Les soldats du feu français, en grève depuis ce mardi 8 septembre, ont exprimé leur profonde déception à l’issue d’une rencontre au ministère de l’Intérieur. Les syndicats dénoncent un « sentiment de mépris » et un projet de loi de modernisation de la sécurité civile qui « évite les sujets essentiels », alors que les revendications portent sur des moyens financiers, matériels et humains accrus.
Une rencontre sous tension au ministère de l’Intérieur
Épuisés après un été marqué par des incendies d’une virulence inédite, notamment dans le sud-ouest de la France, les représentants des neuf organisations syndicales de pompiers professionnels ont été reçus par le directeur de la sécurité civile. Ce dernier leur a présenté les premiers chapitres d’un projet de loi dit de modernisation de la sécurité civile. Mais à la sortie de cette réunion, le constat est unanime : la déception est amère.
« Nous attendions une grande loi, nous découvrons aujourd’hui un texte qui évite les sujets essentiels », a lancé Xavier Boy, du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l’intersyndicale, lors d’un point-presse. « On ne fait pas grève pour avoir des primes, on fait grève pour vous, pour la distribution des secours, on fait grève pour la population », a-t-il insisté, évoquant un sentiment de mépris ressenti par la profession et, au-delà, envers la population elle-même.
Un projet de loi jugé comme un simple « toilettage »
Pour Manuel Coullet, du syndicat SUD, le texte présenté n’est qu’une continuation de la loi Matras de 2021. « On a eu la présentation d’un projet de loi Matras II. C’est juste la suite, un toilettage, des ajustements de la loi Matras. On n’est pas sur une réforme ambitieuse », a-t-il tranché. À titre d’exemple, il cite des mesures jugées anecdotiques comme la possibilité pour certains départements de recruter deux directeurs adjoints supplémentaires ou l’introduction de journées nationales de résilience.
Les pompiers, eux, réclament des mesures concrètes : des camions, plus de « pompiers dans les camions » et des « moyens financiers pour armer ces camions ». David Saquet, de l’Unsa, parle d’un « grand vide » : « Tout ce qui est argent, finances, moyens matériels, ils se sont cachés derrière la Lopmi (loi de programmation du ministère de l’Intérieur) et la loi de finances 2027. »
Des revendications précises et un calendrier serré
Selon le document consulté par l’AFP, le nouveau projet de loi traite de la modernisation des services d’incendie et de secours (SIS) et de l’« adaptation des moyens humains ». Il comprend également un renforcement du pilotage des secours d’urgence via un contrat territorial, qui placerait la coordination entre Samu, ambulanciers privés, SDIS et associations agréées sous l’autorité du préfet. D’autres mesures sont encore en attente de validation interministérielle.
Les syndicats, eux, réclament l’embauche de 21 000 professionnels supplémentaires, un chiffre basé sur un rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) de 2025, pour remplacer des postes actuellement occupés par des pompiers volontaires. Le préavis de grève court « a minima » jusqu’au 20 octobre, date du début de l’examen du projet de loi de finances, qui devrait contenir d’autres mesures les concernant.
Une colère qui monte dans les casernes
Cette déception n’est pas nouvelle. Le 13 août, lors d’une première mobilisation, les organisations syndicales avaient déjà dénoncé « un blabla politique » après une entrevue avec Laurent Nuñez, quelques jours après le feu dantesque en Gironde et la mort de deux pompiers en intervention. « Là, on a vu un blabla institutionnel », a réagi David Saquet. « La colère va monter, elle gronde dans les casernes et avec ce qu’on vient d’avoir ce matin, elle n’est pas près de s’apaiser, ça, c’est une certitude. »
Le mouvement ne devrait pas avoir d’impact sur les secours, des réquisitions étant possibles. Pour signifier leur engagement, les pompiers mobilisés comptent déployer des banderoles sur les camions ou porter un écusson « gréviste » noir sur l’épaule. Une manifestation nationale est d’ores et déjà prévue le 29 septembre à Paris.
Un système sous haute tension
Le contexte est particulièrement tendu. Depuis 2002, le nombre d’interventions a progressé de plus de 30 %, et la part du secours d’urgence aux personnes est passée de 59 % à 87 % des missions, sur fond d’augmentation des risques liés au réchauffement climatique. Plus de vingt ans après la dernière loi de modernisation, les pompiers attendaient beaucoup de ce texte né du Beauvau, cette concertation entamée en 2024 qui mêlait pompiers, Samu, collectivités et autres acteurs d’un système sous haute tension, avec des départements, principaux financeurs, aux finances exsangues.
En définitive, cette nouvelle rencontre au ministère de l’Intérieur a cristallisé les frustrations d’une profession épuisée et en première ligne face aux défis climatiques. Le gouvernement devra rapidement apporter des réponses concrètes pour apaiser une colère qui s’annonce durable, alors que le mouvement social s’étend et que la mobilisation du 29 septembre à Paris s’annonce comme un test décisif pour l’exécutif.


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