Un peu plus d’un an après la vague d’intoxications alimentaires à la bactérie Escherichia coli qui avait touché une trentaine de personnes et conduit au décès d’une fillette de 11 ans dans l’Aisne, six bouchers ont été mis en examen à Paris et placés sous contrôle judiciaire. L’information, révélée par L’Aisne nouvelle, a été confirmée par le parquet de Paris, sollicité par l’AFP.
Dix bouchers avaient initialement été placés en garde à vue, a précisé le parquet ce samedi 26 septembre. À l’issue de ces auditions, six d’entre eux ont été mis en examen, en qualité de gérants ou de salariés, pour une série d’infractions graves : homicide involontaire, blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure à trois mois, mise en danger de la vie d’autrui, tromperie entraînant un danger pour la santé de l’homme ou de l’animal, recel et abattage illicite d’un animal en dehors d’un abattoir.
Un contrôle judiciaire strict
Les six hommes ont été placés sous contrôle judiciaire, avec une interdiction d’exercer comme boucher ou employé de boucherie. Cette interdiction souffre toutefois d’une exception : ils peuvent travailler comme salariés dans une enseigne de petite, moyenne ou grande distribution, à condition de ne pas manipuler de viande nue. Parmi les autres obligations imposées par la justice figure l’interdiction d’entrer en contact avec les autres bouchers placés en garde à vue ou mis en examen dans ce dossier.
Des juges d’instruction du pôle santé publique du parquet de Paris sont chargés, depuis le 7 août 2025, de conduire les investigations. Selon L’Aisne nouvelle, celles-ci « ont aussi conduit les enquêteurs jusqu’à une ferme située dans les environs de Saint-Quentin ». Cette exploitation agricole, « fermée depuis plusieurs mois », aurait vendu une cinquantaine de moutons à l’occasion de l’Aïd. « Certains auraient ensuite été abattus et découpés en dehors des circuits réglementaires, notamment dans des boucheries, voire directement chez des particuliers », affirme le journal.
Trente-deux cas recensés, une fillette décédée
En juin 2025, une vague d’intoxications alimentaires à la bactérie E. coli avait touché la région de Saint-Quentin, avec 32 cas recensés au total, selon le bilan du parquet. Une fillette de 11 ans, Élise, était décédée le 16 juin 2025 au CHU d’Amiens. Plusieurs autres enfants, âgés de 11 mois à 12 ans, avaient été pris en charge par les centres hospitaliers de Saint-Quentin, Amiens, Lille et Reims.
Cette vague d’intoxications avait conduit à la fermeture préventive de six boucheries, dont plusieurs halal, les autorités soupçonnant une infection alimentaire liée à de la viande. La préfecture de l’Aisne avait alors fait état d’« un lien biologique formel entre le lieu d’approvisionnement et la contamination des malades ».
Plusieurs plaintes déposées par les familles
Le parquet de Saint-Quentin s’était rapidement dessaisi de l’enquête préliminaire au profit du pôle de santé publique du parquet de Paris, « au regard du nombre des victimes » et de la « technicité des investigations », avait alors indiqué la procureure de Paris, Laure Beccuau. Plusieurs familles d’enfants touchés ont porté plainte. « Les parents de l’enfant décédée ont pu être entendus par les juges d’instruction en septembre 2025 », a expliqué le parquet, qui a précisé que « les parties civiles qui le souhaitent pourront également être reçues, après examen par les juges de l’ensemble des dossiers et éléments médicaux, afin de pouvoir leur apporter des réponses utiles ».
Un climat pesant s’était abattu en juin 2025 sur la région de Saint-Quentin, dont la population se disait « choquée ». « Tout le monde a peur », avait ainsi déclaré à l’AFP Mylaine Guillard, mère d’une fillette.
Des complications graves chez les jeunes enfants
Certaines variétés d’E. coli, le plus souvent « productrices de shigatoxines », peuvent provoquer des intoxications. Dans la majorité des cas, celles-ci ne sont pas graves, se traduisant essentiellement par des maux de ventre et des diarrhées. Mais dans de rares cas, elles peuvent provoquer des complications, avant tout chez les jeunes enfants et les personnes âgées. L’infection peut évoluer en syndrome hémolytique et urémique (SHU), qui se traduit généralement par une insuffisance rénale aiguë et de graves problèmes sanguins, avec comme possibles conséquences un coma ou la mort. Plusieurs enfants touchés dans l’Aisne étaient atteints d’un SHU.
Cette affaire rappelle la dangerosité potentielle de certaines bactéries alimentaires et l’importance des circuits d’abattage et de distribution réglementés. Un an après les faits, l’enquête se poursuit sous l’autorité du pôle santé publique de Paris, tandis que les familles des victimes attendent des réponses judiciaires. La mise en examen des six bouchers marque une étape clé dans un dossier qui a profondément marqué la région de Saint-Quentin.


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