À Poissy, ces passionnés ressuscitent les duels à l’épée du Moyen Âge

Medieval Combat Club Revives Sword Duels in Yvelines

Chaque vendredi soir, à 20h30 précises, une maison de quartier de Poissy se transforme en champ de bataille médiéval. C’est là que les membres de la Compagnie Excalibur Yvelines se retrouvent pour pratiquer les Arts Martiaux Historiques Européens, une discipline exigeante qui mêle sport de combat et reconstitution historique. Trois fois par semaine, ces passionnés troquent leurs vestes de costume contre des cottes de mailles pour s’affronter à l’épée, avec de véritables armes.

Un professeur d’histoire pas comme les autres

Dans la vie quotidienne, Daniel enseigne l’histoire à des élèves de Terminale. Au programme : la montée des totalitarismes, de Gaulle et la Résistance, ou encore la création de l’ONU. Grand, svelte, toujours tiré à quatre épingles, ses amis le décrivent volontiers comme le « gendre idéal » — un rien dandy, avec un humour pince-sans-rire qui ne le quitte jamais.

Mais une fois la nuit tombée, ce professeur de 40 ans enfile une cotte de mailles et sue tout son saoul lors de combats à l’épée. « Ce soir, ça va taper fort », lance-t-il avec un sourire malicieux, masque grillagé sous le bras. Longue veste matelassée en damier rouge et blanc, gants coqués, coudières, protège-tibias et genouillères : le voilà métamorphosé en combattant médiéval.

Des armes authentiques et des règles strictes

Les Arts Martiaux Historiques Européens, parfois appelés « escrime médiévale », ne relèvent pas du simple jeu de rôle. Les participants utilisent de véritables épées, certes émoussées pour la sécurité, mais dont le poids et l’équilibre correspondent aux armes historiques. Les protections modernes — casques à visière grillagée, plastrons renforcés, protège-articulations — permettent de pratiquer ce sport intense sans risque majeur de blessure grave.

La discipline repose sur l’étude rigoureuse des traités de combat médiévaux et Renaissance. Les membres d’Excalibur s’appuient sur des manuscrits anciens, notamment les œuvres de maîtres d’armes comme Fiore dei Liberi ou Johannes Liechtenauer, pour reproduire les techniques authentiques de leurs ancêtres.

Une recherche du geste juste

Ce qui distingue les Arts Martiaux Historiques Européens d’une simple reconstitution, c’est la recherche constante du geste juste. Chaque mouvement, chaque parade, chaque attaque doit correspondre à ce que les combattants du Moyen Âge auraient réellement exécuté. « On ressent la peur, les coups, la sueur », confie un membre du club, résumant l’intensité physique et émotionnelle de ces affrontements.

Les séances débutent invariablement par un échauffement complet : course, étirements, exercices de coordination. Vient ensuite le travail technique, où les combattants répètent inlassablement les mêmes gestes pour les ancrer dans leur mémoire musculaire. Enfin, place aux assauts libres, où les membres s’affrontent en duel selon des règles précises.

Une communauté hétéroclite

Le club rassemble des profils variés. Outre Daniel le professeur, on y trouve des ingénieurs, des artisans, des étudiants, des fonctionnaires. Hommes et femmes partagent la même passion pour cette époque révolue et pour l’adrénaline des combats. L’ambiance reste conviviale, malgré la rudesse des affrontements.

  • Des combattants âgés de 20 à 55 ans
  • Une parité presque parfaite entre hommes et femmes
  • Des séances de deux heures, trois fois par semaine
  • Un équipement personnel pouvant coûter plusieurs centaines d’euros

Les membres investissent souvent des sommes considérables dans leur équipement. Une cotte de mailles de qualité, un casque adapté, des gants renforcés : l’addition grimpe rapidement. Mais pour ces passionnés, le jeu en vaut la chandelle.

La nostalgie d’un monde disparu

Au-delà du sport, les Arts Martiaux Historiques Européens répondent à une quête plus profonde. Nombre de pratiquants avouent une fascination pour le Moyen Âge, période souvent fantasmée où l’honneur et le courage physique occupaient une place centrale. En reproduisant ces duels, ils renouent avec un rapport au corps et à la violence que la société moderne a largement occulté.

Cette pratique s’inscrit dans un engouement plus large pour l’histoire vivante et la reconstitution. Des festivals médiévaux aux chantiers de bénévoles restaurateurs de châteaux, une frange de la population cherche à expérimenter le passé de manière sensorielle, et non plus seulement intellectuelle.

Un sport en pleine expansion

La France compte aujourd’hui plusieurs dizaines de clubs dédiés aux Arts Martiaux Historiques Européens, répartis dans toute la métropole. Des compétitions nationales et internationales sont régulièrement organisées, où les combattants s’affrontent selon des catégories précises : épée longue, épée et bouclier, dague, ou encore combat à mains nues.

La fédération française de la discipline œuvre pour faire reconnaître cette pratique comme un véritable sport, avec ses règles, ses grades et ses compétitions officielles. L’objectif : sortir de l’image folklorique pour être pris au sérieux par les institutions sportives.

Une passion exigeante

Pratiquer les Arts Martiaux Historiques Européens requiert une condition physique solide. Les combats, même amicaux, sollicitent intensément le cardio, les muscles et la coordination. Les blessures, bien que rares grâce aux protections, ne sont pas inexistantes : hématomes, entorses et fractures restent des risques inhérents à ce sport de contact.

Malgré cela, les membres d’Excalibur reviennent semaine après semaine, fidèles au rendez-vous. Pour eux, la camaraderie forgée dans l’effort, la satisfaction de maîtriser une technique ancestrale et le frisson du combat valent tous les sacrifices.

Un héritage vivant

À l’heure où le patrimoine médiéval suscite un intérêt croissant, des clubs comme Excalibur Yvelines contribuent à maintenir vivant un héritage martial souvent méconnu. Loin des clichés hollywoodiens, ils incarnent une approche sérieuse et documentée de l’escrime ancienne.

Chaque vendredi, dans cette modeste maison de quartier de Poissy, l’histoire cesse d’être une abstraction pour devenir une expérience physique, sensorielle et collective. Les épées s’entrechoquent, les respirations se font courtes, et le Moyen Âge reprend vie, l’espace de quelques assauts.

Pour ces passionnés, les Arts Martiaux Historiques Européens représentent bien plus qu’un loisir : une manière de se reconnecter à un passé disparu, de cultiver un art martial oublié et de partager une passion exigeante. Une chose est certaine : tant que des clubs comme Excalibur existeront, les duels médiévaux ne resteront pas confinés aux livres d’histoire.

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