Les applications officielles d’alerte à la population de l’Ukraine et de la Russie ont été la cible de cyberattaques dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 novembre, ont dénoncé les deux pays. Ces incidents informatiques sont survenus quelques heures seulement après l’expiration d’un cessez-le-feu localisé dans la ville ukrainienne d’Olechky, dans la région de Kherson.
De fausses alertes diffusées en Ukraine
Dans la nuit de dimanche à lundi, l’armée de l’Air ukrainienne a indiqué que l’application officielle utilisée à l’échelle nationale pour prévenir en temps réel des menaces de frappes aériennes russes avait été piratée. Le Centre ukrainien pour les communications stratégiques (Spravdi) a immédiatement attribué cette intrusion à la Russie.
« Cela se voit à l’apparition de plusieurs alertes inhabituelles. De plus, un message en russe mentionne « Orechnik » », un missile russe, a précisé l’organisme dans un message publié sur le réseau social X. Une capture d’écran diffusée par cette administration montre des fausses alertes envoyées via l’application, évoquant notamment une menace de radiations nucléaires ainsi que des risques chimiques.
Les autorités ukrainiennes ont appelé la population à ignorer ces messages frauduleux, qui visent manifestement à semer la panique dans un pays déjà éprouvé par des mois de frappes aériennes régulières.
Une « cyberattaque massive » dénoncée par Moscou
Quelques heures plus tôt, le ministère russe des Situations d’urgence avait lui aussi rapporté que son application mobile, destinée à alerter la population lors d’attaques de drones ukrainiens et d’autres dangers, avait été visée par une « cyberattaque massive ». Selon le ministère, cette attaque a permis à ses auteurs de « diffuser de fausses informations auprès de la population ».
Dans un message publié sur Telegram, l’institution a précisé que des travaux étaient en cours pour « corriger la vulnérabilité de l’application mobile et rétablir son fonctionnement normal ». Moscou n’a pas fait savoir dans l’immédiat qui était responsable de cette intrusion. Cette attaque croisée illustre la dimension informationnelle du conflit, où les outils civils de protection deviennent eux-mêmes des cibles.
Un cessez-le-feu de six jours respecté à Olechky
Ces cyberattaques interviennent quelques heures après la fin d’une trêve de six jours, très localisée, dans la ville d’Olechky. Cet arrêt des combats a permis l’évacuation d’habitants de cette localité, en proie depuis des mois à de graves pénuries. Il s’agit du plus long arrêt des hostilités depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022.
Ni Kiev ni Moscou n’ont fait état de violation de l’accord, contrairement à d’autres cessez-le-feu partiels observés par le passé. Présentée comme négociée par la Première dame des États-Unis, Melania Trump, cette trêve constitue une « étape importante dans nos efforts humanitaires conjoints » avec la Russie, a déclaré le commissaire du Parlement ukrainien aux droits de l’homme, Dmytro Lubinets.
Appel à la vigilance et frappes meurtrières
Sur le terrain, le chef de l’administration militaire de la région de Kherson, Oleksandre Prokoudine, a exhorté les habitants à « être particulièrement vigilants » et à « répondre immédiatement aux avertissements d’attaques russes » après l’expiration du cessez-le-feu. La Russie comme l’Ukraine ont par ailleurs poursuivi leurs attaques en dehors de la zone concernée par la trêve.
Des frappes russes dimanche ont fait trois morts, dont une adolescente de 13 ans, dans les régions de Vinnytsia, dans le centre du pays, et de Soumy, au nord, selon les autorités ukrainiennes. Ces bombardements rappellent que la fin de la trêve locale n’a pas mis un terme aux violences sur le reste du territoire.
Ce qu’il faut retenir
Les piratages simultanés des applications d’alerte ukrainienne et russe, revendiqués ou attribués de part et d’autre, témoignent d’une guerre de l’information qui accompagne désormais chaque phase du conflit. La diffusion de fausses alertes, notamment nucléaires et chimiques, vise à déstabiliser les populations civiles. Ces incidents surviennent au lendemain d’une trêve humanitaire inédite par sa durée à Olechky, saluée comme un exemple réussi mais encore isolé de désescalade locale, alors que les combats se poursuivent ailleurs et que les bilans humains continuent de s’alourdir.




