La noix de Corrèze, un trésor sous le soleil brûlant

Corrèze Walnut Farmers Battle Drought to Keep Tradition Alive

En Corrèze, la récolte des noix bat son plein en ce mois d’octobre. Malgré un été marqué par la sécheresse et les fortes chaleurs, les nuciculteurs s’activent pour perpétuer un savoir-faire familial et diversifier leur production, jusqu’aux tables des chefs locaux.

Une récolte sous tension climatique

Si l’expression « tête de noix » qualifie avec malice les excentriques et les fantasques, les producteurs doivent surtout avoir la tête bien faite et sacrément solide pour récolter leurs noix de Corrèze. Un cadeau de la nature qui se mérite dès que le mois d’octobre pointe son nez.

« Ça s’est beaucoup mécanisé depuis quelques décennies, donc ça nous permet d’aller plus vite. Avant, certains pouvaient monter dans les arbres ou attendre que ça tombe. À la fois, il faut secouer, c’est plutôt de l’intensité que vraiment de la puissance, mais il ne faut pas non plus abîmer l’arbre. Il faut de la mesure en toute chose comme on dit », explique Cyrille Abonnel, nuciculteur au Moulin de la Vie Contée. Une saison que sa fille ne manquerait pour rien au monde.

Nichés en basse Corrèze, en face du château de Turenne, les producteurs de noix vont vivre quelques semaines de travail acharné. Il y a plusieurs tonnes à récolter, malgré un été hostile pour les vergers.

« Cette année, ça a énormément souffert. Conditions climatiques, manque d’eau et des fortes températures. Le côté de la noix qui est exposé plein sud est cuit et brûlé », déplore Éric Boyer, un voisin.

Trois générations au service du petit fruit

Longtemps, dans sa ferme, la famille Jaubertie a élevé des cochons. La retraite approchant pour Jean-Pierre, le papa, Anne, sa fille, a pris le relais et cultivé des noyers. Trois générations pour trier, nettoyer et sécher.

Cyrille, son compagnon, s’est formé pour devenir moulinier avec des presses centenaires, chinées sur Leboncoin, et les précieux conseils des anciens. « On écoute les machines. Avant, les anciens, on les entendait dire qu’il fallait écouter comment ça fonctionnait, si ça tournait rond ou pas », indique Cyrille.

Une fois écrasés, les cerneaux vont cuire autour de 100 degrés durant de longues minutes avant d’être pressés selon une méthode traditionnelle. Les 30 kilos vont ainsi permettre d’extraire une quinzaine de litres. Beaucoup d’huile de coude pour un peu d’huile de noix.

« Si on ne chauffe pas beaucoup, on va avoir une huile qui est toute douce, un peu comme une noix qu’on va manger maintenant. Si on chauffe beaucoup, par contre, on va aller chercher du grillé, du toasté », détaille Anne Jaubertie.

Un savoir-faire familial transmis avec passion

Quand Anne et Cyrille ont annoncé il y a une dizaine d’années qu’ils voulaient reprendre l’exploitation, Jean-Pierre et Marinette, les parents, ont bien cherché à les dissuader.

« Trop de travail, on ne regarde pas la montre, rien du tout. Aujourd’hui c’est très bien, mais on est toujours inquiets que cela ne marche pas », confie Jean-Pierre Jaubertie.

« Ils ont beaucoup travaillé, non seulement eux mais les générations d’avant. Donc oui, c’est important que ça ne disparaisse pas », souligne Anne.

Alors aujourd’hui, elle et Cyrille diversifient leur production pour séduire une nouvelle clientèle. Désormais, le petit fruit à coque, riche en fibres et en oméga 3, se décline en farine, en pâte à tartiner ou en apéritif. Une petite production qu’ils réservent aux épiceries fines et aux restaurants.

La noix inspire les chefs

Le jeune chef Thibault Pradel vient d’imaginer un menu entièrement consacré à ce fruit emblématique de la Corrèze. Sur son financier à base de noix, le chocolat se marie avec gourmandise à une glace à la noix, forcément.

Un dessert signature qui lui rappelle son enfance : « À la fin du repas, il y a toujours des noix sur la table. Et on discute, il y a une luminosité particulière, ce sont des vrais souvenirs d’enfance, de discussions, de fin de soirée qui s’éternisent ».

Une tendre gourmandise au coin du feu. Même si la noix reste exigeante et difficile à travailler, elle a su, au fil des années, se faire une place de choix sur les bonnes tables de Corrèze.

Une filière résiliente face aux défis

Malgré les conditions climatiques difficiles qui ont marqué l’été 2026, les producteurs de noix de Corrèze démontrent une capacité d’adaptation remarquable. Entre mécanisation des techniques de récolte, diversification des produits transformés et transmission intergénérationnelle du savoir-faire, la filière locale s’efforce de maintenir son activité et sa qualité.

La noix de Corrèze, fruit emblématique du terroir, continue ainsi de rayonner auprès des consommateurs et des professionnels de la gastronomie. Un produit d’exception qui incarne à lui seul l’alliance entre tradition, innovation et passion du terroir.

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