Le risque de famine s’accroît dans de nombreuses zones du Soudan touchées par les conflits, la sécheresse provoquée par El Niño venant aggraver des conditions déjà désastreuses, ont alerté des experts de l’ONU, lundi 12 octobre. La situation dans la plupart des zones déjà exposées reste extrêmement préoccupante, tandis que de nouvelles données rapportent une aggravation de la malnutrition aiguë dans d’autres localités, selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), un groupe d’experts soutenu par l’ONU qui mesure la faim et la malnutrition dans le monde.
Une détérioration catastrophique aux multiples visages
« Bien que les signes d’une détérioration catastrophique se multiplient, les efforts d’intervention humanitaire sont de plus en plus limités en raison d’un sous-financement critique et de l’insécurité, ainsi que de contraintes d’accès », ajoutent les experts. Cette conjonction de facteurs crée un cercle vicieux : moins l’aide parvient aux populations, plus ces dernières sombrent dans une vulnérabilité extrême, et plus les besoins augmentent.
Dans le Darfour du Sud, des enquêtes ont révélé une aggravation de la situation, en particulier parmi les personnes déplacées à l’intérieur du pays. Ces populations, qui ont fui les violences, se retrouvent souvent dans des camps surpeuplés où l’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins de santé est dramatiquement insuffisant. L’insécurité alimentaire aiguë reste grave également dans le Darfour du Nord, où le retard des pluies a eu un impact dévastateur sur les cultures. De nombreux agriculteurs déplacés ont été contraints d’abandonner leurs terres et de compter sur les marchés pour se nourrir plutôt que sur leur propre production, une situation particulièrement précaire dans un contexte de flambée des prix et de perturbation des circuits d’approvisionnement.
Un accès aux soins et à l’eau potable quasi inexistant
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences sanitaires de cette crise alimentaire. « Les soins de santé sont extrêmement limités, voire souvent totalement inaccessibles, tandis que l’eau potable se fait de plus en plus rare, ce qui rend une population sous-alimentée extrêmement vulnérable aux maladies et à la mortalité », a déploré l’agence onusienne.
Cette combinaison toxique — malnutrition, manque d’eau propre et effondrement des services de santé — constitue un terrain fertile pour les épidémies. Le choléra, la rougeole et d’autres maladies infectieuses se propagent rapidement dans des communautés déjà affaiblies par des mois, voire des années, de privations. Les enfants et les personnes âgées sont les premières victimes de cette situation.
Une crise humanitaire sous-financée
Le sous-financement de l’aide humanitaire constitue un obstacle majeur à toute tentative d’endiguer la crise. Les agences des Nations unies et les organisations non gouvernementales disposent de ressources largement insuffisantes pour répondre à l’ampleur des besoins. À cela s’ajoutent les contraintes d’accès : dans plusieurs régions, les combats et l’insécurité empêchent les convois humanitaires d’atteindre les populations les plus vulnérables.
Les deux agences onusiennes préconisent de mettre un terme aux combats, de renforcer l’aide humanitaire et de prévoir des financements à long terme pour ce pays déchiré par la guerre. Sans une cessation des hostilités, les efforts humanitaires resteront nécessairement limités et ne pourront pas enrayer la spirale de la famine.
El Niño, un facteur aggravant
Le phénomène climatique El Niño, qui perturbe les régimes de précipitations à l’échelle mondiale, a des répercussions particulièrement sévères au Soudan. Le retard des pluies a compromis les récoltes dans plusieurs régions, réduisant encore davantage les disponibilités alimentaires locales. Les pasteurs ont également vu leurs troupeaux décimés par la sécheresse, privant les communautés d’une source essentielle de revenus et de nourriture.
Cette crise climatique se superpose à un conflit armé qui ravage le pays depuis des mois, détruisant les infrastructures, déplaçant des millions de personnes et paralysant l’économie. Les marchés locaux, lorsqu’ils fonctionnent encore, affichent des prix inaccessibles pour la majorité de la population.
Une situation qui pourrait encore se dégrader
Les experts de l’IPC avertissent que sans une action urgente et coordonnée, la situation pourrait encore se détériorer dans les semaines et les mois à venir. La période de soudure — cette phase critique entre l’épuisement des réserves alimentaires et la nouvelle récolte — s’annonce particulièrement difficile dans de nombreuses régions.
La communauté internationale est appelée à mobiliser des ressources supplémentaires et à exercer une pression diplomatique pour obtenir un cessez-le-feu durable. Mais pour l’heure, les signaux envoyés par le terrain demeurent profondément alarmants.
En définitive, le Soudan se trouve à un point de bascule. La conjonction du conflit armé, de la sécheresse liée à El Niño et d’un financement humanitaire notoirement insuffisant crée les conditions d’une catastrophe alimentaire de grande ampleur. Sans une réponse internationale à la hauteur de l’urgence, des millions de personnes risquent de sombrer dans la famine, alors même que les agences humanitaires disposent de moins en moins de moyens pour leur venir en aide.




