Lunettes connectées : le parquet de Paris ouvre des enquêtes pour des femmes filmées à leur insu

Paris Prosecutors Open Probes Into Smart Glasses Filming

Le parquet de Paris a annoncé, mardi 22 septembre, avoir ouvert plusieurs enquêtes après avoir été saisi de plaintes concernant des femmes filmées dans la rue avec des lunettes connectées, sans leur consentement. Une pratique récente mais en pleine expansion, portée par la démocratisation de ces appareils munis de caméras miniatures.

Une tendance croissante sur les réseaux sociaux

Le ministère public a fait état d’une « tendance montante sur les réseaux sociaux consistant à filmer des femmes dans la rue avec des lunettes connectées sans leur consentement et publier les vidéos en ligne ». Les enquêtes ont été ouvertes pour « diffusion, par service de communication au public en ligne, d’un montage ou contenu généré par traitement algorithmique non apparent représentant l’image ou les paroles d’une personne sans son consentement ».

Ce délit est passible de deux ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. Le parquet a précisé que dans certains cas, les enquêtes portaient également sur des faits d’« agression sexuelle », « lorsque les faits s’accompagnent de gestes sexuels non consentis ».

L’alerte avait été donnée en amont par l’association e-Enfance, qui gère la ligne 3018, numéro national dédié aux victimes de violences numériques. Le 8 septembre, l’organisation avait signalé le phénomène croissant des vidéos humiliantes réalisées avec des lunettes munies d’une caméra et diffusées en ligne, appelant les autorités à se saisir du sujet.

Meta invoque des garde-fous techniques

Sollicité par l’AFP, le fabricant américain de ces lunettes, Meta, a rappelé avoir instauré des garde-fous destinés à empêcher les utilisateurs de filmer des personnes à leur insu. « Chaque paire est équipée d’une lumière LED qui clignote quand vous filmez ou prenez des photos, et qu’on ne peut pas éteindre », a souligné un porte-parole de l’entreprise.

Ces lunettes, développées en partenariat avec le lunetier Ray-Ban, connaissent un succès commercial croissant depuis leur lancement. Elles permettent de capturer des images et des vidéos en un geste discret, ce qui suscite depuis plusieurs mois des inquiétudes quant au respect de la vie privée dans l’espace public. Des associations de défense des droits numériques ont régulièrement mis en garde contre les risques de captation non consentie que ces dispositifs introduisent dans les interactions quotidiennes.

Un vide juridique en cours de comblement

La saisine du parquet de Paris marque une étape importante dans la réponse judiciaire à ces pratiques. Jusqu’à présent, les victimes se heurtaient souvent à des difficultés pour faire qualifier juridiquement les faits et engager des poursuites. La qualification retenue par le parquet — diffusion d’un contenu représentant l’image d’une personne sans son consentement — pourrait faire jurisprudence pour d’autres affaires similaires.

Le cadre légal français encadre déjà strictement le droit à l’image et la captation de données personnelles, notamment via le Règlement général sur la protection des données (RGPD) au niveau européen. Toutefois, l’émergence de caméras toujours plus discrètes et intégrées à des objets du quotidien pose des défis inédits aux autorités, qui doivent adapter leurs outils juridiques à des technologies en constante évolution.

Les enquêtes ouvertes par le parquet de Paris devraient permettre de déterminer l’ampleur exacte du phénomène et d’identifier les auteurs des vidéos diffusées en ligne. Elles pourraient également conduire à des poursuites contre les plateformes ayant hébergé ces contenus, si leur responsabilité venait à être engagée.

Ce qu’il faut retenir

Le parquet de Paris a ouvert plusieurs enquêtes après des plaintes de femmes filmées sans leur consentement avec des lunettes connectées, un délit passible de deux ans de prison et 45 000 euros d’amende. Face à cette tendance croissante sur les réseaux sociaux, les autorités judiciaires entendent envoyer un signal clair : la captation et la diffusion non consenties d’images dans l’espace public ne resteront pas impunies.

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