Taxer TotalEnergies : la défense du gouvernement met le feu à la gauche

France Divided Over Taxing Total's Soaring Profits

Alors que la hausse des prix du carburant continue de compresser le pouvoir d’achat des Français, les arguments du gouvernement pour refuser de taxer davantage le géant pétrolier TotalEnergies provoquent la colère de plusieurs candidats de gauche à l’élection présidentielle et de leurs représentants. La polémique, alimentée par les propos du ministre des PME et du Commerce, Serge Papin, illustre la tension croissante autour du partage des profits dans un contexte énergétique tendu.

Un ministre assume de ne pas vouloir « embêter » TotalEnergies

Le point de départ de la controverse : les déclarations de Serge Papin, ministre des PME, du Commerce et du pouvoir d’achat. Ce mercredi, il a indiqué ne pas avoir « envie d’embêter » la firme pétrolière, qui pratique déjà un plafonnement de ses prix en France. Selon lui, l’entreprise dirigée par Patrick Pouyanné consent des efforts depuis le début de la crise énergétique, et il ne souhaite donc pas la « menacer ».

« Ce que je souhaite, c’est que Total continue pendant cette période à plafonner son prix à 2,25 euros pour le gasoil et à 1,99 euro pour le sans-plomb », a assuré le ministre, à l’unisson d’autres membres du gouvernement, régulièrement prompts à défendre le géant français.

Cette position a immédiatement déclenché une salve de critiques à gauche, dans un contexte où les prix à la pompe continuent de battre des records.

Olivier Faure dénonce une « mise à contribution » des plus fragiles

Le premier à réagir avec virulence est Olivier Faure. Le patron du Parti socialiste et candidat à la primaire a vertement tancé le raisonnement du ministre. « Mettre à contribution les jeunes, les travailleurs, les retraités, les malades, ça ne l’embête visiblement pas… », a-t-il cinglé sur les réseaux sociaux.

Il rappelle que TotalEnergies a réalisé « 11,2 milliards de bénéfices sur le seul premier semestre 2026 », un chiffre qui nourrit l’indignation de l’opposition face à l’envolée des prix à la pompe.

Mélenchon fustige « la bourgeoisie aux commandes de l’État »

Dans le même esprit, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé les propos de « la bourgeoisie aux commandes de l’État qui ne s’intéresse pas ou connaît mal les souffrances populaires », lors d’une conférence de presse en fin de matinée.

Éric Coquerel, président (LFI) de la commission des Finances, a renchéri sur les réseaux sociaux : « En réalité Serge Papin et le gouvernement sont dans la main de Total et ça c’est très embêtant. »

Passe d’armes entre Glucksmann et Bregeon sur la taxation européenne

Le débat a pris une dimension européenne. Plus tôt dans la semaine, Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire socialiste, a accusé l’exécutif de « bloquer » l’initiative de certains pays européens souhaitant taxer les superprofits des entreprises du secteur énergétique.

« Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ne veulent pas heurter monsieur Pouyanné, PDG de TotalEnergies », a-t-il notamment griffé sur franceinfo.

Une accusation balayée par la porte-parole du gouvernement. « Un mensonge », a répondu Maud Bregeon ce mercredi sur la même antenne, assurant que « la France ne bloque pas cette initiative ». Elle rappelle que le Premier ministre avait indiqué au printemps ne pas y être opposé.

À l’époque, Sébastien Lecornu avait dit ne pas avoir « d’objection de principe » à ce type d’initiative, sans entrer dans le détail, tout en assurant préférer un mécanisme européen à une nouvelle taxe franco-française. Le chef du gouvernement réagissait alors à l’appel de cinq pays — Espagne, Autriche, Allemagne, Italie et Portugal — en faveur d’une taxation des bénéfices exceptionnels du secteur énergétique, comme en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

« Vous bloquez depuis des mois », accuse Aurore Lalucq

Depuis ces déclarations d’intention, plus rien ou presque. De quoi alimenter la défiance de la gauche. « Vous bloquez depuis des mois et j’en suis témoin », a répondu l’eurodéputée Aurore Lalucq, bras droit de Raphaël Glucksmann, sur les réseaux sociaux.

Elle appelle le gouvernement à « démontrer » son engagement en faveur de cette taxation exceptionnelle : « Nous attendons donc une déclaration officielle comme l’ont fait d’autres gouvernements, allemand et espagnol par exemple. »

La polémique intervient alors que les prix des carburants flambent, que la consommation baisse de manière brutale et que la question du partage des profits énergétiques s’invite plus que jamais dans la campagne présidentielle.

Ce qu’il faut retenir

Entre les bénéfices records de TotalEnergies et la flambée des prix à la pompe, le refus du gouvernement de taxer davantage le géant pétrolier cristallise la colère de la gauche. Si l’exécutif assure ne pas bloquer l’initiative européenne de taxation des superprofits, l’absence de déclaration officielle en ce sens alimente les soupçons d’une proximité assumée avec le PDG Patrick Pouyanné. Un dossier qui promet de peser lourdement dans le débat public à venir.

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