La colère dans la rue trouve un large écho dans l’opinion. Alors que la rentrée a été marquée par une succession de mouvements sociaux, du blocage des lycées à la mobilisation contre la vie chère à laquelle s’est jointe l’intersyndicale ce jeudi, les Français se retrouvent majoritairement dans les raisons de cette contestation. C’est ce que révèle un sondage YouGov pour Le HuffPost, mené entre le 2 et le 5 novembre auprès de 1 024 personnes représentatives de la population nationale âgée de 18 ans et plus.
Un soutien qui traverse tout le spectre politique
Premier enseignement marquant : près de huit Français sur dix (77 %) jugent ces mobilisations « justifiées ». Une appréciation qui dépasse largement les frontières partisanes, puisque même les sympathisants du bloc central et de la droite légitiment à 60 % les causes pour lesquelles des centaines de milliers de citoyens se mobilisent depuis le mois de septembre. Un chiffre qui traduit une forme de désaveu sévère à l’égard du bilan de l’exécutif sur les questions soulevées dans ces mouvements.
Plus encore, près de six Français sur dix (57 %) portent un avis favorable sur ces mouvements sociaux. Ce soutien majoritaire se retrouve dans l’ensemble des classes d’âge, et dans des proportions étonnamment similaires. Les plus jeunes (18-34 ans) approuvent ainsi le mouvement à 60 %, contre 58 % chez les 35-54 ans et 55 % chez les seniors. Une unanimité générationnelle qui fait écho à la composition des cortèges, où se côtoient désormais lycéens, étudiants, actifs et retraités.
Les violences massivement condamnées, mais un clivage politique persistant
Si la cause est largement soutenue, les débordements qui ont émaillé certaines manifestations sont en revanche fermement rejetés. Pas moins de 71 % des sondés déclarent ne pas comprendre ni approuver les violences et dégradations commises en marge des défilés, contre seulement 27 % qui disent les comprendre.
Ce rejet cache toutefois un véritable clivage politique. Sans approuver majoritairement ces exactions, les sympathisants de gauche affirment à 55 % les comprendre. À l’inverse, les autres composantes du spectre politique, de la droite à l’extrême droite, affirment à près de 90 % ne pas les comprendre ni les approuver.
La réponse policière divise profondément
La question de l’attitude des forces de l’ordre fait elle aussi débat. Alors que des images d’affrontements entre policiers et manifestants ont été largement diffusées et que le sujet des violences policières est revenu dans l’espace public, 43 % des Français jugent l’action des forces de l’ordre pas assez ferme, contre 26 % qui la trouvent trop ferme et 20 % adaptée.
Là encore, les sensibilités politiques dessinent des lignes de fracture nettes. Les sympathisants de gauche estiment la réponse policière « trop ferme » à 57 %, quand ceux de la droite, du centre et de l’extrême droite pensent au contraire majoritairement, aux alentours de 70 %, qu’elle n’est pas assez forte. Au global, les Français semblent considérer que le dispositif mis en place par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, n’est pas proportionné aux événements.
L’exécutif sous pression
Ce climat social bouillonnant pousse l’exécutif à réagir. Le gouvernement semble avoir pris la mesure de la nécessité d’apporter une réponse politique forte. Ce lundi 9 novembre, Sébastien Lecornu reçoit les membres de l’intersyndicale à Matignon pour une conférence sociale consacrée au pouvoir d’achat et aux salaires. Une manière de tenter d’apaiser une grogne qui, selon les chiffres du sondage, dépasse largement les rangs des seuls militants.
Ce qu’il faut retenir
Le message adressé par l’opinion est clair : les mobilisations sociales bénéficient d’un soutien massif et intergénérationnel, tandis que les violences qui les accompagnent sont largement condamnées. Entre légitimation des causes et rejet des débordements, les Français expriment surtout une profonde attente de réponse politique sur les questions de pouvoir d’achat et de salaires, à laquelle l’exécutif est désormais sommé de répondre.




