Ils ont revendiqué une série d’attaques contre des aéroports et des infrastructures énergétiques saoudiennes dimanche 11 octobre. Les Houthis du Yémen, dont le nom revient régulièrement dans l’actualité depuis des mois, sont devenus en quelques années un acteur incontournable de la géopolitique régionale. Mais qui sont-ils vraiment, et comment ce mouvement chiite minoritaire a-t-il réussi à s’imposer comme une puissance militaire redoutée ?
Des origines ancrées dans l’histoire du Yémen
Les Houthis ne sont pas apparus du jour au lendemain. Leur histoire remonte à plusieurs siècles, bien avant la révolution yéménite de 1962. À cette époque, ils n’étaient pas encore désignés sous le nom de Houthis, mais représentaient la monarchie zaydite, une branche minoritaire de l’islam chiite qui régnait sur le nord du Yémen.
Si le mouvement porte aujourd’hui le nom de Houthis, c’est en référence à leurs dirigeants présents et passés, nostalgiques de cette période révolue. Leur chef actuel, Abdul Malik al-Houthi, est le fils de Hussein Badreddine al-Houthi, qui a lancé dans les années 2000 une lutte armée pour remettre au pouvoir cette branche zaydite. Les Houthis se définissent eux-mêmes comme « Ansar Allah », ce qui signifie « les partisans de Dieu ». Trois appellations permettent donc de les identifier : zaydites, en référence au courant religieux dont ils sont issus ; Ansar Allah, leur nom officiel ; et Houthis, du nom de leur famille dirigeante.
Une longue marginalisation à l’origine de la guerre
Le mouvement chiite que représentent les Houthis est actif dans le nord du Yémen depuis très longtemps. Bien que minoritaire sur le plan confessionnel, ce courant a toujours exercé une influence considérable dans la région. Au cours des soixante dernières années, les Houthis ont toutefois souffert d’un manque de reconnaissance et se sont sentis marginalisés et discriminés par les sunnites au pouvoir à Sanaa.
C’est précisément cette frustration qui a conduit au déclenchement de la guerre en 2004. Les Houthis ont pris les armes pour reconquérir une place qu’ils estimaient leur revenir de droit, tant sur le plan politique que religieux. Ce conflit, qui dure depuis plus de vingt ans, a profondément transformé le mouvement, le faisant passer du statut de groupe rebelle marginal à celui de force militaire capable de contrôler 30 % du territoire yéménite et deux tiers de la population du pays.
Le soutien stratégique de l’Iran et du Hezbollah
L’ascension spectaculaire des Houthis ne s’explique pas uniquement par leur détermination sur le terrain. Elle repose aussi sur un réseau d’alliances régionales solides. L’Iran, pays majoritairement chiite comme les Houthis, constitue leur principal soutien. Ce lien confessionnel facilite une coopération militaire et financière qui a permis au mouvement yéménite de se doter d’armements sophistiqués, notamment des drones et des missiles balistiques.
Les Houthis font ainsi partie de ce que les analystes appellent les « proxys » iraniens, ces alliés qui permettent à Téhéran d’étendre son influence dans la région sans s’engager directement dans les conflits. Le Hezbollah libanais, également chiite, apporte lui aussi son aide au mouvement yéménite, que ce soit en matière de formation militaire ou de transfert de technologies. À cette chaîne d’alliances s’ajoute le soutien de la Chine à l’Iran, qui alimente indirectement la capacité de projection des Houthis.
Une force militaire de premier plan
Il serait toutefois réducteur de considérer les Houthis comme un simple groupe terroriste manipulé par des puissances étrangères. Leur force puise d’abord sa source dans leur propre combat, mené depuis plus de deux décennies sur le sol yéménite. Le mouvement dispose aujourd’hui de dizaines de milliers de combattants, certains observateurs évoquant le chiffre de 200 000 hommes.
Cette armée populaire, forgée par des années de guerre contre les forces gouvernementales yéménites et la coalition menée par l’Arabie saoudite, a développé une expertise militaire significative. Les attaques revendiquées ce week-end contre des infrastructures stratégiques saoudiennes témoignent de cette capacité à frapper loin de leurs bases, avec une précision croissante.
Un acteur désormais incontournable
Les Houthis incarnent aujourd’hui une réalité géopolitique complexe. Ils sont à la fois les héritiers d’une longue tradition zaydite, les produits d’une marginalisation historique, et les bénéficiaires d’un soutien régional qui a transformé leur mouvement en machine de guerre. Leur capacité à menacer directement l’Arabie saoudite, puissance sunnite majeure de la région, illustre l’ampleur de leur ascension.
En contrôlant près d’un tiers du Yémen et en disposant d’un arsenal leur permettant de frapper des cibles lointaines, les Houthis se sont imposés comme un acteur avec lequel il faut désormais compter. Leur trajectoire, de groupe rebelle marginal à puissance militaire régionale, résume à elle seule la complexité des conflits du Moyen-Orient contemporain, où les affiliations religieuses, les rivalités géopolitiques et les frustrations historiques s’entremêlent.
Comprendre les Houthis, c’est saisir une pièce essentielle de l’échiquier moyen-oriental. Ni simple proxy iranien, ni mouvement purement local, ils représentent une synthèse de ces deux dimensions, ce qui explique à la fois leur résilience et leur capacité de nuisance. Leur histoire séculaire et leur ancrage profond dans la société yéménite leur confèrent une légitimité que les frappes militaires ne peuvent à elles seules remettre en cause.




