Une voix dissonante parmi les soutiens d’Emmanuel Macron. Alors que l’exécutif s’est jusqu’ici enfermé dans une réponse essentiellement sécuritaire, la présidente de l’Assemblée nationale a tenu à rappeler, mardi 20 octobre sur France Inter, que les centaines de milliers de Français descendus dans la rue le 17 octobre portaient des revendications légitimes qui ne sauraient être éclipsées par les scènes de violence.
« Il ne faudrait pas que les questions très légitimes autour du maintien de l’ordre éclipsent les revendications des manifestants », a déclaré Yaël Braun-Pivet, revendiquant « une parole libre ». Elle a souligné que « des centaines de milliers de nos compatriotes ont manifesté pacifiquement dans toute la France » et insisté : « Il faut les entendre. »
Des cortèges hétéroclites réunis contre la vie chère
Organisés dans de nombreuses villes de France, les défilés du 17 octobre rassemblaient entre 550 000 et 800 000 personnes selon les sources, réunissant étudiants, gilets jaunes, agriculteurs et bien d’autres. Au-delà de leur diversité, ces cortèges reposaient globalement sur la lutte contre « la vie chère » et la défense des services publics.
« Le job des hommes et des femmes politiques est d’écouter les Français et d’agir pour leur apporter des réponses », a estimé la présidente de l’Assemblée nationale, rappelant que les manifestants s’étaient rassemblés bien avant que n’éclatent les scènes de chaos qui ont marqué la fin de la journée.
Un message adressé au gouvernement
Mais c’est surtout au gouvernement que Yaël Braun-Pivet s’est adressée. Selon elle, « il faut apporter des réponses aux lycéens et aux étudiants ». Et de lister les revendications principales : « Parcoursup, les profs absents, l’immobilier, l’orientation… Il ne faut pas oublier ces sujets de fond. »
Une position qui tranche avec l’attitude adoptée jusque-là par l’exécutif, centré sur le retour de l’ordre, quitte à négliger les réponses concrètes. Tout juste le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a-t-il annoncé, le 8 octobre, le déploiement de « 3 000 enseignants remplaçants » ainsi que la mise en place d’une plateforme sur laquelle les élèves sont invités à retranscrire leurs revendications.
Une « jeunesse déboussolée »
« On a une jeunesse complètement déboussolée. Il faut leur donner de l’espoir, il faut en prendre soin, on ne les accompagne pas suffisamment », a jugé Yaël Braun-Pivet. Elle regrette « qu’on fasse comme si toutes les préoccupations et les problématiques avaient disparu » avec les violences.
La présidente de l’Assemblée nationale rappelle en outre que le moment est propice pour parler « de questions budgétaires » liées à l’Éducation nationale, alors que les députés examinent actuellement le budget pour 2027. Un calendrier qui rend d’autant plus urgente, selon elle, la prise en compte des attentes exprimées dans la rue.
Vers une commission d’enquête parlementaire
Yaël Braun-Pivet défend par ailleurs l’idée d’une commission d’enquête parlementaire qui permettrait, selon elle, de faire la lumière sur « la faillite » et « l’échec » du maintien de l’ordre le 17 octobre. « Les images que l’on a vues ce week-end m’ont choquée terriblement », exprime-t-elle.
La proposition devait être présentée en Conférence des présidents dès mardi à 10 h 30. Une initiative qui vise à établir les responsabilités dans la gestion des manifestations, sans pour autant occulter, insiste la présidente de l’Assemblée, les motifs qui avaient conduit ces manifestants dans la rue.
Ce qu’il faut retenir
En prenant publiquement la défense des revendications portées par les manifestants du 17 octobre, Yaël Braun-Pivet se démarque de la ligne essentiellement sécuritaire du gouvernement. Elle appelle à répondre aux préoccupations concrètes des lycéens et des étudiants — Parcoursup, enseignants absents, immobilier, orientation — tout en soutenant la création d’une commission d’enquête sur les défaillances du maintien de l’ordre. Un double message : ne pas laisser les violences effacer les attentes sociales, et faire toute la lumière sur les ratés du dispositif policier.




