Mbappé face à la tempête chinoise : une plaisanterie sur Mao Zedong aux lourdes conséquences

Mbappé's Mao Zedong joke sparks major backlash in China

Une simple plaisanterie aura suffi à déclencher une crise diplomatique et commerciale entre la France et la Chine. Kylian Mbappé, capitaine de l’équipe de France, s’est retrouvé au cœur d’une polémique d’une ampleur inattendue après des propos tenus sur Mao Zedong dans le podcast « The Bridge ». Malgré ses excuses présentées mardi 27 octobre, la controverse continue de faire des vagues dans l’empire du Milieu, où la figure de l’ancien dirigeant demeure strictement intouchable.

Les origines de la polémique

Tout commence en avril dernier, lorsque Kylian Mbappé participe au podcast « The Bridge ». Interrogé sur les mèmes internet à son sujet, l’attaquant déclare que celui qui l’a le plus fait rire l’associe à un homme qu’il croit être « un dictateur chinois ». Il fait alors référence à des montages qui plaquent son visage sur des images de Mao Zedong. Ces propos, longtemps passés inaperçus, ont refait surface récemment par le biais d’un média sportif chinois, provoquant des réactions d’une rare violence dans le pays.

En Chine, Mao Zedong demeure une figure historique protégée par la loi. Toute critique de sa mémoire est strictement interdite. Le bilan officiel de l’ancien président du Parti communiste chinois est établi à « 70% de bon, 30% de mauvais », une formule qui permet d’évoquer du bout des lèvres les tragédies du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle. Le président Xi Jinping entretient soigneusement l’image de Mao comme père de la nation, rendant toute plaisanterie à son sujet particulièrement sensible.

Des excuses qui ne suffisent pas

Face à l’escalade, Kylian Mbappé a publié un communiqué mardi 27 octobre pour présenter ses excuses. Le joueur y reconnaît que son propos était « maladroit ». Ces regrets ont été largement relayés en Chine, générant 430 millions de vues sur le réseau social Weibo. Le ministère chinois des Affaires étrangères a même déclaré mercredi prendre « au sérieux » ces excuses.

Mais l’apaisement tarde à venir. Le Quotidien du peuple, organe officiel du Parti communiste chinois, a publié un éditorial particulièrement virulent. Le journal dénonce le mépris du footballeur français pour l’histoire chinoise et assène : « Il a mordu la main qui le nourrit. » L’image de marque du joueur est décrite comme ruinée. Sur les réseaux sociaux, les internautes jugent les excuses insincères, les estimant motivées par l’appât du gain. Le compte officiel de la star sur la plateforme Xiaohongshu reste bloqué.

La télévision d’État CCTV, qui a décidé de ne plus diffuser les matchs du championnat espagnol, n’entend pas revenir sur sa décision. « Nous jugerons sur les actes », a déclaré son président, laissant planer une incertitude durable sur la reprise des retransmissions.

Un impact économique considérable

Les conséquences financières se sont rapidement matérialisées. Trois marques chinoises ont rompu leurs contrats publicitaires, pour une valeur totale estimée à près de 7 millions d’euros. La société de boissons Dong Peng a notamment suspendu l’immense campagne d’affichage qui présentait Mbappé sur les bus et dans les gares. Dior a également effacé de ses réseaux sociaux chinois tout contenu lié au joueur.

Mais c’est surtout le boycott des matchs de Liga qui constitue le principal enjeu. Des dizaines de millions de téléspectateurs chinois suivent habituellement le championnat espagnol, et la suspension des diffusions représente une menace financière majeure. Le président de la Ligue de football espagnole a rencontré mardi à Madrid l’ambassadeur de Chine pour lui présenter ses excuses, signe de l’inquiétude qui gagne les instances sportives.

La fragilité des clubs européens face au marché chinois

Cette affaire met en lumière la dépendance des grands clubs européens vis-à-vis du géant asiatique. « C’est une affaire qui est en train de prendre une dimension totalement incroyable, déclare Virgile Caillet, directeur délégué de l’Union Sport et Cycle. C’est aujourd’hui toute la chaîne de valeurs du football espagnol qui est embarquée dans cette polémique. » Les pertes potentielles se chiffrent en centaines de millions d’euros.

Le Real Madrid, club de Kylian Mbappé, compte près de 100 millions de supporters en Chine. « Vous imaginez un peu le risque réputationnel que ça peut représenter pour le club », souligne Virgile Caillet. Les clubs espagnols cherchent depuis des décennies à séduire les consommateurs chinois, mais doivent composer avec des susceptibilités politiques très fortes et un risque réputationnel omniprésent.

Cet épisode rappelle la crise qui avait frappé la NBA en 2019. Un simple tweet de soutien aux manifestants de Hong Kong par le président des Houston Rockets avait alors coûté des centaines de millions de dollars à la franchise américaine. « C’est un petit peu une situation contradictoire pour tous ces grands clubs européens et les grands sportifs qui espèrent conquérir ces nouveaux marchés, et en particulier la Chine, souligne Virgile Caillet. Ils se retrouvent fragilisés finalement, presque dépendants de ces marchés considérables sur le plan économique. »

Une leçon pour le sport business mondial

Cette affaire illustre la fragilité des relations entre le monde du sport et la Chine. Les excuses de Kylian Mbappé, bien qu’acceptées avec prudence par les autorités chinoises, ne suffisent pas à éteindre la controverse. Entre contrats publicitaires rompus, diffusions suspendues et éditoriaux virulents, les conséquences de cette plaisanterie dépassent largement le cadre du football. Elle rappelle à tous les acteurs du sport business mondial que le marché chinois, aussi lucratif soit-il, demeure indissociable d’exigences politiques et culturelles qu’il est périlleux d’ignorer.

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