Le Rassemblement national réunit son congrès le week-end des 24 et 25 octobre à Orléans, mais l’événement ne se déroulera pas dans la quiétude espérée par la direction du parti. Ce samedi, une manifestation d’opposition au parti d’extrême droite est annoncée dans les rues de la ville, avec entre 20 000 et 30 000 participants attendus, selon les organisateurs. Parmi eux, de nombreux dirigeants de partis de gauche et de syndicats, dont Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, et Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
Un dispositif de sécurité exceptionnel
La préfecture et la municipalité ont annoncé un renforcement important des forces de l’ordre, par crainte que des éléments radicaux ne s’infiltrent dans le défilé et ne se livrent à des violences. Le maire d’Orléans a évoqué un « dispositif exceptionnel » pour encadrer à la fois le congrès et la manifestation. Marine Le Pen indique pour sa part que les pouvoirs publics lui ont donné des assurances en matière de sécurité. Mais la dirigeante d’extrême droite s’indigne que « des organisations de gauche » cherchent, selon elle, à « entraver » le congrès de son parti.
Le RN est un parti légal qui organise un événement parfaitement autorisé, ce qui n’interdit pas à des opposants politiques de défiler pacifiquement pour exprimer leur hostilité à ses idées. Ce droit de manifester, rappellent les organisateurs, est garanti par la Constitution et s’applique à toutes les formations politiques, y compris celles qui contestent aujourd’hui l’ordre républicain. La préfecture a néanmoins prévu un périmètre de sécurité autour du Palais des congrès, où se tiendra le meeting du RN, afin d’éviter tout contact entre les deux rassemblements.
Le précédent de Strasbourg en 1997
Si cette mobilisation irrite autant Marine Le Pen, c’est qu’elle rappelle un épisode que la direction du Front national, devenu Rassemblement national, croyait révolu. Au printemps 1997, le congrès du FN réuni à Strasbourg avait été éclipsé par une gigantesque manifestation. En première ligne figuraient la maire de la ville, Catherine Trautmann, et le patron du PS, Lionel Jospin, qui deviendra Premier ministre quelques semaines plus tard. Toute la gauche était présente, le défilé avait réuni plus de 50 000 personnes dans une ambiance joyeuse, festive et pacifique. Cette mobilisation avait fait enrager les cadres du FN, retranchés dans un bâtiment encerclé de forces de l’ordre.
Depuis qu’elle a succédé à son père à la tête du parti, Marine Le Pen se félicitait d’avoir vu disparaître ces mobilisations qui ont accompagné le FN pendant trente ans. Elles constituaient, à ses yeux, la preuve du succès de sa stratégie de normalisation, entreprise dès son arrivée aux commandes en 2011. Le retour de ce type de protestation l’irrite d’autant plus qu’il intervient à un moment où le parti domine la scène politique et où elle-même est donnée favorite de la présidentielle.
Un rapport de force qui a changé
Le contexte n’est évidemment plus le même qu’il y a près de trente ans. Le Rassemblement national n’est plus un parti marginal : il domine la scène politique, compte des dizaines de députés à l’Assemblée nationale et a structuré une grande partie du débat public. Marine Le Pen est aujourd’hui la favorite de la présidentielle dans de nombreux sondages. Mais cet argument est réversible : c’est précisément parce que le parti est devenu puissant et menace d’accéder au pouvoir que ses opposants jugent la mobilisation nécessaire et légitime.
Une manifestation ne fera pas baisser la candidate dans les urnes, et elle pourrait même tirer profit d’éventuelles violences si celles-ci venaient à éclater. En fait, si cette mobilisation l’exaspère, c’est plutôt parce qu’elle illustre la résurgence d’un stigmate : l’idée que ce parti n’est peut-être pas tout à fait aussi fréquentable que les autres. Le retour de vieux réflexes chez plusieurs dirigeants du RN confirme cette lecture : ces derniers jours, certains ont rappelé qu’une fois au pouvoir, ils couperaient les subventions des associations qui auront appelé à défiler contre eux.
Au vu de l’hostilité que la rue lui témoigne depuis quelques années, on se dit que si Emmanuel Macron avait agi de même, il ne resterait plus grand-chose du tissu associatif. Cette menace, proférée à quelques heures d’une manifestation, trahit moins l’assurance d’un parti sûr de sa force que la nervosité d’une formation qui n’a jamais totalement réussi à faire oublier ses origines.
Une mobilisation qui pèse sur la stratégie de normalisation
La manifestation d’Orléans s’inscrit dans une série de mobilisations qui, depuis plusieurs années, accompagnent les grands rendez-vous du Rassemblement national. Elle rappelle que la stratégie de normalisation, engagée par Marine Le Pen pour dédiaboliser le parti fondé par son père, se heurte à une limite : celle du rejet qu’une partie de la population continue d’exprimer dans la rue. Pour les organisateurs, cette journée doit démontrer que l’extrême droite reste minoritaire dans le pays, même si elle domine les enquêtes d’opinion. Pour le RN, elle constitue une contrariété dans une séquence où le parti cherchait à donner l’image d’une formation de gouvernement, apaisée et respectable.
Le congrès d’Orléans devait être l’occasion de mettre en scène cette respectabilité, entre discours programmatiques et démonstration d’unité. La manifestation de samedi vient brouiller ce message en réactivant une opposition frontale que le parti croyait avoir dépassée. Les images des deux rassemblements, diffusées en parallèle, risquent de nourrir le récit d’un pays divisé où le RN reste contesté dans la rue, malgré ses scores électoraux.
Ce qu’il faut retenir
La manifestation annoncée à Orléans ce samedi, avec 20 000 à 30 000 participants attendus, contrarie la stratégie de normalisation de Marine Le Pen en réactivant un mode d’opposition que le parti d’extrême droite pensait disparu depuis les années 1990. Si le rapport de force politique a changé et si le RN domine aujourd’hui la scène électorale, cette mobilisation rappelle que le parti reste contesté dans la rue et que sa respectabilité n’est pas acquise. Entre dispositif de sécurité exceptionnel et menaces de couper les subventions des associations opposantes, l’épisode orléanais illustre la tension persistante entre la volonté de normalisation du RN et le rejet qu’il continue de susciter.




