Cette semaine en Europe, les fausses alertes à la bombe visant des vols commerciaux, mais aussi des médias, se sont multipliées. La journée de ce vendredi 6 novembre n’a pas fait exception, avec un peu plus d’une quinzaine de menaces de ce type, dans plusieurs pays. Toutes se sont pour le moment avérées sans fondement et sans conséquences, aucun explosif n’ayant été retrouvé.
Onze vols au départ ou à destination de Prague et Sofia visés
Vendredi, onze vols au départ ou à destination de Prague et de Sofia ont fait l’objet d’une alerte à la bombe, selon l’aéroport de la capitale tchèque. Quatre autres vols à destination de Madrid ont aussi été visés, ainsi qu’un vol entre Lisbonne et Rome.
Quatre alertes à la bombe ont également été émises sur des avions survolant le territoire français, qui ont atterri « sans encombre » et sur lesquels les services de déminage « procèdent aux inspections de sécurité », a annoncé Matignon dans la journée. « Une enquête est en cours pour déterminer l’origine de ces alertes qui touchent toute l’Europe », ont ajouté les services du Premier ministre français, en charge de la sûreté et de la défense aérienne du pays. Trois de ces appareils ont atterri à Orly, et le quatrième à Bordeaux.
Un vol de la compagnie Ryanair qui devait partir de Lisbonne en direction de Rome a aussi été visé par une « menace de bombe » qui s’est avérée sans fondement, d’après les autorités portugaises.
Le secteur des médias a également été ciblé en Irlande. Les locaux de plusieurs médias irlandais, dont le groupe audiovisuel RTÉ, ont ainsi été évacués dans la matinée après avoir reçu une alerte à la bombe.
Trois vagues d’alertes en amont
Avant la journée de ce vendredi, il y avait eu lundi, mardi et jeudi trois premières vagues d’alertes à la bombe. Rien que jeudi, une vingtaine ont été recensées, essentiellement pour des vols de compagnies low-cost. Ces vols ont été déroutés afin d’évacuer passagers et membres d’équipage et permettre l’intervention des démineurs, dont l’un en France.
En début de matinée jeudi, un avion de ligne A320 assurant la liaison Dublin-Rome a ainsi été dérouté vers la base aérienne d’Évreux en Normandie. Conséquence de ces incidents en série : la Hongrie a fait décoller des chasseurs Gripen, la Bulgarie des Mig, et jeudi la France un Rafale et un Mirage pour escorter les avions suspects. Des opérations de police du ciel qui coûtent très cher en carburant.
Qui se cache derrière ces menaces ?
Aucune revendication n’a été faite pour l’ensemble des vols, mais il était affirmé dans des menaces visant certains d’entre eux et envoyées aux aéroports de Rome et de Sofia jeudi, qu’elles émanaient des « combattants de l’État masculin ». Cela semble renvoyer au nom d’un mouvement ultranationaliste russe, sans qu’il soit possible de vérifier le lien, et dont le chef a démenti toute implication.
« Nous ne savons pas encore s’il s’agit d’une personne derrière cette opération ou d’une action coordonnée », a par ailleurs déclaré le vice-Premier ministre irlandais Simon Harris à la radio, à propos de l’évacuation du groupe audiovisuel RTÉ, évoquant une « situation très sérieuse et évolutive ».
Les autorités appellent au sang-froid
Le gouvernement irlandais a jugé « probable » que les alertes à la bombe de ces derniers jours fassent partie d’une « campagne coordonnée visant à engendrer des perturbations ». « L’Otan continue de surveiller la situation et de se coordonner étroitement avec les alliés », a commenté pour sa part l’organisation transatlantique.
Selon le chef de la police londonienne, Mark Rowley, il va s’agir de garder la tête froide. « Nous avons déjà connu cela par le passé. Quand nous faisions face aux menaces terroristes liées à l’IRA, il y a des décennies, nous parlions de « terrorisme à 10 pence » : un faux appel annonçant une bombe pouvait perturber toute une ville. Nous avons dû apprendre à vivre en faisant la part entre ce qui était un canular et ce qui était réel », a-t-il déclaré vendredi sur la radio BBC 4.
« Dans ce nouvel environnement de menaces, avec des acteurs malveillants aux quatre coins du monde, parfois téléguidés par des États hostiles, nous allons devoir adapter cette même méthode, pour éviter de surréagir à chaque message que nous recevons en ligne », a-t-il ajouté.
Des « opérations hybrides » à coût quasi nul
Cette série de fausses alertes, difficiles à attribuer, a pour conséquence de mobiliser les services de sécurité et de semer la peur, à zéro coût. Sans préjuger de l’identité des auteurs, « il faut le voir dans le cadre des opérations hybrides contre les États européens », a réagi auprès de l’AFP Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux et émergents au Centre de Politique de Genève.
« Ça ne coûte rien à celui qui le fait mais ça a un impact important au niveau logistique et bien sûr sur la perception des populations. Les autorités ne peuvent ignorer ces alertes car si une se matérialise, elles seront tenues pour responsables », fait-il valoir.
Ce qu’il faut retenir
En l’espace de cinq jours, plusieurs dizaines de fausses alertes à la bombe ont perturbé le trafic aérien européen et visé des rédactions, sans qu’aucun engin explosif ne soit découvert. Les autorités françaises, irlandaises et l’Otan évoquent une possible campagne coordonnée de déstabilisation, tandis que les experts y voient un exemple d’opération hybride peu coûteuse mais très perturbatrice. L’enquête se poursuit pour identifier les auteurs de ces menaces.




