Emmanuel Macron face à la grogne sociale : une parole présidentielle peut-elle encore porter ?

Macron's Media Offensive Against Social Unrest

Moins d’une semaine après une conférence de presse surprise à l’Élysée, Emmanuel Macron reprend le chemin des plateaux télévisés. Le chef de l’État répondra jeudi 24 septembre aux questions des journalistes de France 2 et TF1 pendant une trentaine de minutes, dans un contexte géopolitique extrêmement tendu dont les répercussions en France font craindre un automne social.

Un double contexte de crise

Le président de la République, qui vit ses derniers mois à l’Élysée, est à nouveau plongé dans une double crise. D’abord la guerre en Ukraine, qui n’en finit pas, tandis que les attaques hybrides russes se multiplient en Europe. Ensuite, le conflit au Moyen-Orient, qui a des conséquences économiques directes en France, notamment avec l’envolée des prix des carburants ces dernières semaines.

Face à la grogne sociale qui ne cesse de monter, le gouvernement de Sébastien Lecornu a annoncé mardi plusieurs mesures pour faire face à la flambée des prix à la pompe. Prolongation de l’aide aux grands rouleurs, mesures pour les pêcheurs et les infirmières libérales : suffisant pour contenir la colère ?

« Il est dans son rôle »

Le chef de l’État n’avait en tout cas d’autre choix que de s’exprimer, assure son entourage. « Les Français vivent dans leur chair les conséquences des crises internationales, explique-t-on. Le rôle du président est de leur rendre compte de son action internationale pour les protéger tant sur le plan du pouvoir d’achat que sur celui de la sécurité. »

Dans le camp macroniste, les troupes présidentielles font bloc derrière cette nouvelle sortie médiatique. « Emmanuel Macron est le seul à avoir une vue à 360° sur la situation géopolitique et les menaces militaires », assure un conseiller de l’exécutif. « Emmanuel Macron est chef de l’État, des armées et garant du bon fonctionnement des institutions. Il est logique qu’il s’exprime devant les Français. »

« Je reste persuadée que dans les périodes de crise internationale, la parole du président compte », abonde une ministre. « Il n’y a pas de raison qu’elle ne compte pas cette fois-ci. »

Cette interview se justifie, appuie également le politologue Bruno Cautrès : « Le chef de l’État est dans son rôle en s’exprimant au moment où le pays est très inquiet, avec cette flambée des prix du pétrole et ces mauvaises annonces économiques. »

Lors de sa conférence de presse de vendredi, Emmanuel Macron avait vanté « un exercice de transparence » en tenant informé les forces politiques et les candidats à la présidentielle de la situation géopolitique. « Quand on écoute certains responsables politiques, on se dit que le président a raison de leur expliquer l’ampleur du problème, assure Antoine Armand, maire Renaissance d’Annecy et ancien ministre. Le futur chef de l’État va arriver dans un contexte qu’on n’a pas connu depuis trente à cinquante ans. »

Des critiques à gauche comme à l’extrême droite

Si l’ensemble des forces politiques avait répondu à l’invitation élyséenne, tous ne voient pas d’un très bon œil cette nouvelle prise de parole d’Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle. « Il se comporte clairement comme s’il imaginait se succéder à lui-même et être le seul capable de sortir le pays de l’ornière, ce qui n’est pas une manière de valoriser les candidats du bloc central », raille le président LFI de la commission des finances, Eric Coquerel.

« Il essaie clairement d’imposer un tempo lié à la question internationale », embraye le député LFI Antoine Léaument, qui critique « l’absence de mesures permettant de faire face à la crise ». « Personne chez nous, par ailleurs, ne nie que la question internationale soit un enjeu central. Il fallait, par contre, prendre conscience plus tôt que se mettre dans la roue des États-Unis menait dans le mur. »

Du côté du Rassemblement national, le parti semble opérer un changement de doctrine sur la politique étrangère. Dernier exemple en date ce week-end, avec un communiqué au ton inhabituellement virulent à l’encontre de la Russie, accusé d’« acte hostile » après la prise de contrôle de filiales locales de groupes français. « La politique étrangère de la France ne saurait être déterminée à Moscou », insistent, d’une même voix, Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Mais cet alignement sur les arguments du pouvoir contre la Russie n’empêche pas le RN de poursuivre ses attaques frontales contre Emmanuel Macron. « Ce type est un cabotin qui essaie de se faire remarquer par une agitation indécente. Il incarne à la fois l’agitation et l’impuissance, la manipulation et la malfaisance », fustige un très proche de Marine Le Pen.

Les partis de gouvernement sont plus mesurés. « La situation économique et géopolitique est extrêmement préoccupante », assure un important cadre du Parti socialiste, qui concède que le président a raison de s’exprimer à deux reprises. « L’exercice de transparence est indispensable, mais je crains que le président ne puisse s’empêcher de se remettre dans le jeu de la politique nationale, confie le député Aurélien Rousseau. Je redoute qu’il alimente cette colère sociale que l’on sent monter. Or, c’est dangereux pour la fonction présidentielle. »

« Un coup d’épée dans l’eau »

Emmanuel Macron est-il toutefois encore en capacité de faire passer des messages dans l’opinion publique, lui qui a totalement manqué son second quinquennat, marqué par une dissolution ratée ? Peut-il encore modifier la perception qu’ont les Français de sa présidence, lui qui est tombé à un niveau record de 16 % seulement d’opinions favorables dans le dernier baromètre d’Ipsos ?

« Il n’a plus de ressort dans l’opinion, tranche Bruno Cautrès. Cette intervention, c’est un coup d’épée dans l’eau, mais cela reste son rôle institutionnel de s’exprimer. Tout le monde a intégré que, dans sept mois, Emmanuel Macron ne sera plus là. Il y a beaucoup de déception et de désapprobation de sa politique. »

« Je ne crois pas qu’il soit en capacité de désamorcer quoi que ce soit car, très majoritairement, son rejet persiste. Les gens savent pertinemment que sa politique est pour beaucoup dans la situation du pays », enfonce Eric Coquerel.

Le chef de l’État va pourtant s’astreindre à expliquer que la hausse des carburants est la conséquence du contexte international. « Les mobilisations sociales sont toujours légitimes, mais elles sont efficaces quand elles ont un débouché qui est à la main du gouvernement, avait-il fait remarquer vendredi. Lorsqu’elles protestent contre les conséquences de phénomènes qui ne sont pas le résultat d’une action gouvernementale, elles disent une souffrance, mais elles produisent moins une solution. »

Un automne sous haute tension

Il n’est pas certain que l’argument suffise. D’autant que la situation politique française reste, par ailleurs, extrêmement précaire et le restera jusqu’au bout du quinquennat. Le gouvernement de Sébastien Lecornu s’apprête à affronter, une nouvelle fois, l’épreuve budgétaire début octobre. Si le RN a semblé lancer quelques signaux en faveur d’une non-censure, rien ne dit que ce scénario tienne jusqu’au bout.

« Si le gazole monte à 3 euros le litre, comment le RN pourrait-il ne pas censurer ? Si le groupe de Marine Le Pen fait tomber le gouvernement, le président de la République sera de nouveau dans l’œil du cyclone », anticipe un ex-ministre.

La fin de mandat d’Emmanuel Macron n’est pas encore écrite, et elle pourrait connaître encore bien des soubresauts. Entre crises internationales et tensions sociales, le chef de l’État joue une partition délicate : celle d’un président qui, privé de ressort dans l’opinion, tente encore de peser par la seule force de sa parole institutionnelle.

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