Trump qualifie Le Pen de « voix conservatrice » sans lui apporter son soutien pour 2027

Trump Calls Le Pen 'Conservative Voice' But Stops Short of Endorsement

Donald Trump a présenté mardi 20 octobre Marine Le Pen comme la « voix conservatrice » en France, dans un contexte de violences qui secouent le pays, sans toutefois aller jusqu’à apporter un soutien officiel à la candidate d’extrême droite en vue de l’élection présidentielle de 2027. Interrogé dans le Bureau ovale par un journaliste de l’AFP, le président américain a répondu : « Je ne la connais pas, je ne l’ai pas rencontrée, mais je pense qu’elle a été mal traitée. Cela me ferait penser à une instrumentalisation. »

Des compliments à double tranchant

Le locataire de la Maison-Blanche s’est ensuite livré à une analyse de la situation politique française. « Il me semble, vous savez, qu’elle était en tête. Mais après ça (les violences), elle est clairement… c’est elle la voix conservatrice », a-t-il déclaré. Ces propos interviennent alors que la France connaît une vague de troubles qui a conduit le président américain à multiplier les déclarations ces derniers jours.

Lors de la condamnation en première instance de Marine Le Pen en mars 2025 à une peine d’inéligibilité de cinq ans pour détournement de fonds publics, Donald Trump avait déjà dénoncé une « chasse aux sorcières » menée selon lui par des « gauchistes européens qui se servent de l’arme judiciaire pour faire taire la liberté d’expression ». La peine de la candidate du Rassemblement national a depuis été réduite à quinze mois, déjà purgés, ce qui lui permet de concourir à la présidentielle de 2027, pour laquelle elle est l’ultra-favorite des sondages.

Le soutien encombrant de l’extrême droite internationale

Elon Musk, très impliqué dans les élections en Europe et accusé d’ingérence, avait de son côté déclaré en juillet dernier que Marine Le Pen était « le dernier espoir de la France ». Mais du côté de la principale intéressée, le soutien affiché à Donald Trump reste très tempéré, contrairement à certains de ses alliés d’extrême droite en Europe, bien plus enthousiastes qu’elle.

Après avoir déclaré en 2016 que l’élection de Donald Trump était « une bonne nouvelle » pour la France, Marine Le Pen s’était montrée plus sobre en 2024, lui adressant ses « vœux de succès » et déclarant que « la démocratie américaine s’est clairement exprimée et les Américains se sont donné en toute liberté le président qu’ils ont choisi ». Plus récemment, elle s’est également montrée plus critique du président américain, notamment pour son intervention en Iran — « Il fait l’inverse de ce qu’il avait promis », a-t-elle déclaré en juin dernier — et avait dénoncé des propos « très insultants » de Donald Trump envers la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni.

Elle se retrouve toutefois avec le président américain sur d’autres sujets, notamment l’aide à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. La candidate du Rassemblement national à la présidentielle a affirmé qu’elle la « maintiendrait durant six mois » après son élection avant de la couper, « car nous n’avons plus les moyens de le faire ».

Un soutien politiquement gênant en France

En avril 2025, après sa condamnation en première instance, le directeur de recherche pour l’institut de sondage Ipsos, Mathieu Gallard, expliquait pourquoi le soutien de Donald Trump était « très gênant » pour Marine Le Pen. « Il n’a pas échappé aux dirigeants du RN que Donald Trump est très impopulaire en France. Les différentes dimensions de sa politique, à l’international, sur l’Ukraine, ses propos sur Gaza, sa stratégie commerciale ou même tous les aspects sociétaux, sont largement rejetés dans l’opinion publique », analysait-il.

Le contexte français agite la Maison-Blanche

La situation en France agite beaucoup le président américain ces derniers jours. Il s’est saisi à plusieurs reprises des pillages et émeutes qui ont secoué le pays pour amplifier sa rhétorique anti-immigration avant les élections de mi-mandat en novembre, mal engagées pour le Parti républicain en raison de la forte inflation. En meeting lundi dans le Kansas, il a commencé par un long développement consacré à la France, selon lui « prise d’assaut, pillée et incendiée par des migrants, des jihadistes et des communistes ». « Les migrants ont conquis la France. Ils doivent FERMER LES FRONTIÈRES, ET VITE », avait-il auparavant écrit lundi sur son réseau Truth Social.

En définitive, Donald Trump a adressé à Marine Le Pen un compliment à double tranchant : s’il la consacre comme « voix conservatrice » de la France, il n’a pas franchi le pas d’un soutien officiel pour 2027. Un positionnement ambigu qui illustre la relation prudente entre la candidate d’extrême droite et le président américain, dont la popularité reste très faible dans l’opinion française. La dirigeante du Rassemblement national, elle, continue de cultiver la distance avec un allié encombrant, tout en partageant certaines de ses positions sur des dossiers internationaux sensibles.

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