Violences éducatives ordinaires : ce que les enfants de 3 à 5 ans racontent sans qu’on leur demande

French Kids Speak Out on Ordinary Educational Violence

Fessées, gifles, menaces ou moqueries. Ce que l’on nomme communément les violences éducatives ordinaires (VEO) ont beau être interdites en France depuis 2019, elles continuent de rythmer le quotidien de nombreux enfants, parfois encore tout petits. C’est ce que met en lumière le rapport d’une étude pilote d’Unicef France publié ce jeudi 8 octobre.

Portant initialement sur la manière dont les enfants perçoivent leur quotidien – à l’école, à la maison – et expriment leurs émotions, l’étude montre surtout que les VEO sont encore largement pratiquées, notamment dans le cadre familial. Si ce constat s’impose, c’est parce que les 64 enfants interrogés, âgés de 3 à 5 ans et résidant en Guadeloupe et en France hexagonale, se sont révélés capables d’en parler.

Des paroles d’enfants qui glacent

Interrogés dans « un cadre sécurisant », en petits groupes ou lors d’entretiens individuels, les enfants de maternelle ont été invités à s’exprimer sur la manière dont ils perçoivent l’école, « un lieu d’apprentissages, de socialisation et d’expériences émotionnelles variées », sur le plaisir qu’ils ont à jouer, sur leurs petites peurs, sur le rôle sécurisant que jouent leurs parents et leur famille, mais aussi sur les violences qu’ils subissent.

Plusieurs enfants ont ainsi spontanément évoqué les coups qu’ils reçoivent à la maison : « Quand papa me tape, je suis très triste », « ma mère me tape avec un gros ballon qui fait mal à la tête », « et ma mamie, elle me tape avec la ceinture ». L’Unicef France souligne que « ces paroles ont émergé lorsque les enfants étaient simplement invités à raconter les situations associées à leurs émotions ».

Qu’elles aient lieu au sein de la famille ou, plus rarement, à l’école, ces violences prennent une dimension particulière car elles sont commises par des adultes occupant une place centrale dans le quotidien des enfants : des parents, des enseignants, parfois des grands-parents ou des frères et sœurs vers qui les plus petits trouvent aussi du réconfort et du soutien lorsqu’ils ont peur, et auprès desquels ils éprouvent même un sentiment de protection et de sécurité.

Une ambivalence qui inquiète

Cette ambivalence préoccupe les auteurs de l’étude, car les enfants « ne disposent pas toujours des repères nécessaires pour reconnaître certains comportements comme des violences ou les ont intégrés comme légitimes ». C’est notamment le cas lorsque ces violences font office de punition après une « bêtise ». Les enfants ont alors le sentiment qu’ils méritent les châtiments qu’ils endurent, voire qu’ils les ont cherchés.

« À cette difficulté peut s’ajouter un conflit de loyauté, précise l’Unicef France. Un jeune enfant peut simultanément aimer son parent, rechercher sa protection, craindre certains de ses comportements et souhaiter préserver la relation qui les unit. »

Ces violences ont beau être tristement banales dans la vie des enfants interrogés, elles « portent préjudice à leur santé et à leur développement », en plus de constituer « une atteinte aux droits de l’enfant », rappelle l’organisation.

Mieux considérer les enfants

L’Unicef France émet plusieurs propositions pour mieux respecter le ressenti et l’intégrité physique des enfants. Parmi les pistes évoquées figure celle de laisser davantage de place à l’expression des émotions et des sentiments des enfants, notamment lors des séances d’éducation à la vie affective et relationnelle (EVAR), désormais obligatoires pour tous les élèves.

L’organisation recommande également de mieux former les professionnels au recueil de la parole des enfants et au repérage des situations de mal-être, de négligence ou de violence. Elle appelle enfin à poursuivre le déploiement de supports et de campagnes d’information pour lutter contre les violences faites aux enfants.

Cette étude pilote rappelle une évidence trop souvent ignorée : les jeunes enfants sont capables de dire ce qu’ils vivent, à condition qu’on leur en donne la possibilité. Leur parole, recueillie dans un cadre adapté, constitue un signal d’alerte précieux. Elle confirme aussi que l’interdiction légale des violences éducatives ordinaires, votée en 2019, ne suffit pas à faire évoluer les pratiques : la loi doit s’accompagner d’un changement culturel profond, d’une meilleure formation des adultes et d’une écoute véritable de ceux qui, à 3 ou 5 ans, n’ont pas encore les mots pour se défendre.

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