Lyon se prépare à une nouvelle journée de mobilisation ce samedi, tandis que les stigmates des violences du 17 octobre restent profonds. Ce jour-là, pas moins de 200 commerces du centre-ville ont été dégradés ou pillés. Pour alléger le fardeau administratif qui pèse sur les victimes, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Lyon a mis en place un dispositif inédit : un guichet unique où les commerçants peuvent déposer plainte directement, accueillis par la police nationale.
Un accueil « moins anxiogène » que le commissariat
L’initiative vise à faciliter la vie de professionnels déjà suffisamment accablés. « Cela fait gagner du temps, c’est moins anxiogène que d’aller dans un commissariat où on va attendre deux à trois heures. C’est quand même plus apaisé », explique Régis Poly, vice-président de la CCI de Lyon.
Concrètement, les sinistrés disposent d’un guichet unique, d’un numéro de téléphone et d’une adresse mail dédiés. Dans la salle d’attente, les profils sont variés : commerçants lyonnais, employés de banque, gérants de salon de coiffure. Tous ont subi les dégâts des mêmes débordements.
Banques, coiffeurs et pharmacies parmi les victimes
« On a eu des vitres cassées, des coups de marteau sur les écrans des distributeurs, tout ce qui est symbole du capitalisme : banques, agences immobilières », raconte un employé de banque venu déposer plainte.
Un gérant de salon de coiffure évoque pour sa part « beaucoup de tags, quelques vitrines ont été touchées ». Mais sa plus grande inquiétude reste « d’avoir fermé » son établissement. Depuis les violences, l’activité tourne au ralenti. « Il y a quatre coiffeurs par salon, et là, on voit qu’il y a du boulot pour un à la place de quatre. Comment ça va se passer ? Comment on peut être accompagné ? Est-ce qu’ils ont des infos à nous donner ? » s’interroge-t-il.
Une pharmacienne, elle, vient porter plainte après avoir été injuriée. Elle confie que son chiffre d’affaires a diminué de moitié depuis samedi dernier, alors qu’elle emploie 30 salariés.
Un soutien psychologique et juridique sur place
Dans les locaux de la CCI, l’association Le Mas, spécialisée dans l’aide aux victimes, a aménagé un bureau pour écouter les commerçants et recueillir leurs confidences. « Dans leur situation, en tant que personnes, ils sont victimes d’une infraction pénale. Donc, on les conseille sur les premières démarches à effectuer : aller voir le médecin traitant, faire constater leurs blessures, leur état de santé psychique », détaille Monna Zeghmar, responsable de l’association.
Les psychologues parlent de stress aigu, de troubles de l’endormissement, d’inquiétude et d’angoisse pour l’avenir, notamment en cas de réitération des infractions. « De reviviscences, c’est-à-dire le fait d’avoir des flashs, de revivre les scènes », précise-t-elle.
Des aides financières pour relancer l’activité
Au-delà de l’accompagnement humain, le soutien financier se met en place. La CCI versera 3 000 euros à chaque commerce touché. La métropole de Lyon va débloquer 10 millions d’euros au total pour venir en aide aux sinistrés.
Un vendeur de vêtements ressort réconforté : il vient d’apprendre qu’il sera éligible à ces aides. Ses deux boutiques ont été entièrement dévalisées le week-end dernier et il lui est impossible de rouvrir en l’état. Pour lui comme pour des centaines d’autres commerçants, ce guichet unique représente une première bouffée d’oxygène dans un contexte encore très tendu.
Une réponse concrète à une crise locale
Alors que la ville s’apprête à vivre une nouvelle mobilisation, la CCI de Lyon tente ainsi de transformer l’urgence en accompagnement structuré. En rapprochant dépôt de plainte, écoute psychologique et aides financières, elle offre aux commerçants un parcours simplifié, loin de la complexité habituelle des démarches post-sinistre. Une initiative qui pourrait faire des émules dans d’autres villes confrontées à des épisodes similaires.




