Le groupe automobile multinational Stellantis suspend temporairement sa production sur quatre de ses principaux sites français. Les usines de Mulhouse, Poissy, Rennes et Sochaux sont concernées par ces arrêts, qui interviennent pour des raisons à la fois techniques et économiques, rapporte FranceCulture ce lundi 19 octobre.
La production de l’usine de Mulhouse a été interrompue dès la fin de la semaine dernière. Le site de Poissy a cessé son activité ce lundi 19 octobre. Les usines de Rennes et de Sochaux suivront respectivement jeudi et vendredi, pour une durée comprise entre une semaine et dix jours selon les sites.
Des difficultés d’approvisionnement en batteries électriques
À Rennes et à Sochaux, ces arrêts s’expliquent avant tout par des difficultés d’approvisionnement auprès du fabricant français de batteries ACC (Automotive Cells Company), détenu notamment par Stellantis, TotalEnergies et Mercedes-Benz. L’entreprise peine à répondre à la forte demande pour les voitures électriques, dont les ventes s’envolent sur le marché français.
« On tourne vraiment au maximum de nos capacités actuelles. On a fabriqué en septembre plus que toute l’année 2025 réunie », explique sur FranceInter Matthieu Hubert, secrétaire général d’ACC. Le fabricant estime toutefois pouvoir doubler sa production l’année prochaine, ce qui pourrait progressivement desserrer la contrainte pesant sur les chaînes de montage.
Poissy et Mulhouse : des enjeux de gestion des stocks
Dans les usines de Poissy et de Mulhouse, les interruptions de production répondent davantage à des enjeux économiques et de gestion des stocks qu’à des problèmes d’approvisionnement. Le site de Poissy doit cesser sa production automobile en 2027 pour être transformé en site de recyclage. À Mulhouse, l’usine produit les Peugeot 308 et 408, dont de nouvelles générations doivent prendre le relais.
Dans les deux cas, « il y a une problématique commune, qui est l’état des stocks », détaille Brahim Aït Athmane, représentant FO à Poissy, auprès de FranceCulture. Selon lui, Stellantis cherche dès maintenant à vider ces deux sites de leurs entrepôts, une manière d’anticiper les transitions à venir.
Près de 20 % des effectifs en chômage partiel
Ces arrêts ont des conséquences sociales directes. Au total, 1 900 intérimaires sont concernés par un chômage technique, et 8 400 salariés, soit 20 % des effectifs du groupe en France, par un chômage partiel. Une situation que les organisations syndicales dénoncent, pointant les choix industriels des dernières années.
« On a laissé partir des technologies hors du sol européen, qui nécessitent maintenant des investissements et du temps pour redémarrer l’installation », s’est indigné Laurent Oechsel, délégué syndical CFE-CGC, syndicat majoritaire chez Stellantis. Pour les représentants du personnel, la dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères, notamment asiatiques, fragilise aujourd’hui la production nationale.
Un marché électrique en plein essor
Ces interruptions interviennent dans un contexte paradoxal : alors que la production ralentit, les ventes de voitures électriques flambent en France. En septembre, les véhicules électriques neufs ont représenté plus de 40 % des ventes, selon les chiffres de la Plateforme automobile (PFA). Un niveau inédit qui illustre la bascule rapide du marché vers la mobilité électrique.
Cette dynamique met sous tension l’ensemble de la filière. Les constructeurs doivent à la fois convertir leurs lignes de production, sécuriser leurs approvisionnements en cellules de batteries et écouler des stocks de modèles thermiques dont la demande s’effrite. Stellantis, comme ses concurrents européens, se trouve ainsi pris entre l’accélération de la transition électrique et la nécessité de préserver l’emploi sur ses sites historiques.
Quelles perspectives pour les sites français ?
La durée des arrêts, comprise entre une semaine et dix jours, laisse entrevoir une reprise progressive de l’activité. Mais au-delà du calendrier immédiat, c’est la question de la compétitivité industrielle française qui est posée. La montée en cadence d’ACC, dont l’usine de Douvrin doit monter en puissance, constituera un test décisif pour la filière batterie européenne.
Pour les salariés et les sous-traitants, l’incertitude demeure. Les organisations syndicales réclament des engagements clairs sur le maintien de l’activité et sur les investissements à venir dans les sites concernés. Le dossier devrait revenir sur la table des discussions entre la direction et les représentants du personnel dans les prochaines semaines.
En résumé, Stellantis suspend temporairement la production de quatre usines françaises pour une durée d’une semaine à dix jours, entre difficultés d’approvisionnement en batteries électriques et gestion des stocks. L’arrêt concerne 8 400 salariés en chômage partiel et 1 900 intérimaires, sur fond de transition accélérée vers le véhicule électrique. La clé résidera dans la capacité du groupe et de son partenaire ACC à sécuriser l’approvisionnement en batteries tout en adaptant les sites à la nouvelle donne du marché.




