Prix Albert-Londres : Arthur Sarradin primé pour son livre sur l’enfer des prisons syriennes

French Reporter Wins Albert-Londres Prize for Syria Prisons Book

Le journaliste français Arthur Sarradin, âgé de 26 ans, a été distingué jeudi 29 octobre dans la catégorie livre du prestigieux prix Albert-Londres pour son enquête consacrée à l’univers concentrationnaire syrien. Correspondant au Liban pour plusieurs médias, dont Radio France, il a été l’un des premiers reporters à pénétrer dans les geôles du régime de Bachar al-Assad après sa chute, en décembre 2024.

Interrogé sur France Inter au lendemain de l’annonce, le lauréat a tenu à saluer la portée de cette récompense. Selon lui, ce prix « honore une mémoire qui est celle de l’univers concentrationnaire installé en Syrie et de ses survivants ». Une manière de rappeler que son ouvrage ne se contente pas de documenter l’horreur, mais qu’il porte la parole de ceux qui l’ont vécue.

Une plongée dans l’abattoir humain de Bachar al-Assad

Le livre d’Arthur Sarradin s’appuie sur une matière rare : les témoignages directs d’anciens détenus, mais aussi de « petites mains » du régime, ces exécutants subalternes dont le rôle reste souvent méconnu. L’auteur retrace, à travers ces récits, le fonctionnement d’un système carcéral industrialisé, pensé pour broyer des vies.

Le journaliste revient notamment sur son arrivée dans la sinistre prison de Sednaya, surnommée par les Syriens « l’abattoir humain de Bachar al-Assad ». Il décrit des scènes d’une violence extrême : « Des odeurs très violentes, pénétrantes, des corps qui étaient décharnés, des prisonniers un peu hagards, qui sortaient après parfois des années de torture. » Des mots qui traduisent l’indicible d’un lieu devenu le symbole de la répression du régime.

Pour Arthur Sarradin, les survivants qui ont accepté de parler « font vivre une mémoire qui permettra que le crime contre l’humanité ne se reproduise ». Leur courage, souligne-t-il, est au cœur de la démarche de son ouvrage, qui laisse une large place à des récits particulièrement éprouvants.

Raconter ce que les rapports ne disaient pas

Le jeune reporter assume une ambition documentaire précise. Il a voulu raconter « tout ce qu’on ne lisait pas sur ce qu’on savait déjà de Sednaya ». Car avant lui, la littérature et les rapports d’ONG avaient déjà établi l’existence de l’enfer carcéral syrien. Mais, estime-t-il, aucun document n’était encore « à la hauteur pour décrire ce qu’on avait vu ce jour-là ».

C’est donc au plus près du terrain, dans les jours qui ont suivi la chute du régime, que le journaliste a saisi l’ampleur du désastre humain. Son récit mêle la sidération de la découverte, la précision de l’enquête et la pudeur nécessaire face à des témoignages qui dépassent l’entendement.

Cette distinction dans la catégorie livre du prix Albert-Londres, référence du journalisme francophone, vient couronner un travail de terrain mené dans des conditions périlleuses. À seulement 26 ans, Arthur Sarradin rejoint la longue liste de reporters dont les enquêtes ont marqué l’histoire de la profession.

Un témoignage pour l’histoire

Au-delà de la reconnaissance individuelle, cette récompense met en lumière une actualité syrienne toujours brûlante. Depuis la chute de Bachar al-Assad, les révélations se multiplient sur les exactions commises pendant des décennies par l’appareil sécuritaire du régime. Les charniers, les fosses communes et les centres de détention clandestins font désormais l’objet d’enquêtes judiciaires et documentaires à travers le monde.

Le travail d’Arthur Sarradin s’inscrit dans cette dynamique de vérité. En donnant la parole aux rescapés, il contribue à constituer une archive vivante, indispensable pour que les responsabilités soient établies et que les victimes obtiennent reconnaissance.

En définitive, le prix Albert-Londres décerné à ce jeune journaliste récompense moins un exploit personnel qu’un devoir de mémoire. Son livre fait entendre la voix de ceux que le régime syrien voulait réduire au silence, et rappelle que le journalisme, lorsqu’il est mené avec rigueur et humanité, reste l’un des meilleurs remparts contre l’oubli.

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