Brexit : plus de la moitié des Britanniques favorables à un retour dans l’Union européenne

Majority of Britons Back Return to EU, Poll Finds

Le vent tourne outre-Manche. Selon un sondage réalisé par le cabinet de conseil en communication politique Messina Group et rapporté par le Guardian samedi 3 octobre, plus de la moitié des Britanniques se déclarent favorables à un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Une hypothèse que le Premier ministre travailliste Andy Burnham a lui-même évoquée lors d’un discours prononcé mardi 29 septembre, à l’occasion du congrès annuel de son parti.

Sept scénarios testés auprès de 11 461 adultes

Pour parvenir à ces conclusions, le cabinet a sondé 11 461 adultes britanniques au cours du mois de septembre. Les participants ont été invités à se prononcer sur sept scénarios distincts encadrant les relations futures entre Londres et Bruxelles. Le résultat le plus marquant concerne la réintégration pure et simple du Royaume-Uni dans l’Union européenne : elle recueille 49 % d’opinions favorables, contre seulement 28,5 % d’avis opposés. Le solde des répondants indique ne pas avoir d’opinion arrêtée ou ne pas savoir quoi répondre.

La deuxième option la plus plébiscitée ne rompt pas radicalement avec le statu quo. Il s’agit du maintien de la relation actuelle entre les deux territoires, assorti d’une réduction maximale des obstacles commerciaux. Ce scénario séduit 48,2 % des sondés, tandis que 20,9 % le rejettent. L’écart entre les deux propositions demeure donc très serré, signe que l’opinion britannique oscille entre un retour franc dans le giron européen et un rapprochement pragmatique sans adhésion formelle.

L’union douanière et le marché unique bien accueillis

Les autres hypothèses soumises aux personnes interrogées confirment cette tendance de fond. L’idée d’une union douanière entre le Royaume-Uni et l’Union européenne recueille ainsi 47,1 % de suffrages favorables, contre 20,7 % d’oppositions. Un statut de « membre associé » convainc 45,5 % des répondants, tandis qu’une entrée dans le marché unique séduit 45,1 % d’entre eux. Même la conservation pure et simple de la relation actuelle, sans aucun aménagement, obtient l’assentiment de 41,2 % des sondés.

À l’inverse, l’option d’un éloignement supplémentaire entre Londres et Bruxelles apparaît nettement minoritaire. Détricoter encore davantage la relation entre les deux parties n’est soutenu que par 27,9 % des personnes interrogées, et se heurte à l’opposition de 41,2 % d’entre elles. Ce rejet traduit une lassitude face aux tensions commerciales et administratives héritées du divorce de 2016.

Le Brexit perçu comme une erreur par une large majorité

Le sondage met également en lumière le regard que portent les Britanniques sur le choix opéré il y a près de dix ans. Pour 52,4 % des répondants, le Royaume-Uni a eu tort de quitter l’Union européenne en 2016, contre 29,7 % qui estiment que le pays a pris la bonne décision. Plus révélateur encore : seuls 12,2 % des sondés considèrent que le Brexit a été un succès, tandis que 54,9 % le qualifient d’échec. Autrement dit, l’événement qui a bouleversé la vie politique britannique pendant une décennie est aujourd’hui majoritairement jugé comme une erreur.

Ces chiffres interviennent dans un contexte politique particulier. Le Premier ministre travailliste Andy Burnham a publiquement évoqué la possibilité d’un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne lors du congrès annuel de son parti. Si cette prise de parole reste prudente, elle marque une inflexion notable dans le discours politique britannique, où le sujet du Brexit était longtemps demeuré tabou. Le terme de « Breturn », contraction de « Brexit » et « return », circule désormais ouvertement dans les médias et les cercles politiques londoniens.

Un rapprochement aux multiples visages

Les résultats du sondage dessinent une opinion publique favorable à un réengagement, mais divisée sur la forme qu’il devrait prendre. Trois grandes familles de scénarios se dégagent :

  • La réintégration complète dans l’Union européenne, soutenue par 49 % des sondés ;
  • Le maintien de la relation actuelle avec une réduction maximale des obstacles commerciaux, plébiscité par 48,2 % des répondants ;
  • L’adhésion à une union douanière ou au marché unique, qui recueille respectivement 47,1 % et 45,1 % d’opinions favorables.

Ces différentes options ne sont pas nécessairement exclusives dans l’esprit des personnes interrogées, qui semblent surtout exprimer une volonté de normalisation des échanges avec le continent. La proximité des scores entre les scénarios suggère qu’une majorité de Britanniques souhaite avant tout tourner la page des tensions commerciales et administratives.

Une opinion publique en décalage avec la classe politique

Le contraste est frappant entre ces données et la position officielle du gouvernement britannique, qui exclut pour l’heure toute réintégration. Le débat reste donc largement ouvert, d’autant que l’électorat travailliste lui-même demeure partagé sur la question. Les partisans d’un rapprochement avec Bruxelles y voient un moyen de relancer une économie britannique en panne de croissance, tandis que les tenants d’une ligne dure rappellent que le référendum de 2016 avait précisément pour objet de sortir du cadre européen.

Reste que la tendance de fond paraît difficilement contestable. Dix ans après le vote du 23 juin 2016, l’idée d’un retour du Royaume-Uni dans l’Union européenne n’est plus une hypothèse marginale : elle est devenue majoritaire dans l’opinion. Le « Breturn » n’est certes pas encore à l’ordre du jour diplomatique, mais il s’installe durablement dans le paysage politique britannique.

En résumé, ce sondage du Messina Group révèle qu’une majorité de Britanniques soutient désormais un retour dans l’Union européenne ou, à tout le moins, un rapprochement significatif avec Bruxelles. Le Brexit, autrefois présenté comme une réussite, est aujourd’hui perçu comme une erreur par plus de la moitié des sondés. La véritable question n’est plus de savoir si les Britanniques regrettent leur choix, mais quelle forme prendra ce rapprochement dans les années à venir.

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