GlobUs : le réseau pro-russe de désinformation de masse qui gangrène l’Afrique

GlobUs: Russia's African Disinformation Network Exposed

Viginum, l’agence française chargée de surveiller les ingérences numériques étrangères, vient de publier un rapport accablant sur GlobUs. Derrière l’apparence d’un club international d’experts se cache en réalité un vaste réseau de désinformation pro-russe et anti-Occidentale qui cible l’opinion publique sur le continent africain. Une machine à propagande sophistiquée, révélée par nos confrères de franceinfo, qui s’appuie sur un écosystème de comptes sociaux, des relais médiatiques locaux et des figures troubles liées à l’ancien chef de Wagner.

Un site vitrine pour masquer une opération d’influence

Sur le papier, GlobUs se présente comme un club international d’experts. Le site Internet a été ouvert il y a quatre ans, quelques mois seulement après le début de la guerre en Ukraine. On y trouve des pseudo-experts qui développent un argumentaire pro-russe et anti-Occidental. Mais selon Viginum, ce site n’est qu’un prétexte : il ne génère quasiment aucun trafic et sert surtout de façade crédible à une opération d’influence beaucoup plus large.

Car c’est côté pile que se joue la véritable bataille. GlobUs possède un écosystème tentaculaire de comptes sur les réseaux sociaux : TikTok, Facebook, Instagram et YouTube, ainsi que trois chaînes sur la messagerie cryptée Telegram. Ces canaux cumulent pas moins de 75 000 abonnés et diffusent des contenus en français et en anglais, spécialement conçus pour cibler l’opinion dans les pays africains. Une stratégie de pénétration des esprits qui s’appuie sur les codes des plateformes les plus populaires du continent.

Des relais locaux au Cameroun et au Congo Brazzaville

La force de GlobUs réside dans sa capacité à s’appuyer sur des relais locaux pour donner du crédit à ses fausses informations. Viginum identifie notamment deux pays particulièrement concernés : le Cameroun et le Congo Brazzaville.

Au Cameroun, le réseau transmet ses contenus à des journalistes, des chaînes de télévision et des sites d’information qui les reprennent ensuite. Les pseudo-experts de GlobUs sont même invités dans des émissions locales, ce qui confère à leurs propos une apparence de légitimité. Viginum décrit ce mécanisme comme une forme de « blanchiment » des récits : une fausse information diffusée par un média local devient soudainement crédible aux yeux du public.

Au Congo Brazzaville, la structure est allée encore plus loin. En août 2025, elle a ouvert une « école des médias » destinée à former de jeunes journalistes. Objectif affiché : les imprégner directement des narratifs pro-russes et anti-Occidentaux, afin qu’ils les relaient ensuite dans leurs propres productions. Une manière d’ancrer durablement l’influence russe dans le paysage médiatique local.

Dans l’ombre de Prigojine et de Wagner

Qui tire réellement les ficelles de GlobUs ? Le rapport de Viginum identifie deux personnes à la tête de la structure : Youlia Berg et Andreï Gromov. Tous deux sont présentés comme des proches d’Evguéni Prigojine, l’ancien chef de la milice russe Wagner, qui était très active sur le continent africain avant sa mort.

Le décès de Prigojine en 2023, dans un mystérieux crash d’avion, a rebattu les cartes. Selon Viginum, plusieurs structures « qui lui étaient proches » ont alors été récupérées par le gouvernement russe. Il est « probable » que GlobUs ait connu le même sort. Autrement dit, ce qui pouvait apparaître comme une opération privée liée à un oligarque serait désormais directement piloté ou supervisé par l’appareil d’État russe.

Une menace prise au sérieux par Paris

La publication de ce rapport intervient dans un contexte de vigilance accrue face aux ingérences numériques étrangères. Viginum, créée en 2021, est devenue un acteur central de la détection et de la documentation de ces opérations. Le cas GlobUs illustre la sophistication croissante de ces réseaux : sites vitrines, comptes multiples sur les réseaux sociaux, relais médiatiques locaux et formation de journalistes.

Cette affaire met également en lumière une réalité souvent sous-estimée : la désinformation ne se contente pas de circuler en ligne. Elle s’incarne dans des institutions, des médias et des formations, avec pour objectif de modifier durablement la perception des populations. En Afrique, où l’accès à l’information est parfois fragilisé, ce type d’opération trouve un terreau particulièrement fertile.

Ce qu’il faut retenir

Le rapport de Viginum dresse le portrait d’un réseau de désinformation massif, structuré et enraciné sur le continent africain. GlobUs, derrière sa façade de club d’experts, diffuse des contenus pro-russes et anti-Occidentaux via un écosystème de comptes sociaux et de relais locaux au Cameroun et au Congo Brazzaville. La structure, pilotée par des proches d’Evguéni Prigojine, aurait probablement été récupérée par l’État russe après la mort du chef de Wagner. Une illustration de plus de la manière dont la Russie étend son influence informationnelle sur le continent africain, en s’appuyant sur les médias locaux pour mieux brouiller les frontières entre information et propagande.

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