Le Burkina Faso a suspendu tous les concours de beauté et lancé un concours scientifique réservé aux jeunes filles, une initiative portée par le capitaine Ibrahim Traoré pour promouvoir les filières techniques et renforcer la souveraineté technologique du pays. Quinze lauréates ont été récompensées cet automne sur 84 candidates, toutes sélectionnées sur leurs résultats scolaires.
Une rupture avec les critères de beauté importés
Le ministère de la Culture a décidé de suspendre l’ensemble des concours de beauté dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, le temps de revoir le « cadre réglementaire » de ces événements. L’objectif affiché : se libérer des critères dictés par d’autres pays, à savoir être grande, mince, la peau claire, les cheveux lisses et parler français.
Les autorités burkinabè souhaitent davantage mettre en valeur la femme du pays avec ses formes, ses cheveux crépus, son dialecte et surtout ses compétences au-delà du physique. Cette réorientation s’inscrit dans une volonté plus large de valoriser une identité nationale affranchie des standards étrangers.
Alors que la France s’apprête à couronner sa prochaine Miss France à la fin de l’année 2026 au terme d’un spectacle télévisé en grande pompe, le Burkina Faso, lui, n’aura pas de Miss cette année. Un symbole fort pour ce régime militaire arrivé au pouvoir il y a quatre ans.
Quinze lauréates récompensées par le président
Le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, a lui-même pris en main cette nouvelle impulsion en lançant un concours scientifique pour les jeunes filles cet automne. Les majors en mathématiques, chimie et physique ont pris la place des miss.
Quinze lauréates ont été récompensées sur 84 candidates, des jeunes bachelières sélectionnées sur leurs résultats. Après avoir passé une semaine immersive au lycée scientifique national, elles ont planché sur des épreuves dans différents domaines. Les lauréates ont ensuite été reçues par le président.
L’objectif est double : pousser les filles vers les filières scientifiques et cultiver le patriotisme. « Au-delà des statistiques qui font que beaucoup de jeunes filles partent vers les filières littéraires, nous avons des objectifs stratégiques », assure le dirigeant burkinabè.
Un vivier féminin au service de la transformation industrielle
Le pouvoir entend développer son pays par la technologie et encourage les enseignants à « changer les mentalités de la jeunesse ». Ce vivier féminin doit servir à porter la transformation industrielle du pays et accélérer son autonomie technologique.
Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire il y a quatre ans, la politique du régime s’oriente vers un seul but : retrouver la souveraineté dans tous les secteurs. Ce concours scientifique est un pas de plus, quitte à contrôler davantage les consciences et les corps.
Si l’intention de départ est à saluer, elle est à double tranchant. Certains observateurs y voient une émancipation par les sciences, d’autres une mainmise accrue de l’État sur la jeunesse. Le concours sera ouvert aux garçons en 2027.
Une portée symbolique au-delà des frontières
Cette initiative intervient dans un contexte régional où plusieurs pays sahéliens cherchent à s’affranchir des modèles culturels occidentaux. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, multiplient les gestes de rupture avec les anciennes puissances coloniales.
Le remplacement des concours de beauté par une compétition scientifique s’inscrit dans cette dynamique. Il s’agit moins d’interdire la célébration de la beauté que de déplacer le regard de la société vers d’autres formes d’excellence, jugées plus utiles à la construction nationale.
Reste que la mesure soulève des questions sur la place laissée à la liberté individuelle et sur la frontière entre encouragement et contrôle des vocations. Les prochaines éditions, notamment l’ouverture aux garçons en 2027, permettront de mesurer si ce concours s’installe durablement dans le paysage éducatif burkinabè.
Ce qu’il faut retenir
Le Burkina Faso tourne la page des concours de beauté pour promouvoir les sciences auprès des jeunes filles. Quinze bachelières ont été distinguées cet automne sur 84 candidates, dans le cadre d’une politique qui vise à la fois l’émancipation féminine par les filières techniques et la souveraineté technologique du pays. Si l’ambition est saluée, la démarche reste ambivalente, entre valorisation des compétences et renforcement du contrôle étatique sur la jeunesse.




