de la même couleur. Du coup, j’ai peur d’être morte, vu que je suis musulmane », confie l’enfant, avec une gravité qui tranche avec son jeune âge.

Son père ajoute, le cœur lourd : « Ça me fait très mal. Chaque fois, je lui dis qu’il faut que tu saches que tu es française. Comment on peut construire une société avec des enfants qui ont peur dès le plus jeune âge ? »

Au moment de l’attaque, Ginane et son frère jouaient devant chez eux. C’est une voisine qui leur a dit de rentrer en urgence pour se mettre à l’abri. « J’essaie de l’oublier, mais à chaque fois, ça me revient. Parfois, ça m’empêche de dormir », explique la fillette. Son père témoigne encore : « La diversité, c’est la richesse. C’est ce qui fait aussi la richesse de notre pays. Avant de dormir, elle me dit : « Comment on en est arrivé là ? » »

La peur de sortir, même pour les plus âgés

Par crainte, une habitante de Trappes depuis vingt-cinq ans ne souhaite pas montrer son visage. Elle a fait une rare sortie, dans une association de quartier, sa première depuis une semaine. « Des personnes qui habitent toutes seules… On a même peur d’ouvrir nos fenêtres. On a peur de sortir », atteste-t-elle. « On ne sait jamais. On tire sur les gens, dehors comme ça, et ils tombent. »

Sur le marché, habituellement le cœur battant de la ville, l’ambiance n’est plus la même. Djamal Merasli, retraité, l’a bien remarqué. « C’est quand même triste. On voit bien que les gens de Trappes, ils ont le regard un peu partout, à droite, à gauche. Avant, on discutait une bonne demi-heure. Mais là, ça ne discute même pas deux, trois minutes », déplore-t-il.

« On vit en harmonie »

Malgré la peur, certains habitants refusent que cet attentat dresse les communautés les unes contre les autres. Yacine Rezig, commerçant, en fait partie. « Moi, je suis amoureux de la France, je suis amoureux de ce que ce pays a pu nous donner. Il faut que les choses s’apaisent, c’est le plus important », assure-t-il.

« Chez Yolande », une épicerie solidaire, est le reflet de cette ville cosmopolite qui s’unit contre le racisme. Sylvie Verstraeten, bénévole, est encore sous le choc. « C’est de l’émotion, parce que c’est une idéologie que je combats depuis toujours. Je vis dans une ville où on est tous réunis. Au-delà de la couleur de peau, au-delà de la religion, non-religion, on vit en harmonie. C’est ça, ce qu’on appelle vivre en harmonie », glisse-t-elle, très émue.

Une harmonie fragile. Beaucoup d’habitants de Trappes craignent que la campagne présidentielle exacerbe les tensions. Dans cette ville meurtrie, la peur côtoie la solidarité, et chacun tente de préserver ce vivre-ensemble que l’attentat du 23 octobre a violemment ébranlé.

Ce qu’il faut retenir

Une semaine après l’attentat raciste de Trappes, la ville reste profondément marquée. Des enfants expriment une peur existentielle, des personnes âgées s’enferment chez elles, et le marché autrefois animé s’est vidé de ses conversations. Pourtant, des habitants continuent de défendre une ville cosmopolite et solidaire, refusant que la haine l’emporte. L’inquiétude demeure néanmoins vive à l’approche d’une campagne présidentielle que beaucoup redoutent.

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