Les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures ce dimanche en Suède pour des élections législatives qui s’annoncent parmi les plus serrées de l’histoire du pays. À l’issue d’une campagne haletante, deux blocs se disputent le pouvoir : la coalition de droite sortante, soutenue par les Démocrates de Suède (SD, extrême droite), et le bloc de gauche emmené par les sociaux-démocrates de Magdalena Andersson. Les derniers sondages donnent les deux camps dans un mouchoir de poche, avec un écart d’à peine 0,3 point de pourcentage.
Une campagne qui s’est retournée dans les derniers jours
Longtemps donnée perdante, la majorité sortante du Premier ministre Ulf Kristersson a spectaculairement réduit l’écart dans les dernières semaines de campagne. « Un tel retournement n’a jamais eu lieu si près d’un scrutin », assure le sondeur Torbjörn Sjöström, patron de l’institut Novus, cité par Le Monde, qui date cette évolution des intentions de vote à la fin août.
Un sondage Ipsos réalisé pour le quotidien Dagens Nyheter plaçait les deux camps à quasi-égalité : 49 % pour la droite, 49,3 % pour la gauche. De quoi maintenir le suspense jusqu’à la fermeture des bureaux, prévue à 20 heures, heure à laquelle sont attendus deux sondages à la sortie des urnes.
Deux visions opposées pour la Suède
Magdalena Andersson, cheffe de file des sociaux-démocrates au caractère bien trempé, espère un retour au pouvoir après près de quatre ans dans l’opposition. Après avoir voté de bon matin dans un gymnase de sa commune de Nacka, accompagnée de son mari, elle a résumé l’alternative soumise aux électeurs : « Voulons-nous un gouvernement entièrement dominé par les Démocrates de Suède, ou voulons-nous un gouvernement dirigé par moi, qui conduira la Suède dans un nouvel esprit de coopération ? »
Face à elle, Ulf Kristersson, 62 ans, a promis de faire entrer le parti d’extrême droite au gouvernement en cas de victoire. Déjà allié avec les Démocrates de Suède au Parlement depuis 2022, le conservateur entend obtenir quatre années supplémentaires pour « rendre à la Suède sa grandeur », une formule qui n’est pas sans rappeler le slogan de Donald Trump.
« Autrefois, nous étions surtout connus pour nos fusillades et nos meurtres quotidiens. Aujourd’hui, nous sommes reconnus pour nos entrepreneurs à la réussite fulgurante », a plaidé le Premier ministre sortant auprès de l’AFP, défendant son bilan de fermeté sur l’immigration et de lutte contre la criminalité, les deux axes majeurs de son mandat.
L’extrême droite réclame des ministères
Jimmie Åkesson, patron des Démocrates de Suède, n’a pas caché son ambition. « Nous avons déjà gagné ! » a-t-il lancé à ses partisans samedi soir. « La Suède est en train de devenir plus sûre, meilleure, plus suédoise », a martelé ce quadragénaire aux cheveux gominés, principal architecte de la dédiabolisation d’un parti aux racines néonazies, qui a su imposer une partie de son agenda et de ses obsessions.
Après avoir pesé depuis le Parlement, il réclame désormais une flopée de postes ministériels en cas de victoire de la droite. Une perspective qui inquiète au-delà des frontières suédoises.
Une image internationale en jeu
Quelques jours après la victoire fracassante de l’extrême droite lors d’un scrutin régional en Allemagne, l’entrée des Démocrates de Suède au gouvernement pourrait miner l’image du pays scandinave, longtemps perçu comme le champion des droits humains, assurent des experts cités par The Guardian.
John Stauffer, directeur juridique de Civil Rights Defenders, se dit « préoccupé » à l’idée que le gouvernement « poursuive son objectif clair de réduire encore le nombre de personnes arrivant en Suède » ou « pouvant bénéficier d’une protection ». Il craint aussi qu’un exécutif de droite reconduit ne fasse quitter la Suède au « plus grand nombre possible de personnes issues de l’immigration », que ce soit « volontairement » ou « de force ».
Le pari risqué de la droite classique
Les spécialistes cités par Le Monde notent toutefois que les partis de droite classique et du centre pourraient payer dans les urnes leur virage droitier et leur main tendue aux Démocrates de Suède. Annoncer dès mars qu’ils étaient prêts à confier un portefeuille ministériel à l’extrême droite, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent, a été une « erreur stratégique » du centre droit, estime le sondeur Torbjörn Sjöström.
La participation est traditionnellement très élevée dans ce pays nordique de 10,6 millions d’habitants, ce qui pourrait jouer un rôle décisif dans un scrutin où chaque voix compte.
Ce qu’il faut retenir
Les législatives suédoises de ce dimanche s’annoncent comme l’un des scrutins les plus serrés jamais organisés dans le pays. Entre le retour espéré de la gauche au pouvoir et l’entrée inédite de l’extrême droite au gouvernement, l’issue du vote pourrait transformer durablement la politique suédoise et l’image internationale d’un pays longtemps considéré comme un modèle de progressisme. Les premiers résultats sont attendus dans la soirée, à partir de 20 heures.


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