Poissy : après l’annulation de la municipale, les habitants redoutent « plusieurs mois d’incertitude »

Poissy Residents Fear Months of Uncertainty After Vote Annulled

Le Tribunal administratif de Versailles a annulé, le 8 octobre 2026, l’élection de Sandrine Berno Dos Santos à la tête de la mairie de Poissy (Yvelines). Une décision qui fait suite au recours déposé par Mathieu Paranthoën, candidat de gauche de la liste Mieux Vivre Poissy, et qui plonge désormais la cité Saint-Louis dans une attente faite d’interrogations et de lassitude.

Sur le marché de Poissy, en ce 16 octobre 2026, la question suffit à lancer le débat. Un soupçon d’incompréhension, une bonne dose d’interrogations : les Pisciacais ne cachent pas leurs sentiments. Si la maire a fait appel de la décision et que le Conseil d’État doit encore trancher, au sein de la ville, on se prépare déjà à retourner aux urnes.

« Le gagnant de tout ça, c’est Karl Olive »

La décision fait suite au recours déposé par Mathieu Paranthoën le 27 mars 2026. Crédité de 9,56 % des voix au premier tour, il accusait Maxime Legrand, de la liste Poissy Debout !, également prétendant de la gauche (3,49 % des voix), de « manœuvres frauduleuses ». Si la justice a estimé que ces torts auraient eu un impact important sur les résultats du premier tour, certains habitants restent sceptiques.

« Pour être honnête, j’ai du mal à croire que Mathieu Paranthoën puisse devenir maire de Poissy, explique Emmanuel, 31 ans. Si la justice lui donne raison, c’est normal que la décision soit appliquée. Mais politiquement, je ne suis pas convaincu que ça change grand-chose pour lui. La vraie perdante dans l’histoire, c’est la maire. Et le gagnant de tout ça, c’est son principal adversaire, Karl Olive », ajoute son ami Joachim, qui redoute une redistribution complète des voix.

« On va devoir repartir dans une campagne, entendre à nouveau les mêmes arguments et faire face à plusieurs mois d’incertitude. Si les habitants ont voulu maintenir leur confiance dans l’équipe actuelle, je ne vois pas pourquoi ce recours suffirait à renverser la situation. »

Mathieu Paranthoën se défend

De son côté, Mathieu Paranthoën a défendu sa démarche par le biais d’un communiqué publié sur Facebook ce 16 octobre, après l’annulation du scrutin. « Certaines personnes nous reprochent vivement cette décision, a assuré le candidat de gauche. Le motif avancé est le coût de l’organisation de cette élection, comparé à l’hypothèse que nous n’obtiendrions pas la majorité au conseil municipal en cas de nouvelle élection. Ceci n’est pas sérieux. »

Et d’ajouter : « Il serait sûrement plus judicieux d’adresser ce reproche au candidat qui a commis, d’après le Tribunal administratif, des manœuvres frauduleuses durant la campagne. Supposons que cette nouvelle élection ne nous permette d’obtenir que quelques sièges au conseil municipal. Cela signifierait malgré tout que le conseil municipal de Poissy disposerait d’une véritable opposition politique. »

« La responsabilité revient plutôt à Maxime Legrand »

Alain partage le même constat. Pour l’homme de 54 ans, qui habite la cité Saint-Louis depuis 12 ans, c’est justement le travail de la justice que de vérifier le bon respect des règles afin que le résultat soit incontestable. « Je ne comprends même pas pourquoi on lui reprocherait d’avoir utilisé un recours légal, s’offusque-t-il. Si le tribunal a décidé d’annuler le scrutin, c’est qu’il y avait des éléments suffisamment sérieux pour prendre cette décision. »

« À mes yeux, la responsabilité de cette situation revient plutôt à Maxime Legrand. Après, il faudra que les choses soient clarifiées et que chacun assume ses actes. Ce qui compte, c’est que pour les prochaines élections, les habitants puissent voter en ayant la certitude que leur choix sera respecté. »

« Les élus sont plus investis à se faire la guerre qu’à travailler leurs projets »

De son côté, Carine, 67 ans et habitante de Poissy depuis près de 10 ans, fait le dos rond. Elle estime que « tout le travail réalisé à Poissy passe au second plan. Je pense notamment aux écoles, aux activités proposées aux jeunes et aux animations organisées dans la ville », ajoute-t-elle.

Pour la sexagénaire, les « querelles entre élus » sont à relativiser et font partie du paysage politique. « L’annulation des élections, ça crée forcément des interrogations, mais je ne voudrais pas que les habitants finissent par penser que tout est mauvais à Poissy. »

« Je trouve dommage que les élus soient plus investis à se faire la guerre qu’à travailler leurs projets. Maintenant, il faut que la justice fasse son travail et que les habitants puissent se faire leur propre opinion. »

La présidentielle 2027 dans le viseur

Pour le moment, il est difficile de connaître la suite du calendrier de cette affaire, le délai réglementaire imparti pour faire appel étant de 30 jours minimum. Ensuite, l’appel de Sandrine Berno Dos Santos sera examiné, et s’il est rejeté, une nouvelle élection pourrait prendre plusieurs semaines à organiser.

« On parle déjà de plusieurs mois d’incertitude, et si les municipales se rapprochent de la présidentielle de 2027, on risque de prolonger encore cette période », redoute Carine. Le premier tour du scrutin national doit avoir lieu le 18 avril prochain.

Une ville en suspens

Entre la confiance maintenue à l’équipe sortante, la défense d’un recours légal et la lassitude face aux querelles politiques, les habitants de Poissy oscillent entre résignation et inquiétude. Tous partagent néanmoins une même attente : que la justice tranche rapidement et que leur vote retrouve enfin une valeur incontestable. Car au-delà des stratégies électorales, c’est bien la vie quotidienne de la cité Saint-Louis — ses écoles, ses jeunes, ses animations — qui se trouve suspendue à la décision du Conseil d’État.

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