Depuis le début de la mobilisation lycéenne, le 21 septembre, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie 24 fois pour des soupçons de violences envers des adolescents, dont certains ont été grièvement blessés lors de blocus ou de manifestations. Une nouvelle enquête a été ouverte après qu’un fonctionnaire a été filmé donnant un coup de genou au visage d’un manifestant, jeudi 8 octobre, place de la Bastille à Paris.
Une intervention filmée qui relance la controverse
Les images, diffusées sur les réseaux sociaux et tournées par l’AFP, montrent deux policiers maîtrisant un manifestant vêtu d’un survêtement clair avant de l’amener au sol. Alors que le jeune homme est maintenu au sol, l’un des fonctionnaires lui assène un coup de genou en plein visage. Sur d’autres séquences filmées place de la Bastille, les deux policiers menottent le jeune homme allongé, puis le relèvent. Son visage est en sang et la capuche de son sweat-shirt, qu’il portait sur la tête lors de son arrestation, est ensanglantée.
Le parquet de Paris a annoncé vendredi 9 octobre avoir saisi « d’initiative l’IGPN d’une enquête en flagrance des chefs de violence par personne dépositaire de l’autorité publique avec incapacité de travail supérieure à 8 jours lors d’une manifestation sur la voie publique ». Cette saisine porte à cinq le nombre d’enquêtes confiées par le parquet de Paris à la police des polices pour des faits de violence par personne dépositaire de l’ordre public dans le cadre du mouvement de blocage des lycéens.
« Un geste d’une violence inouïe »
Me Ilyacine Maallaoui, avocat du manifestant, a qualifié la violence des images d’« inouïe ». Son client, âgé de 18 ans, a porté plainte. « Ces images montrent un jeune de 18 ans amené au sol, maîtrisé par un policier placé derrière lui, qui lui maintient le cou avec son bras gauche. Un second policier lui assène alors un coup de genou en plein visage », a décrit l’avocat auprès de l’AFP.
« Ces images révèlent à la fois l’absence de nécessité de ce geste et son caractère délibéré. L’enquête suivra naturellement son cours », a-t-il poursuivi. « Aucun événement antérieur, aucune remise en perspective de la chronologie ne sauraient justifier ou excuser un geste d’une telle violence. Mon client et sa famille sont déterminés à obtenir justice. Ni plus ni moins. »
Un mouvement lycéen sous tension
Partout en France, des lycéens se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’enseignement dégradées et réclamer davantage de moyens pour remplacer les enseignants absents ou rénover des établissements très abîmés, voire délabrés. Les blocages se multiplient depuis la rentrée, perturbant également les cours en ligne mis en place dans certains établissements.
Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les forces de l’ordre et les jeunes manifestants. Le nombre élevé de saisines de l’IGPN témoigne de la gravité des incidents recensés depuis le 21 septembre. Plusieurs adolescents ont été grièvement blessés lors d’interventions policières, notamment un lycéen éborgné à Tours, dont la famille a également porté plainte.
Des précédents qui s’accumulent
L’affaire du coup de genou place de la Bastille n’est pas un cas isolé. Elle s’ajoute à une série d’incidents qui ont émaillé les dernières semaines de mobilisation. Les vidéos amateurs, largement relayées sur les réseaux sociaux, sont devenues des pièces centrales dans les enquêtes ouvertes par la justice. L’IGPN, régulièrement critiquée pour la lenteur de ses procédures, se retrouve une nouvelle fois au cœur des débats sur les pratiques policières lors du maintien de l’ordre face à des manifestants de plus en plus jeunes.
Le parquet de Paris a confirmé que l’enquête en flagrance devra établir les circonstances exactes de l’intervention et déterminer si le geste du fonctionnaire était proportionné à la situation. L’avocat du jeune homme insiste sur le caractère délibéré du coup porté, une qualification qui pourrait alourdir considérablement les charges retenues contre le policier concerné.
Ce qu’il faut retenir
Vingt-quatre enquêtes de l’IGPN ont été ouvertes depuis le début de la mobilisation lycéenne, dont cinq confiées par le parquet de Paris pour des violences commises lors des blocages. La diffusion d’une vidéo montrant un policier frappant un manifestant de 18 ans au visage, place de la Bastille, a relancé les interrogations sur les méthodes employées pour encadrer ces rassemblements. Alors que les lycéens continuent de réclamer des moyens pour leurs établissements, la justice devra désormais déterminer si les gestes filmés relèvent d’un usage disproportionné de la force.




