La crise du pouvoir d’achat passe-t-elle par New York ? Emmanuel Macron s’est rendu aux États-Unis ce lundi 21 septembre pour participer à sa dernière assemblée générale de l’ONU. Au-delà des traditionnels enjeux géopolitiques et d’un discours qu’il prononcera en faveur d’un multilatéralisme renouvelé, le président de la République entend profiter de ce déplacement pour œuvrer sur la crise des carburants qui embrase le pays.
Au programme de cette visite, une rencontre avec Donald Trump était prévue à 23h30 heure française, selon l’agenda du président américain publié dimanche soir. Outre son homologue américain, Emmanuel Macron compte également s’entretenir avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Un président privé de leviers nationaux
Privé de levier national, faute de majorité à l’Assemblée et de marges de manœuvre financières suffisantes, le chef de l’État se concentre essentiellement sur la scène internationale pour tenter de répondre à la colère qui monte en France face à la flambée des prix du gazole et de l’essence. « Avant de dépenser un maximum d’argent (…) il faut surtout que nous soyons mobilisés pour essayer de traiter les causes » de cette inflation, a-t-il résumé vendredi 18 septembre lors d’une conférence de presse improvisée.
Alors, que peut-il réellement faire sur ces dossiers où la France n’a pas réussi à peser ces derniers mois, malgré plusieurs initiatives ? Emmanuel Macron résume lui-même son action en trois axes : « essayer de bâtir la paix, réduire nos dépendances et protéger nos compatriotes pour l’hiver. »
Des avancées diplomatiques à l’ONU ?
Pour le premier point, le président français devrait multiplier les rencontres à New York, en marge de son discours prévu mardi, notamment avec des dirigeants du Moyen-Orient. Selon Le Figaro, outre une médiation avec le président américain confirmée lundi matin, Emmanuel Macron espère rencontrer son homologue iranien Massoud Pezechkian, qui sera présent aux Nations unies. L’objectif ? Obtenir une trêve de quelques mois dans le détroit d’Ormuz, au cœur de la crise énergétique mondiale, permettant aux navires de le franchir sans crainte.
Dans son optique de « réduire les dépendances » énergétiques de la France et de l’Europe, Emmanuel Macron va également poursuivre ses échanges avec différents pays producteurs de pétrole ou exportateurs de gaz. Ces dernières semaines, il a notamment reçu à l’Élysée le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed Ben Salmane, afin de « travailler sur les solutions pour sécuriser extraction, production et sortie des hydrocarbures fossiles et notre approvisionnement », selon ses propres mots prononcés vendredi.
Il a également accueilli le Premier ministre irakien, « avec lequel nous avons signé des accords pour sécuriser nos volumes et nos approvisionnements pour aujourd’hui et pour les années à venir », puis échangé avec les dirigeants des Émirats arabes unis, du Nigeria ou encore du Qatar, suivant la même stratégie. Ces enjeux étaient du reste au centre de la visite inédite du Premier ministre canadien Mike Carney à Saint-Pierre-et-Miquelon dimanche, à l’heure où la France espère davantage d’échanges. « Les projets canadiens de gaz naturel liquéfié (…) sont importants pour notre Europe et contribueront à ouvrir de nouvelles perspectives entre nos deux pays », a souligné Emmanuel Macron depuis l’archipel.
Un G7 consacré à l’énergie en préparation
Soucieux de se montrer à la manœuvre dans un contexte social éruptif en France, le président de la République a également annoncé en fin de semaine deux initiatives diplomatiques particulières. Il a tout d’abord indiqué qu’il saisirait rapidement la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen pour « pouvoir accélérer toutes les flexibilités possibles pour baisser nos prix ».
Ensuite, Emmanuel Macron souhaite convoquer dans les prochaines semaines une réunion du G7, sous présidence française, consacrée aux « sujets énergétiques ». L’idée serait d’œuvrer à « une meilleure coordination sur les niveaux de stock » et d’« éviter » ainsi « des tensions inutiles entre les pays du G7 et nos principaux partenaires », a-t-il expliqué vendredi à la presse.
Une crise loin d’être terminée
De quoi faire baisser la pression ? Et in fine calmer la hausse des prix ? C’est bien là toute la question au moment où le gazole atteint 2,40 euros le litre en moyenne et compresse le pouvoir d’achat des Français. Pour l’heure, les membres de l’exécutif sont très prudents, voire pessimistes, sur l’évolution de la situation. « La crise est loin d’être terminée », avait notamment prévenu le ministre de l’Économie Roland Lescure mi-septembre, esquissant le tableau sombre finalement dessiné par Emmanuel Macron en fin de semaine dernière.
Même depuis l’international, les leviers s’annoncent difficiles à débloquer. Les initiatives diplomatiques du président français, aussi nombreuses soient-elles, se heurtent à des réalités géopolitiques et économiques complexes qui échappent largement au contrôle d’un seul État, fût-il membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.
En définitive, Emmanuel Macron parie sur la diplomatie internationale pour tenter d’atténuer une crise des carburants qui pèse lourdement sur le quotidien des Français. Entre rencontres bilatérales à l’ONU, accords avec les pays producteurs et convocation d’un G7 énergétique, le chef de l’État déploie un arsenal diplomatique conséquent. Mais les résultats de ces efforts restent incertains, tant les causes de la flambée des prix sont profondes et les marges de manœuvre limitées. La réponse à la colère des Français pourrait bien ne pas venir de New York.


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