Deux vidéos ont enflammé les réseaux sociaux et nourri la polémique depuis le début de la mobilisation des lycéens. Elles se sont déroulées à quelques minutes d’écart, ce vendredi 2 octobre à Belfort, en marge d’une manifestation au lycée Gustave Courbet. D’un côté, un policier roué de coups lors de heurts, des images jugées « insoutenables » et « d’une rare violence » par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. De l’autre, un adolescent de 17 ans qui accuse ce même policier d’avoir tenté de le noyer lors de son interpellation, quelques minutes plus tôt, aux abords d’un ruisseau.
Deux adolescents ont été mis en examen pour violences aggravées. Mais le plus âgé, âgé de 17 ans, a également porté plainte pour « tentative de meurtre », affirmant avoir été victime d’une tentative de noyade par un fonctionnaire de police. Retour sur les faits et les suites judiciaires.
La scène du ruisseau : tentative de noyade ou interpellation musclée ?
C’est la première scène à avoir été relayée massivement sur les réseaux sociaux. On y voit un policier tenter d’interpeller le lycéen de 17 ans aux abords d’un ruisseau. Avant cela, l’agent avait tenté durant plusieurs secondes de l’immobiliser dans l’eau.
Les images, prises de loin et sur lesquelles les protagonistes sont partiellement masqués par de la végétation, ne permettent pas de dire avec certitude si la tête du jeune homme a été immergée ou non. On voit ensuite le lycéen et le policier sortir du ruisseau, et c’est à ce moment que l’agent l’immobilise en vue de le menotter.
« Le policier l’a mis dans la rivière. Il lui a plongé la tête dans l’eau pour essayer de le menotter. Il y avait des bulles », raconte un lycéen à Mediapart. Il affirme que l’adolescent « s’est débattu pour sortir la tête de l’eau. À un moment, on a cru qu’il ne respirait plus ».
Le procureur de Belfort, Paul-Édouard Lallois, a martelé ce dimanche que rien n’indiquait que la tête du jeune homme ait été immergée dans le ruisseau, justifiant que celui-ci était profond de 19 centimètres au maximum. Le magistrat avait auparavant expliqué que le policier et le protestataire étaient « tombés dans le ruisseau, c’est pour ça que vous avez, à un moment donné, une scène avec le commandant à genoux dans l’eau et l’individu affalé sur l’eau ».
Selon le procureur, lorsque les enquêteurs ont demandé au suspect en garde à vue « s’il pensait que le policier avait tenté de le noyer, il a répondu par la négative ». Des faits démentis par son avocat, Me Arié Alimi, qui a accusé le procureur de mentir et dénoncé sur BFMTV des « irrégularités procédurales ».
Le passage à tabac : un policier frappé au sol
La seconde vidéo, également très relayée, s’est déroulée quelques minutes plus tard, vers 9h15. On y voit ce même policier, chef du renseignement départemental du territoire de Belfort, emmenant l’adolescent de 17 ans interpellé. Selon le procureur, il l’avait repéré comme étant l’un des casseurs participant aux jets de projectiles et aux feux de poubelles en parallèle de la mobilisation lycéenne.
On voit alors l’agent être soudainement projeté au sol par une personne vêtue de noir, qui lui assène plusieurs coups de poing au visage. Au moins deux autres personnes lui donnent ensuite des coups de pied. Le suspect âgé de 17 ans — celui qui avait été interpellé — a reconnu avoir porté « deux coups de pied à la tête » et il a « exprimé des regrets importants », selon le procureur.
« Il était KO, il bougeait plus du tout », raconte un lycéen anonyme auprès de TF1, alors que le procureur avait indiqué que le policier a subi une « brève perte de connaissance ». Il lui a été délivré huit jours d’ITT.
Qui sont les mis en cause ?
L’adolescent de 17 ans, présent dans les images du ruisseau puis dans le passage à tabac du policier, est de nationalité bulgare. Scolarisé au lycée Gustave Courbet, il n’avait aucun antécédent judiciaire. Placé en garde à vue jusqu’à ce samedi midi puis libéré sans charges retenues contre lui, il a de nouveau été interpellé et placé en garde à vue ce dimanche. Son avocat Arié Alimi a précisé qu’il parlait mal le français.
Un autre adolescent de 15 ans, en classe de première au même lycée, a également été interpellé et placé en garde à vue ce dimanche. Il n’avait pas non plus d’antécédent judiciaire.
Quelles réponses judiciaires à ce jour ?
Concernant les deux lycéens, l’enquête avait initialement été ouverte pour tentative de meurtre. Mais en l’absence d’« éléments probants » sur une intention de tuer, les deux adolescents ont finalement été mis en examen pour violences aggravées, a déclaré ce dimanche le procureur Paul-Édouard Lallois.
- L’adolescent de 17 ans a été placé en détention provisoire.
- Celui de 15 ans a été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de manifester.
De son côté, Me Arié Alimi, avocat du plus âgé, a annoncé que ce dernier avait déposé une plainte pour « tentative de meurtre » et « complicité par instigation » ce dimanche après-midi, affirmant que son client « a été victime d’une tentative de noyade par un fonctionnaire de police ».
Ce qu’il faut retenir
L’affaire de Belfort illustre la tension extrême qui entoure la mobilisation lycéenne. Deux versions s’affrontent : celle du parquet, qui minimise l’immersion et retient des violences aggravées contre les deux adolescents, et celle de la défense, qui dénonce une tentative de noyade et parle d’irrégularités procédurales. Le policier, blessé et en arrêt de travail, n’a pour l’heure pas été mis en cause par la justice, tandis que le lycéen de 17 ans est détenu et a déposé plainte contre lui. Les investigations devront désormais établir ce qui s’est réellement passé dans l’eau, puis au sol, en quelques minutes d’une matinée qui a basculé.




