À Angers, des commerçants excédés se préparent à se défendre avant la mobilisation du 24 octobre

Angers Shopkeepers Prepare to Defend Themselves

Trois jours avant l’« acte II » annoncé par les gilets jaunes et les organisations étudiantes, l’inquiétude gagne les commerçants d’Angers. Après les pillages et les dégradations du 17 octobre, certains préviennent qu’ils sont prêts à se défendre eux-mêmes si leur boutique est prise pour cible lors de la prochaine mobilisation, prévue samedi 24 octobre.

Assis à la terrasse de son bar, mercredi 21 octobre, Rode a les yeux rivés sur son téléphone. Sur l’écran défilent en boucle les images du pillage de la supérette d’en face. « Il y a dû avoir je pense une dizaine ou une vingtaine de casseurs qui sont rentrés. Ça se bousculait, ça envoyait les différents produits à l’extérieur », se souvient ce commerçant. « Ce qui était fou, c’était l’euphorie des gens. Ça a été vraiment les cris directs des « ouais, on a cassé, on a ouvert la porte ». Donc, je suis resté une trentaine de minutes avec un des responsables là-bas. On se retrouve à faire agent de sécu, médiateur, servir des verres tout en gardant le sourire. »

Un climat de violence qui a gagné les villes moyennes

Des boutiques vidées, des vitrines pulvérisées, des rideaux de fer arrachés : de Paris à Marseille, en passant par Bordeaux, la violence a aussi gagné les villes moyennes, comme ici à Angers, dans le Maine-et-Loire. Un climat lourd, qui pousse les commerçants de la ville à se préparer pour la prochaine mobilisation.

Catia, elle, va ouvrir sa boutique samedi, mais « si on voit que ça se passe mal, je ferme », dit-elle. Depuis trente ans qu’elle tient son commerce à Angers, elle n’avait jamais vu ça. « Pour une petite ville comme Angers, on devrait pouvoir maîtriser quand même. Je ne pense pas qu’on ait une très grosse « voyoucratie » ici. Mais je crois qu’on s’est laissé complètement faire », juge-t-elle.

« À un moment, on va se défendre »

Pour samedi, le mot tourne chez les commerçants. « Aujourd’hui, le problème, c’est qu’on ne va pas se laisser faire. Nous, on a travaillé toute notre vie. Moi, j’ai commencé à travailler à quatorze ans. Ça fait soixante ans que je travaille, il faut bien qu’ils se mettent ça dans la tête. À un moment, on va se défendre. J’ai ce qu’il faut », martèle un commerçant, avant de confier qu’il prépare des bocaux d’urine pour les vider sur les casseurs s’ils s’en prennent à sa boutique.

Des propos qui traduisent un ras-le-bol profond, mais qui inquiètent aussi du côté des manifestants. « J’entends qu’ils protègent leur commerce », assure Lali, qui a participé à la mobilisation du 17 octobre. La jeune femme est en troisième année de droit et présidente du bureau local de l’Unef, un syndicat étudiant. « Je comprends qu’il peut y avoir une certaine violence morale et psychologique, déplore-t-elle, mais ça reste des biens matériels. Mais, là, je pense qu’il y a un réel ras-le-bol. »

La crainte d’une démobilisation des étudiants

Le ras-le-bol est partout, même chez les étudiants. La présidente de l’Unef redoute d’ailleurs que ces derniers désertent les cortèges samedi, alors que les appels à manifester se multiplient pour l’« acte II ». Les organisations étudiantes, qui avaient appelé à descendre dans la rue le 17 octobre, craignent que les violences et les pillages ne détournent une partie des jeunes de la mobilisation.

À Angers comme ailleurs, la question de la sécurité des commerces se pose avec acuité à l’approche du 24 octobre. Le gouvernement a annoncé un dispositif de sécurité « massif » pour encadrer les prochaines mobilisations, mais les commerçants, eux, restent marqués par les images du 17 octobre et par le sentiment d’avoir été laissés sans protection.

Une inquiétude qui dépasse Angers

Le phénomène n’est pas propre à la ville du Maine-et-Loire. À Paris, plusieurs commerçants ont fait part de leur désarroi après les violences du 17 octobre, certains affirmant avoir perdu confiance en la sécurité de leur pays. Les dégradations ont touché des commerces de proximité, mais aussi des bâtiments publics, comme la mairie de Limoges, ravagée par un incendie lors des violences, et qui fait désormais l’objet d’une souscription publique pour sa sauvegarde.

Face à ce climat, les commerçants d’Angers oscillent entre résignation et volonté de se protéger par leurs propres moyens. Certains envisagent de fermer samedi, d’autres de rester ouverts mais prêts à réagir. Une chose est sûre : à trois jours de la nouvelle mobilisation, la tension est palpable dans les rues de la ville.

En résumé, après les pillages du 17 octobre, les commerçants d’Angers abordent la mobilisation du 24 octobre avec une inquiétude mêlée de colère. Si la plupart espèrent que le dispositif de sécurité annoncé suffira à protéger leurs boutiques, quelques-uns affirment déjà qu’ils sont prêts à se défendre eux-mêmes, signe d’une défiance croissante envers les pouvoirs publics et d’un ras-le-bol qui dépasse largement les seuls enjeux matériels.

PartagerWhatsAppFacebookE-mail

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *