Liège interdit les rassemblements après cinq jours de violences liées au mouvement lycéen

Liège Bans Gatherings After Youth Protest Violence

La ville de Liège a décidé d’interdire les rassemblements de plus de trois personnes sur la voie publique à compter de ce jeudi 8 octobre, après de nouvelles violences et dégradations survenues en marge du mouvement lycéen, qualifiées d’« extrêmement graves » par le ministre belge de l’Intérieur. L’ordonnance de police, rendue publique par la municipalité, stipule que « les rassemblements de plus de trois personnes sur la voie publique ou dans les lieux publics sur le territoire de la ville sont interdits », sauf exceptions ou autorisations spécifiques.

Une mesure d’urgence face à l’escalade

« Il en va de la sécurité de tous les usagers de la ville », a souligné le bourgmestre socialiste Willy Demeyer, précisant que l’ordonnance entrait en vigueur ce jeudi à 6h, pour une durée indéterminée. En réaction à son post Instagram, plusieurs commentaires ont dénoncé une entrave au « droit de manifester ».

La décision intervient au lendemain d’une nouvelle soirée de tensions dans le centre-ville. Abribus et poubelles incendiés, vitrines saccagées : la police de Liège a déploré mercredi soir « de nouveaux incidents graves », au cinquième jour du mouvement protestant contre des coupes budgétaires dans l’enseignement en Belgique francophone.

Les revendications des lycéens

Au cœur de la contestation figure une mesure entrée en vigueur à la rentrée qui contraint les professeurs des trois dernières années du secondaire à enseigner 22 heures face à la classe, au lieu de 20 jusqu’à présent. Une manière de les aligner sur l’emploi du temps des enseignants des collèges, mais dans des classes de lycée comptant davantage d’élèves où la charge de travail est plus grande, et sans compensation salariale, dénoncent-ils.

D’autres revendications se sont greffées au mouvement, notamment :

  • L’opposition à l’augmentation des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur, annoncés pour passer de 835 à 1 194 euros pour près de 60 % des étudiants
  • Une hausse massive du prix de l’abonnement pour les 18-24 ans dans les transports en commun

Parti de Liège, le mouvement s’est depuis étendu à d’autres villes de Belgique francophone, notamment Mons et Charleroi.

Un bilan policier lourd

Ce mercredi après-midi, plusieurs centaines de fauteurs de troubles ont été recensés par les forces de l’ordre. Ils étaient répartis en petits groupes jetant des pavés ou des mortiers d’artifice en leur direction malgré les moyens de dispersion déployés, notamment des canons à eau et du gaz lacrymogène.

La gare principale de Liège a même dû être brièvement fermée en fin d’après-midi, au moment où un cortège s’en approchait, tandis que tous les commerçants étaient invités par message d’alerte à baisser leur rideau.

Le ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin, a dénoncé « des faits d’une extrême gravité » dans un message sur le réseau X. « Les auteurs identifiés devront répondre de leurs actes devant la justice. Casseurs ? Payeurs ! Point », a ajouté ce libéral francophone.

Il y a eu mercredi à Liège une cinquantaine d’arrestations pour trouble à l’ordre public, portant le total des interpellations dans cette ville à plus de 150 depuis le 1er octobre. Selon une source policière, les suspects sont majoritairement des mineurs, qui répondent à des appels à manifester circulant sur différentes messageries. « On est dans les pires conséquences des réseaux sociaux », a confié cette source.

Un mouvement qui s’étend

La mobilisation des lycéens belges s’inscrit dans le sillage des protestations observées en France ces dernières semaines. En Outre-mer également, les lycéens se mobilisent pour leurs conditions de scolarité, signe d’une contagion de la colère au-delà des frontières hexagonales.

À Liège, l’interdiction des rassemblements de plus de trois personnes marque un durcissement significatif de la réponse des autorités face à un mouvement qui, parti d’une contestation sectorielle sur les conditions de travail des enseignants, s’est progressivement élargi à des revendications plus larges sur le coût de l’éducation et des transports pour les jeunes.

La question de la légalité de cette mesure d’exception et de son impact sur le droit de manifester, pourtant garanti par la Constitution belge, devrait alimenter le débat dans les prochains jours, alors que le mouvement ne montre aucun signe d’essoufflement.

Ce qu’il faut retenir

La ville de Liège a interdit les rassemblements de plus de trois personnes après cinq jours de violences liées au mouvement lycéen contre les coupes budgétaires dans l’enseignement francophone. Avec plus de 150 interpellations depuis le 1er octobre et des dégradations qualifiées d’« extrêmement graves » par le gouvernement, la Belgique fait face à une contestation qui, partie de Liège, s’étend désormais à d’autres villes du pays et fait écho aux mobilisations observées en France. L’issue du mouvement dépendra de la capacité des autorités à répondre aux revendications des jeunes tout en maintenant l’ordre public, un équilibre d’autant plus délicat que la mesure d’interdiction soulève des questions sur le respect du droit de manifester.

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