Douze personnes ont été interpellées en début de semaine dans le cadre de l’enquête sur deux assassinats qui avaient profondément marqué la Côte-d’Or en septembre 2025. Selon le procureur de la République de Dijon, Arnaud Viornery, toutes seraient liées au narcotrafic et chacune aurait occupé un rôle précis dans ces crimes. Les arrestations, menées avec l’appui du GIGN et du RAID, se sont déroulées en Côte-d’Or, dans l’Yonne, l’Oise, le Var et la Haute-Garonne. Certaines des personnes interpellées étaient déjà incarcérées pour d’autres faits.
Deux drames en trois jours
L’affaire remonte à septembre 2025. Un ambulancier, père de famille, est abattu par balle dans sa voiture, devant son domicile, dans un quartier résidentiel de Marsannay-la-Côte, près de Dijon. Trois jours plus tard, une fusillade éclate en plein centre-ville de Dijon, faisant un mort et un blessé grave, sous les yeux de nombreux témoins.
« Il y avait deux jeunes hommes, un qui était au volant et l’autre qui était passager. Celui qui était passager était par terre, allongé dans une flaque de sang, et il avait une balle dans la mâchoire. Et l’autre, je pense qu’il était en train de mourir », raconte une témoin de la scène.
Ces deux événements, survenus à quelques jours d’intervalle, avaient provoqué une vive émotion parmi les habitants du département et relancé les débats sur la violence liée au trafic de stupéfiants.
Un an d’enquête et des rôles bien définis
Peu après les faits, huit personnes avaient déjà été interpellées. Après près d’un an d’investigations, les enquêteurs ont procédé à cette nouvelle vague d’arrestations. Selon le procureur Arnaud Viornery, les suspects auraient occupé des fonctions clairement identifiées au sein de l’organisation criminelle : « Les protagonistes de ces deux crimes sont suspectés d’avoir été tueurs à gages, chauffeurs, donneurs d’ordres ou logisticiens. »
Un pistolet et des munitions ont également été saisis lors des opérations. Au total, quinze personnes sont désormais mises en examen dans ce dossier.
Une guerre de territoire entre trafiquants
Ces meurtres s’inscrivent dans un contexte de rivalité extrêmement tendue entre groupes criminels. D’un côté, des trafiquants implantés localement ; de l’autre, des équipes venues d’autres villes, venues prendre le contrôle des points de deal dijonnais.
« C’est une guerre de position, c’est une guerre de domination. Parce qu’aujourd’hui, en matière de trafic de stupéfiants, ce qui compte, c’est le terrain, c’est-à-dire le territoire que vous détenez », analyse Me Romain Ruiz, avocat intervenant dans plusieurs dossiers judiciaires liés à des fusillades.
Ce conflit pour le contrôle des points de vente de drogue illustre la transformation du narcotrafic en France, où les règlements de comptes entre réseaux rivaux se multiplient dans les grandes comme dans les moyennes agglomérations. La lutte pour la maîtrise du territoire constitue désormais le principal facteur de violence, avec des conséquences directes pour les riverains des quartiers concernés.
Un dispositif judiciaire de grande ampleur
La mobilisation de moyens exceptionnels — GIGN, RAID, interpellations simultanées dans cinq départements — témoigne de la gravité accordée à cette affaire par les autorités judiciaires. Les investigations se poursuivent pour établir les responsabilités exactes de chaque suspect et identifier d’éventuels commanditaires encore en fuite.
Cette opération s’ajoute à une série de coups de filet récents visant les réseaux de narcotrafic à travers le pays, signe d’une pression accrue des forces de l’ordre sur des organisations de plus en plus structurées et violentes.
Avec quinze personnes mises en examen et une instruction qui se poursuit, le dossier de Dijon pourrait encore s’élargir. Il reste, en l’état, l’une des affaires les plus significatives de ces dernières années en Bourgogne-Franche-Comté, révélant l’ampleur d’un phénomène criminel qui ne cesse de gagner du terrain.




