Plus de 30 % des prothèses dentaires utilisées en France proviennent désormais de Chine, au détriment du « made in France », alerte l’Union nationale patronale des prothésistes dentaires (UNPPD). Le syndicat, qui s’est exprimé mardi 20 octobre sur France Inter, dénonce une asymétrie flagrante : alors que les laboratoires français sont soumis à des contrôles stricts, les produits importés échappent largement à toute certification.
Une réglementation à deux vitesses
La fabrication de prothèses dentaires en France est encadrée par des exigences rigoureuses. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) peut ainsi débarquer sans préavis dans un laboratoire hexagonal pour vérifier la conformité des matériaux utilisés, notamment les pots de céramique et de résine.
« Nous, en France, nous sommes contrôlés par l’Agence de sécurité du médicament qui peut venir dans notre laboratoire, vérifier dans nos tiroirs si nos pots de céramique de résine sont bien conformes à la législation, alors qu’ils n’iront jamais en Chine pour ouvrir les tiroirs d’un laboratoire chinois », déplore Laurent Munerot, président de l’UNPPD.
Cette différence de traitement soulève des questions de fond sur la composition réelle des prothèses importées. Le syndicat s’inquiète notamment de l’opacité entourant les matériaux utilisés dans ces dispositifs, qui peuvent pourtant être remboursés par l’Assurance-maladie dans le cadre du dispositif 100 % santé.
Les plafonds tarifaires en cause
La montée en puissance des prothèses chinoises s’explique en grande partie par l’encadrement des tarifs dentaires. Depuis 2021, certains actes sont soumis à des plafonds tarifaires afin de garantir aux patients des soins intégralement remboursés. Pour préserver leurs marges, les chirurgiens-dentistes se tournent donc de plus en plus vers des prothèses moins coûteuses.
« Concrètement, il n’y a que deux solutions, soit se tourner vers un laboratoire étranger, soit demander à son laboratoire français de faire un effort financièrement sur ses tarifs pour pouvoir assumer son rôle », explique Patrick Soléra, président de la Fédération des syndicats dentaires libéraux.
Mais cette seconde option atteint ses limites. « Est-ce que les laboratoires français vont pouvoir diminuer leurs tarifs, pour un prothésiste qui est un très bon client depuis des années ? », s’interroge-t-il. « Ça devient très compliqué », reconnaît-il.
Près de 1 000 laboratoires français déjà fermés
Les conséquences de cette concurrence sont déjà tangibles. Près de 1 000 laboratoires de prothèses dentaires français ont mis la clé sous la porte ces dernières années, selon le syndicat. Une hémorragie qui menace directement le savoir-faire national et l’emploi dans un secteur historiquement ancré dans les territoires.
Au-delà de la question économique, c’est la traçabilité et la sécurité sanitaire qui sont en jeu. Les prothèses dentaires sont des dispositifs médicaux implantés durablement dans la bouche des patients. Leur composition, leur biocompatibilité et leur résistance doivent être garanties. Or, faute de contrôles équivalents sur les produits importés, ces garanties restent difficiles à vérifier.
Vers 50 % de prothèses importées d’ici 2030 ?
L’UNPPD lance un avertissement clair : sans mesures pour préserver la production nationale, la part des prothèses chinoises pourrait atteindre 50 % du marché français d’ici 2030. Un scénario qui ferait basculer la majorité de la filière dentaire française vers une dépendance aux importations, avec à la clé une perte de maîtrise sur la qualité et la sécurité des dispositifs.
Le syndicat plaide pour un alignement des exigences réglementaires entre production nationale et produits importés, ainsi que pour une révision des mécanismes tarifaires qui pénalisent aujourd’hui les laboratoires français. La question dépasse le seul cadre économique : elle touche à la santé publique et à la souveraineté industrielle d’un secteur essentiel.
Ce qu’il faut retenir
Plus de 30 % des prothèses dentaires utilisées en France sont fabriquées en Chine, et cette proportion pourrait grimper à 50 % d’ici 2030. Les laboratoires français, soumis à des contrôles stricts de l’ANSM, subissent une concurrence jugée déloyale de produits importés rarement certifiés. Les plafonds tarifaires du dispositif 100 % santé poussent les dentistes vers des solutions moins coûteuses, tandis que près de 1 000 laboratoires hexagonaux ont déjà fermé. L’enjeu dépasse la seule économie : il engage la sécurité sanitaire des patients et la survie d’un savoir-faire national.




