De Milan à Tirana, la colère de la jeunesse française gagne l’Europe

French Youth Anger Spreads Across Europe

Des vitrines brisées, des barricades en flammes et des affrontements avec les forces de l’ordre. Les images qui ont marqué la France les 17 et 18 octobre se retrouvent désormais dans plusieurs pays européens. De l’Italie à la Belgique en passant par la Grèce et l’Albanie, des mouvements de contestation, aux origines parfois très différentes, présentent des similitudes frappantes avec la vague de violence qui traverse actuellement l’Hexagone.

Italie : « Facciamo come in Francia »

Samedi 17 octobre, à Milan, une manifestation contre la vie chère a dégénéré dans le centre-ville. Des groupes de jeunes, dont de nombreux mineurs, se sont détachés du cortège pour s’en prendre aux commerces et à la police. Des scènes de violence ont également été observées à Turin et à Bologne. À Milan, environ 5 000 personnes avaient participé à la mobilisation et une cinquantaine ont été interpellées.

La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a condamné les violences sur les réseaux sociaux. « Manifester est un droit. Mettre nos villes à feu et à sang n’en est pas un », a-t-elle déclaré, appelant les partis d’opposition à condamner sans ambiguïté les dégradations.

Derrière ces affrontements, des revendications qui rappellent celles exprimées en France : le pouvoir d’achat, les salaires jugés insuffisants, le coût des carburants, mais aussi les moyens consacrés aux services publics. Les similitudes ne s’arrêtent pas aux mots d’ordre. Depuis le début du mois d’octobre, des lycéens italiens ont repris le slogan « Facciamo come in Francia », autrement dit « Faisons comme en France ».

Grèce et Belgique : le logement et les frais d’inscription en ligne de mire

En Grèce, des étudiants se mobilisent contre la vie chère et les difficultés d’accès au logement. Certains affichent également des slogans en français, en signe de solidarité avec les lycéens de l’Hexagone.

La contestation s’exprime aussi en Belgique. À Bruxelles et à Liège, des lycéens et étudiants dénoncent notamment la hausse des frais d’inscription à l’université. Samedi, des rassemblements ont été marqués par des affrontements avec les forces de l’ordre. À Bruxelles, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de jeunes qui lançaient des projectiles. Des véhicules et du mobilier urbain ont été incendiés. Une dizaine d’arrestations ont été signalées dans la capitale.

Albanie : la « révolution des flamants roses » bascule dans la violence

Toutes ces mobilisations ne sont cependant pas nées dans le sillage des manifestations françaises. Certaines ont commencé plusieurs semaines, voire plusieurs mois auparavant. C’est le cas en Albanie, où la contestation remonte au 31 mai. À l’origine, un projet de complexe touristique de luxe, associé à Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump, dans une zone naturelle protégée du littoral albanais. Des défenseurs de l’environnement dénoncent les conséquences potentielles du projet sur les habitats naturels, notamment ceux des flamants roses. Le mouvement prend alors le nom de « révolution des flamants roses ».

Mais au fil des mois, les revendications se sont élargies. Les manifestants dénoncent la corruption, les inégalités économiques, les conditions d’enseignement et les difficultés rencontrées par les jeunes pour construire leur avenir dans le pays. Depuis le mardi 13 octobre, la mobilisation a pris un tour beaucoup plus violent. À Tirana, la capitale, des bâtiments officiels ont été incendiés et des affrontements répétés ont opposé les protestataires aux forces de l’ordre. La police a utilisé des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des balles en caoutchouc. Sept policiers ont été suspendus dans le cadre d’enquêtes disciplinaires pour des usages présumés excessifs de la force. Les manifestants réclament désormais la démission du Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013. Celui-ci refuse de quitter ses fonctions et accuse des acteurs étrangers de chercher à déstabiliser le pays, sans avoir apporté de preuves publiques de ces accusations.

Les réseaux sociaux, vecteurs d’une contagion des révoltes

Comment expliquer que des mobilisations aux origines aussi différentes présentent des ressemblances frappantes ? Pour Robi Morder, sociologue et président du Groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (GERME), la circulation de l’information joue un rôle essentiel.

« À l’heure où la circulation de l’information est facilitée, accélérée, par les réseaux sociaux, il n’est pas étonnant que les mobilisations qui ont lieu dans un pays soient connues et inspirent des mouvements dans les autres », explique-t-il.

Les images d’affrontements, les slogans et les revendications peuvent désormais franchir les frontières en quelques heures. Les manifestants découvrent que des jeunes d’autres pays expriment parfois des préoccupations similaires.

Une révolte européenne unique ? Pas si simple

Pour autant, il serait trompeur de présenter ces mouvements comme une seule et même révolte européenne. Les causes restent spécifiques à chaque pays : pouvoir d’achat en Italie, coût des études en Belgique, accès au logement en Grèce, corruption et avenir de la jeunesse en Albanie.

Si les modes d’action et les slogans circulent, les racines des colères, elles, demeurent profondément nationales. La contagion existe, mais elle emprunte des chemins distincts selon les réalités sociales et politiques de chaque territoire. Une chose est sûre : la jeunesse européenne exprime, partout, un même sentiment d’urgence face à des conditions de vie qu’elle juge de plus en plus intenables.

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