Meurtre de Federico Martín Aramburú : Loïk Le Priol condamné à 26 ans, Romain Bouvier à 19 ans

Two French far-right militants sentenced for rugby player's murder

Ils échappent à la réclusion à perpétuité, mais écopent de lourdes peines. Loïk Le Priol et Romain Bouvier, les deux militants d’ultradroite jugés pendant trois semaines pour le meurtre de Federico Martín Aramburú, ont été condamnés vendredi 25 septembre par la cour d’assises de Paris à respectivement 26 et 19 ans de réclusion pour assassinat et tentative d’assassinat.

Une « alchimie funeste » au cœur du verdict

Si la cour n’a pas retenu la préméditation pour ce crime commis au petit matin du 19 mars 2022, elle a sévèrement sanctionné l’« intention homicide » des deux militants de l’ultradroite parisienne. Selon le verdict, cette intention « ne fait aucun doute », contrairement à ce qu’ils ont plaidé durant trois semaines de procès.

La cour a fustigé l’« alchimie funeste du duo formé par Loïk Le Priol », 32 ans, auteur des deux coups de feu mortels, et Romain Bouvier, 35 ans, qui avait été le premier à tirer sur le rugbyman désarmé. Les deux hommes étaient « animés tous deux par une fascination commune pour les armes et la violence », a lu le président Franck Zientara.

Cette alchimie entre ces deux hommes aux lourds antécédents de violence est à l’origine de « la mort gratuite » d’un « père de famille de 42 ans », a rappelé le magistrat sous le regard impassible des deux condamnés.

Des réquisitions sévères, des peines lourdes

Le parquet avait requis plus tôt dans la semaine 27 ans de prison contre Loïk Le Priol, cet ancien militaire de 32 ans radié de l’armée et auteur des deux tirs mortels reçus dans le dos par Aramburú. 20 ans de réclusion avaient été réclamés contre Romain Bouvier, 35 ans, qui avait ouvert le feu.

Le rugbyman argentin et ancien joueur du Biarritz Olympique avait été tué dans la nuit du 18 au 19 mars 2022 à Paris, après une altercation alcoolisée avec les deux militants d’extrême droite survenue dans une brasserie, sur fond de propos xénophobes.

Des profils jugés particulièrement inquiétants

Dans ses motivations, la cour a eu des mots particulièrement durs contre Le Priol, ancien membre des forces spéciales jusqu’à sa radiation de la Marine. Elle a insisté sur le « risque criminologique élevé » persistant posé par cet homme qui se nourrissait au moment des faits d’une « idéologie mortifère et violente ».

Le meurtre a été « alimenté par la rage narcissique, envahissante et irrépressible de Loïk Le Priol », « personnalité inquiétante », « présentant des troubles de nature psychopathique se manifestant par son impulsivité » et son « intolérance à l’insatisfaction ».

Quant à Bouvier, si sa dangerosité est moindre, la cour a relevé sa « détermination (…) à tirer sur une victime désarmée », en actionnant quatre fois la queue de détente.

D’autres condamnations prononcées

L’ancienne compagne de Le Priol, 29 ans, a été condamnée à trois ans de prison dont deux ans et demi avec sursis, pour dissimulation de preuves et altération d’une scène de crime. Trois ans de prison avec sursis ont été prononcés contre un autre ancien « gudard » de 37 ans pour avoir assisté Bouvier dans une courte cavale et l’avoir aidé à se débarrasser de son arme.

Tout au long du procès, les deux anciens activistes, qui avaient évolué dans le groupuscule d’extrême droite radicale du GUD, dissous en 2024, ont nié avoir été animés par une quelconque intention homicide et a fortiori avoir prémédité leur crime.

« Je suis chrétien comme vous »

« Je suis chrétien comme vous », a dit Loïk Le Priol dans ses derniers mots à la famille de l’ancien rugbyman. « Le pape est » à Paris « aujourd’hui, je ne sais pas si c’est un signe, mais j’espère qu’un jour, ils trouveront la force de me pardonner et également que je trouverai la force de me pardonner à moi-même », a-t-il fait valoir.

Durant les trois semaines de débats, « j’ai compris beaucoup de choses sur moi-même », a-t-il également assuré avant que la cour ne se retire pour délibérer. « Je n’aurai jamais les mots » face à « la souffrance et à la dignité de la famille de M. Aramburú », a de son côté déclaré Romain Bouvier.

Les deux hommes, qui avaient tiré dix fois, soit l’intégralité de leur chargeur, avaient expliqué durant les débats s’être défendus face à Aramburú et son ami et ancien coéquipier Shaun Hegarty, disant s’être crus en danger et en proie à une « panique totale ».

Leur défense avait été mise à mal pendant les débats, qui ont permis de rappeler que les deux hommes n’auraient pas dû être ensemble le jour du meurtre. Les deux militants avaient interdiction de se côtoyer car ils avaient participé en 2015 au tabassage du président du GUD, dans un règlement de comptes violent au sein de l’ultradroite.

Ce qu’il faut retenir

Le verdict de la cour d’assises de Paris clôt trois semaines d’un procès hors norme. Loïk Le Priol et Romain Bouvier, figures de l’ultradroite parisienne, ont été condamnés à 26 et 19 ans de réclusion pour le meurtre de Federico Martín Aramburú. La cour a écarté la préméditation mais retenu l’intention homicide, soulignant la dangerosité persistante des deux hommes et l’« alchimie funeste » qui les unissait. Ce jugement marque l’épilogue judiciaire d’un drame qui avait profondément ému l’Argentine et le monde du rugby.

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