Le patron de SpaceX a accusé l’Ukraine d’avoir violé les conditions d’utilisation du réseau satellitaire Starlink, dans un message posté dimanche 25 octobre. Selon le milliardaire, les forces de Kiev auraient utilisé le service à des fins offensives, ce que le gouvernement ukrainien rejette catégoriquement. Cette nouvelle passe d’armes intervient dans un contexte de tensions croissantes entre l’Ukraine et l’entreprise américaine, dont le réseau constitue une infrastructure critique pour l’armée ukrainienne.
Un accès bridé au-delà de 160 km/h
Depuis le 14 octobre, l’Ukraine se plaint d’une limitation de la vitesse des terminaux Starlink au-delà de 160 km/h, ce qui entrave notamment ses capacités à utiliser certains drones. Concrètement, les appareils militaires ukrainiens, notamment les drones aériens, perdent leur connexion s’ils dépassent cette vitesse.
« Les conditions d’utilisation de Starlink sont restées cohérentes : il s’agit d’un système civil, et non d’un moyen de tuer », a écrit Elon Musk. « L’armée ukrainienne a violé les conditions d’utilisation de Starlink et l’a utilisé pour des frappes de drones offensives visant à tuer des personnes. Cette faille a été corrigée la semaine dernière. »
Le patron de SpaceX n’a pas livré davantage de détails sur les éventuelles infractions constatées au sein du service commercial Starlink. Il a par ailleurs rappelé l’existence de sa version militaire, « Starshield, un système différent contrôlé par le gouvernement américain », au sein notamment du Pentagone. « Ce qu’ils décident de faire leur appartient. »
« L’avantage qu’offre Starlink réside précisément dans sa capacité à maintenir un contrôle sur de longues distances, constituant ainsi un outil efficace contre des cibles mobiles », souligne Mykhaïlo Liouksikov, rédacteur en chef du site ukrainien Militarniï.
Kiev rejette les accusations et défend son usage
Kiev a rejeté les accusations formulées par Elon Musk. Serhiï « Flash » Beskrestnov, conseiller technologique de Volodymyr Zelensky, a notamment rappelé que Starlink et Starshield étaient désactivés en Russie, et que les terminaux Starlink étaient soumis à une vitesse de déplacement depuis l’hiver 2026.
« Nous ne pouvons pas, physiquement, utiliser Starlink à des fins commerciales pour des frappes de longue et moyenne portée », a-t-il assuré.
Les drones de longue portée fonctionnent aujourd’hui avec « des systèmes de navigation inertielle et d’autres dispositifs, en suivant des itinéraires préprogrammés », explique le journaliste Mykhaïlo Liouksikov. Mais les services de SpaceX permettent en revanche de mener des opérations en territoire ukrainien occupé, à moyenne portée. Une unité militaire avait ainsi signalé des pertes de connexion et l’annulation de certaines missions près d’une localité de la région de Zaporijjia.
Des sources au sein du ministère de la Défense ont annoncé samedi la reprise des communications à des vitesses supérieures à 161 km/h. Le ministre de la Défense ukrainien, Yevhen Khmara, a par ailleurs signalé que le système Starlink/Starshield fonctionnait de façon stable au-delà de 400 km/h.
Un enjeu stratégique majeur pour l’armée ukrainienne
Ce service constitue la colonne vertébrale de la majorité des opérations conduites par les forces ukrainiennes. Les pilotes des hélicoptères de l’armée utilisent entre autres Starlink pour le guidage des cibles, notamment des drones Shahed, en lien avec les officiers au sol, a expliqué le porte-parole de l’armée de l’Air, Iouri Ignat, au cours d’un podcast.
À terme, Kiev souhaiterait également exploiter ce service pour contrer les nouvelles versions à réaction du Shahed, bien plus rapides. « L’utilisation de Starlink pour ces futurs drones intercepteurs à réaction ne sera plus possible si la vitesse est bridée. C’est pour ça qu’on a besoin de Starshield, avant tout pour protéger notre espace aérien contre ces menaces. »
Volodymyr Zelensky réclame par ailleurs l’ouverture de l’espace aérien russe aux services de Starlink/Starshield, afin de frapper les lanceurs de missiles balistiques. Sauf qu’« Elon Musk ne veut pas », a constaté le président ukrainien, cité par le média ukrainien NV. Cette demande fait désormais partie des trois requêtes exigées par l’Ukraine en échange d’un arrêt des frappes contre les raffineries russes. Volodymyr Zelensky réclame également la livraison de missiles intercepteurs Patriot et la signature d’un cessez-le-feu énergétique durable avec Moscou.
Un positionnement fluctuant de la part d’Elon Musk
Elon Musk a changé plusieurs fois de position sur l’Ukraine depuis 2022, mais il a toujours affirmé que les éventuels dysfonctionnements relevaient de la responsabilité du gouvernement américain, et non de sa société SpaceX.
« Celle-ci a fait bien plus pour la défense de l’Ukraine que n’importe quelle autre entreprise privée au monde », a-t-il ajouté. « Si Starlink devait être désactivé, la ligne de front ukrainienne s’effondrerait immédiatement. »
Cette déclaration illustre l’ambiguïté d’une relation où SpaceX se présente à la fois comme un fournisseur essentiel pour Kiev et comme un acteur soucieux de préserver la nature civile de son service. Entre impératifs commerciaux, considérations éthiques et pressions géopolitiques, le dossier Starlink demeure l’un des points de friction les plus sensibles entre l’Ukraine et ses partenaires technologiques.
En définitive, cette controverse met en lumière la dépendance critique de l’armée ukrainienne à un service privé dont les conditions d’utilisation font l’objet d’interprétations divergentes. Si Kiev conteste fermement les accusations de violations, la question de l’usage militaire d’une infrastructure civile reste au cœur d’un débat qui dépasse largement le cadre technologique.




