Les autorités françaises ont interdit plusieurs manifestations prévues ce jeudi 22 octobre à travers le pays, invoquant des risques sérieux de troubles à l’ordre public après les scènes de violence et de pillage qui ont émaillé la mobilisation sociale du week-end dernier. Les arrêtés préfectoraux, annoncés mercredi, visent notamment des rassemblements lycéens et étudiants dans plusieurs grandes villes.
Paris : un large périmètre bouclé
À Paris, la préfecture de police a pris un arrêté interdisant les rassemblements et manifestations dans plusieurs secteurs de la capitale entre 8 heures et 20 heures ce jeudi. Le périmètre concerné englobe des lieux institutionnels emblématiques tels que l’Élysée, Matignon, l’Assemblée nationale et le Sénat, ainsi que des zones touristiques très fréquentées comme les Champs-Élysées, le musée du Louvre et le quartier des grands magasins.
L’interdiction s’étend également aux places d’Italie, de la Bastille et de la République, à la zone commerçante de Châtelet et des Halles, à l’île de la Cité ainsi qu’aux gares parisiennes. En amont, la préfecture de police avait déjà interdit une manifestation déclarée par Interfac IDF, l’assemblée générale des étudiants des facultés franciliennes, qui devait relier le boulevard de l’Hôpital à la place de la Bastille.
Les autorités justifient cette décision par « l’incapacité de l’organisateur à éviter les exactions » constatées lors des rassemblements des 13 et 17 octobre, et par la nécessité de « garantir la sécurité des biens et des personnes ». Interfac IDF a dénoncé « le choix de la répression policière et administrative » du gouvernement et annoncé son intention de saisir le tribunal administratif de Paris pour contester l’interdiction.
Lyon, Grenoble et Lille également concernées
Le mouvement d’interdiction ne se limite pas à la capitale. Dans le Rhône, le préfet Étienne Guyot a interdit une manifestation prévue jeudi après-midi à Lyon, organisée par l’Unef et le Nouveau parti anticapitaliste. Le parcours déposé prévoyait une arrivée place Bellecour, où des violences avaient éclaté samedi en marge d’une manifestation contre « la vie chère », notamment l’incendie d’une antenne de l’office du tourisme.
« Face aux risques sérieux de troubles à l’ordre public et au regard du contexte actuel, j’ai fait le choix, en responsabilité, d’interdire ce rassemblement pour éviter tout débordement et garantir la sécurité de tous », a déclaré le préfet dans un communiqué.
À Grenoble, la préfète de l’Isère a pris une décision similaire : « tout rassemblement, attroupement, manifestation ou cortège de personnes est interdit » à partir de 6 heures ce jeudi dans un périmètre délimité, afin de « préserver l’hyper-centre et cette partie du centre de Grenoble qui a été extrêmement durement éprouvée durant cette journée du 17 ».
Dans le Nord, tous les attroupements et toutes les « manifestations à caractère revendicatif » sont également interdits dans de larges secteurs de Lille et de la commune voisine de Wattignies, entre 7 heures et 22 heures ce jeudi, selon un arrêté préfectoral publié mercredi.
Le samedi 24 octobre déjà dans le viseur
Au-delà de ce jeudi, une autre échéance mobilise l’attention des autorités : le samedi 24 octobre, jour de l’« acte II » du mouvement social qui avait rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes le 17 octobre, avec une fin de journée marquée par des scènes de violence et de pillages.
Dans certaines villes, les manifestations ont d’ores et déjà été interdites pour ce samedi. C’est le cas à Rouen et au Havre, où les rassemblements seront prohibés entre 9 heures et 20 heures, « suite aux violences urbaines qui se sont déroulées à Rouen et au Havre, comme dans de nombreuses autres villes en France » le 17 octobre.
Dans le sud de la France, à Toulon, les « manifestations, cortèges, défilés et rassemblements à caractère revendicatif » seront interdits dans le centre-ville samedi de 11 heures à 23 h 59, a annoncé le préfet du Var, Simon Babre. À Grenoble, les manifestations dans le centre-ville ont été interdites jusqu’à 6 heures dimanche, tandis qu’au Mans, le préfet de la Sarthe a indiqué interdire « toute manifestation jusqu’au mardi 27 octobre 8 heures » dans le centre-ville.
L’incertitude plane sur la manifestation parisienne de samedi
En revanche, aucune information n’a filtré pour l’instant sur le sort réservé à la manifestation parisienne de ce samedi. Un parcours a été formellement déposé par un représentant de la coordination des gilets jaunes du 17 octobre ce mercredi.
« Je viens d’envoyer avec quelques collègues une déclaration en préfecture pour un parcours qui part de Bastille et qui va à Opéra. La CGT Paris annonce qu’ils vont aller à Bastille, l’Union étudiante également », a affirmé Benjamin Ball, éditeur d’un site cartographiant les actions prévues samedi, sur France 2.
Interfac IDF, qui prévoit d’organiser ce jeudi à 18 heures une nouvelle assemblée générale, promet de ne pas se laisser faire : « Et samedi 24 ? Toutes les manifestations seront-elles interdites ? On ne se laissera pas faire. »
Le ministère de l’Intérieur doit détailler ce jeudi le dispositif de sécurité pour samedi, mais a d’ores et déjà prévu le recours à des blindés, aux militaires de la force Sentinelle et aux unités d’élite de police et de gendarmerie.
Un contexte de tensions persistantes
Ces interdictions interviennent dans un climat de vives tensions sociales. Le mouvement, né d’une contestation contre la vie chère et élargi à des revendications plus larges, a donné lieu à des débordements qui ont profondément marqué les esprits et conduit les autorités à durcir leur posture face aux rassemblements à venir.
En définitive, les préfectures ont choisi de multiplier les arrêtés d’interdiction pour ce jeudi et le samedi 24 octobre, afin d’éviter que les rassemblements ne dégénèrent à nouveau en violences urbaines. Alors que le dispositif de sécurité s’annonce exceptionnellement dense à Paris, l’incertitude demeure sur l’autorisation de la manifestation parisienne de samedi, et les organisations étudiantes entendent contester en justice les restrictions qui les frappent.




