Bobigny : des mineurs détenus dans des conditions « indignes » au dépôt du tribunal

Bobigny: Lawyers Denounce Inhumane Detention of Minors

Des cellules sales et froides, pas de matelas, des couvertures de survie pour seul équipement et des bouteilles d’urine laissées par de précédents occupants. C’est le tableau dressé par le barreau de Seine-Saint-Denis, qui a dénoncé ce mercredi 21 octobre les conditions « indignes » dans lesquelles dix-sept mineurs ont passé la nuit du mardi au mercredi au dépôt du tribunal judiciaire de Bobigny, après leur interpellation en marge du mouvement lycéen ou de pillages survenus ce week-end.

Le procureur reconnaît des conditions « pas acceptables »

En soirée, après une réunion avec les représentants du barreau, le procureur de la République de Bobigny, Alexandre de Bosschère, a fini par admettre l’évidence. « Force est de constater que ces mineurs n’ont pas pu être accueillis au cours de la nuit au dépôt de Bobigny dans des conditions acceptables », a-t-il concédé dans un communiqué.

Le magistrat s’est engagé à veiller à ce « que les présentations de nuit de mineurs soient strictement limitées à des situations exceptionnelles, comme prévu lors de l’engagement pris en 2025 ». Il a par ailleurs annoncé que l’utilisation nocturne des cellules individuelles destinées aux mineurs, jugées « trop petites pour cet usage », était désormais interdite.

Un rapport accablant

L’alerte avait été donnée à la mi-journée par le barreau, ordre professionnel représentant plus de 670 avocats. Quatre membres du Conseil de l’ordre, délégués par la bâtonnière Sandrine Beressi, s’étaient rendus sur place très tôt, avant 7h30, pour constater l’état des lieux.

Leur conclusion est sans appel : les dix-sept mineurs ont passé la nuit « dans des conditions inacceptables ». « La fermeté ne saurait justifier qu’on prive des enfants de leur dignité », a estimé le barreau dans son rapport, consultable en ligne et accompagné de photographies.

Les avocats ont relevé de nombreux manquements :

  • « Aucun matelas pour aucun d’entre eux, alors que des cellules collectives étaient vides »
  • « Le froid, avec des tremblements chez au moins trois mineurs, des couvertures de survie pour seul équipement »
  • « Des cellules sales, avec des déchets et bouteilles d’urine laissés par de précédents occupants »
  • « Des banquettes trop courtes pour s’allonger » pour certains grands adolescents

Dans la cellule 27, deux mineurs apparaissaient allongés côte à côte à même le sol d’une étroite cellule carrelée. « Deux couvertures de survie sont disponibles, les deux indiquent avoir mangé des sandwichs, aucun kit d’hygiène n’a été proposé, un a vu un médecin », précisait le rapport.

La défense du parquet

Le procureur a toutefois apporté une nuance sur les clichés les plus édifiants. Selon lui, « les photographies présentant deux mineurs allongés dans une cellule individuelle avaient été prises après le début des opérations matinales de nettoyage, qui contraignent les policiers à regrouper les personnes déférées ».

Alexandre de Bosschère a également justifié l’afflux nocturne : « la présentation au dépôt de nuit de 17 mineurs, chiffre très exceptionnel, s’explique par l’implication de 14 d’entre eux dans une seule et même procédure, pour des faits de vol aggravé dans un commerce de Saint-Denis », a-t-il argué, évoquant la nécessité d’investigations approfondies et d’un défèrement.

Un dépôt déjà au cœur d’un scandale

La vétusté de ce dépôt, situé au sous-sol du palais de justice, est connue de longue date. Des travaux de construction de nouveaux locaux doivent débuter en novembre, à la faveur de l’extension du tribunal.

Il y a un an, ce même lieu avait été l’objet d’un scandale retentissant : une jeune femme avait accusé deux policiers de l’y avoir violée, de nuit. La procureure de Paris, Laure Beccuau, avait confirmé l’existence d’une vidéo montrant un acte sexuel, faisant partie d’« un certain nombre d’éléments » qui « corroborent » les déclarations de la plaignante. Les deux fonctionnaires avaient été mis en examen à Paris et écroués le 1er novembre 2025 pour viols et agressions sexuelles par personne abusant de l’autorité conférée par ses fonctions.

À la suite de cette affaire, « le parquet s’était engagé à ce qu’aucun mineur n’y passe la nuit, sauf circonstances exceptionnelles », a rappelé le barreau mercredi.

La circulaire Darmanin en ligne de mire

Pour les avocats, la situation dénoncée est « la conséquence directe » de la circulaire adressée le 2 octobre par le ministre de la Justice Gérald Darmanin aux procureurs, qui les a appelés à une « réponse pénale ferme et rapide ».

Dans la matinée, aux cris de « libérez nos élèves », quelque 200 manifestants s’étaient réunis devant le tribunal pour dénoncer les interpellations d’une vingtaine de mineurs. Me Elsa Marcel, avocate « des lycéens en garde à vue depuis dimanche » et porte-parole de l’organisation d’extrême gauche Révolution permanente, s’est félicitée sur Instagram de la remise en liberté de « tous » les mineurs : « Ils ont enfermé tellement de jeunes dans ce dépôt qu’au final (…) ils n’ont pas réussi à les présenter devant un juge dans les délais réglementaires, donc ils sont tous sortis en même temps », a-t-elle écrit.

Ce qu’il faut retenir

L’affaire de Bobigny met en lumière les limites matérielles d’un système judiciaire sommé d’appliquer une politique de fermeté accrue, alors même que ses infrastructures d’accueil ne répondent plus aux exigences élémentaires de dignité. Entre la reconnaissance par le parquet de conditions « pas acceptables », l’engagement de limiter les présentations nocturnes de mineurs et la promesse de travaux attendus depuis des années, les annonces se succèdent. Reste à savoir si elles suffiront à empêcher qu’une nouvelle nuit de dérive ne se reproduise dans les sous-sols du tribunal de Bobigny.

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