« C’est raide comme décision ! » : la suspension du permis pour usage du téléphone au volant divise les conducteurs

France Suspends Licenses for Phone Use While Driving

Le gouvernement a décidé vendredi de généraliser la suspension temporaire du permis de conduire en cas d’usage du téléphone au volant. Dans l’Aisne, où la mesure est en vigueur depuis juin 2026, plus de 300 permis ont déjà été suspendus en trois mois, révélant les tensions qu’elle suscite chez les automobilistes.

Une sanction qui remplace l’amende

Jusqu’ici, l’usage du téléphone au volant était puni d’une amende de 135 euros et d’un retrait de trois points sur le permis de conduire. Désormais, les conducteurs pris en flagrant délit s’exposent également à une suspension temporaire de leur permis. La durée varie d’un département à l’autre, de deux semaines à six mois, selon la gravité de l’infraction.

Dans l’Aisne, la préfecture a choisi la fermeté : depuis le 1er septembre 2026, c’est une suspension systématique de deux mois pour tout automobiliste surpris en train de regarder une vidéo, d’écrire un mail ou de téléphoner en conduisant.

À Villers-Cotterêts, l’incompréhension et la colère

Sur le parking d’un supermarché de Villers-Cotterêts, certains habitants découvrent encore la nouvelle sanction avec effarement. Kamal, père de famille et conducteur d’un SUV, s’est fait arrêter il y a trois semaines, téléphone en main, en train d’écrire un mail. Il ignorait alors qu’il risquait la suspension de son permis.

« C’est raide comme décision, il y a trop d’impact derrière. Dans un monde où aujourd’hui tout est cher, perdre son emploi à cause d’un permis, ça casse le moral », se plaint-il. Kamal craint de perdre son travail près de Roissy si son permis est effectivement suspendu. Il n’a pas encore reçu notification de la décision.

Une année noire sur les routes de l’Aisne

La préfecture a pris cette mesure après une année particulièrement meurtrière sur les routes du département : 43 morts en 2025, le pire bilan depuis quinze ans. Un chiffre qui a poussé les autorités à durcir la répression contre l’usage du téléphone au volant, considéré comme l’une des causes majeures d’accidentologie.

Sur le parking du supermarché, tous les conducteurs ne partagent pas l’indignation de Kamal. Maëlys, factrice à vélo, applaudit la décision. Son compagnon Kevin considère qu’« il s’agit d’une faute grave ». « Ils ont tous des kits mains libres et ils sont tous sur leur téléphone alors qu’il y a l’écran. Ma voiture me parle, lit mes messages, ça me va », complète Maëlys.

Entre prudence et fatalisme

Face à la sanction, les comportements divergent. Rania a complètement arrêté d’utiliser son téléphone en conduisant : « Je n’ai pas envie de perdre mon permis, c’est indispensable », explique-t-elle, gardant désormais son smartphone dans son sac.

Fayçal, lui, avoue continuer à taper des textos au volant. « On joue hein. Si on perd, on perd », affirme-t-il, sans craindre les contrôles de police. Selon lui, « c’est une petite ville, on ne craint rien ».

« Le temps de la pédagogie est passé »

Depuis juin, la préfète Isabelle Epaillard a déjà signé 305 suspensions de permis de conduire en seulement trois mois. Pour elle, ce chiffre confirme que le téléphone s’est beaucoup trop banalisé au volant.

« Depuis le mois de septembre, j’ai demandé qu’on ne laisse pas passer. Le temps de la pédagogie est passé, on est déjà à 305, alors que nous étions plutôt dans une phase de mise en place avec de la pédagogie », détaille-t-elle. « Ça confirme bien que c’est une des causes majeures de l’accidentologie. Même quand c’est un court moment, on est évidemment plus en train de regarder la route et donc on ne peut par exemple pas éviter un enfant qui traverse la route ou on va dévier et on va aller dans la voiture qui arrive en face. Donc, il est nécessaire de prendre ces mesures ».

Des premiers résultats encourageants

La préfète n’a pas encore le recul nécessaire pour estimer l’efficacité de la sanction dans son département. Mais dans les Landes, premier département de France à avoir mis en place cette mesure, le ministère assure que l’usage repéré du téléphone au volant a baissé de 12 %.

La généralisation annoncée vendredi étend donc à l’ensemble du territoire une expérimentation menée depuis plusieurs mois dans une vingtaine de départements. Une décision qui, si elle divise encore les conducteurs, traduit la volonté du gouvernement de faire de la lutte contre la distraction au volant une priorité de sécurité routière.

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